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Cependant, l'honneur fait par certaine chronique au duc de Guiche, une indiscrétion du baron de Plancy semblerait le réserver au comte Fernand de Monguyon. Lui non plus, peut-être, il n'était pas premier, puisque l'on a, aussi, mis en avant un nom également célèbre, celui d'un Narbonnc. Un esprit curieux des coulisses de l'histoire, Edouard Pasteur, c{ui faisait queue à cette génération dont il était de condition à bien connaître les personnages en vue, donnait même le pas au comte Olympio Aguado, fils cadet du marquis de Las Marismas, celui-là même dont la liaison avec mistress Hope, la femme du bancjuier, doima lieu à une poursuite devant la Cour du banc de la Reine en 1854 ^. Galant homme autant qu'homme galant, le respect du souvenir fera de lui, au jour des funérailles de Marie, un des compagnons du modeste cortège...
Le comte Fernand de Monguyon appartenait comme celui-ci à cette élite du monde fashionable qui se composait volontiers ses élégances et ses goûts sur la foi de ce qu'était le bon ton aux bords de la Tamise. Quand la
1. Cf. Petites Causes célèbres du jour, par F. Thomas (Paris, Havard, in-16, mars 1855).
Sociale d encouragement, berceau du Jockey- Club, s'était créée, le 11 novembre 1833, il avait été, avec son frère, Edouard, « brillant officier d'état-major, aide de camp du duc d'Orléans », un des premiers à s'inscrire. Il faisait bonne figure parmi « ces cavaliers élégants, arbitres de la mode », qui avaient leurs assises au Café de Paris et au Jardin de Tivoli, tout au haut de la rue de Clichy où Thomas Bryon tenait ouvert, deux jours la semaine, hiver comme été, un tir aux pigeons, aux cailles, et aux pierrots, à l'instar de l'établissement du Red-House ^. M. Philippe de Massa qui, dans son Historique du Jockey-Club, a crayonné de ses membres les plus marquants de fines silhouettes, présente le comte Fernand de Monguyon comme un « viveur raffiné, oracle du corps de ballet, spirituel, mordant et dissipateur ». Avec la plupart des soupeurs de son temps, il était des abonnés de l'Opéra ; il fut même, en 1836, le locataire en titre de la fameuse Loge Infernale, — l'avantscène du rez-de-chaussée n° 1, — devenue, l'année précédente, une manière d'annexé du Jockey-Club, quand la Société d'encouragement désertant Tivoli, eut installé son Cercle à l'entresol de la rue du Helder.
De cette turbulente Jeunesse dorée qui défrayait le Boulevard de ses extravagances, —
1. A. GiBERT ET Ph. de Massa, IHstorique du Jockey-Club français (grand in-8°, Paris, Jouaust, 1893).
et Dieu sait si l'époque fut prodigue en originaux et en mystificateurs, et si les Roger de Beauvoir, les Romieu, les Guy de La Tour du Pin, les Chateauviliard, les Malitourne, les Pire et les Saint-Germain firent école, — de tous ces fous qui avaient tant d'esprit et de bonnes manières, Fernand de Monguyon n'était pas le moins impénitent. Il fut de ceux, nous dit M. de Massa, « qui contribuèrent le plus à faire croire aux parents de province que le Jockey-Club était un foyer de débauche et qu'admission y était synonyme de damnation ». Sa fortune lui permettait des caprices coûteux et il en eut un pour Marie Duplessis. On juge du prix qu'il l'avait payé à sa surprise quand il se vit trompé. Un après-midi, voici, en effet, qu'il se découvre un rival voiture auprès de sa maîtresse, dans l'équipage dont il a fait les frais. Son émoi le porte chez Beugnot et il lui conte, à la chaude, l'aventure. « J'ai donné à Marie Duplessis une voiture et un épagneul noir. Dans la voiture, je vois le duc de Guiche, et il promène le chien ! C'est raide ! Que dois-je faire ?» — L'ancien diplomate réfléchit et mesurant son conseil au caractère de l'ami qu'il avait devant lui, il lui dit : « C'est bien simple ; je ne vois qu'un bon coup d'épée, ou... un mot très spirituel. » C'était une flatterie et une habileté à l'égard d'un homme chez qui l'esprit finissait toujours par avoir raison du premier mouvement. Apparem-
ment, il n'y eut donc pas d'autre épilogue, et l'honneur ne fut point mêlé à cela. Le baron de Plancy qui rapporte l'historiette n'eût pas omis de nous instruire qu'elle avait tourné au drame ^. Ainsi que le constate Janin à la louange de Marie Duplessis, elle ne se trouva jamais « l'héroïne d'aucune de ces histoires de ruine et de scandale, de jeu, de dettes et de duel », à qui tant d'autres femmes durent leur vogue ^. Elle était bien différente en cela d'une Lola Montés, dont Dumas père disait qu' « elle avait le mauvais œil » et qui semblait prédestiner à une fm violente -ceux qu'elle avait honorés de sa couche. « Si Lola Montés était incapable de s'attacher un ami, observait de son côté l'auteur d'Un Anglais à Paris, Marie Duplessis ne pouvait, elle, se faire un ennemi. » Il est donc permis de croire que le comte de Monguyon, s'étant revanche par un mot d'esprit, pardonna au duc de Guiche ce qui n'était, peut-être, que le renouveau d'une faveur dont il avait, lui-même, occupé les instants de disgrâce. Ces retours offensifs de la flamme que l'on croyait éteinte ne sont point rares ; elle trouve souvent à s'alimenter dans les cendres du premier foyer. Cette infortune advint au vicomte de Tiche : si Romain Vienne bien renseigné pour une fois n'a fait
1. Baron de Plancy, Soiwetiirs et indiscrétions d'un disparu (in-lG, Paris, OllondorJî, 1892).