Villemessant, Mémoires d'un journaliste (1884), t. l
« Elle était supérieure à ses pareilles et à sa condition », note l'auteur d'Un Anglais à Paris qui en parle avec la liberté d'un homme dont les vœux n'outrepassèrent pas ceux de l'amitié. « Elle n'avait pu se résoudre à enfermer dans un bonnet de linge cette superbe chevelure à qui les diamants convenaient mieux, ni à draper d'une robe de cotonnade ce corps de statue pour qui les étoffes précieuses, les dentelles et la soie semblaient faites; mais elle ne fut pas néanmoins la vulgaire courtisane que certains rigoristes ont voulu dire. » Jules Janin va plus loin que cette absolution complaisante. En considération de « l'éternel féminin )) pour lequel il eut toujours une faiblesse d'enfant gâté qui, de sa part, n'était que gratitude, il ne plaide rien de moins que la réhabilitation morale. La Dame aux Camélias devint, à ses yeux, « l'un des mystères de notre époque, et peut-être la tête de mort la plus touchante qui ait été portée en quelqu'un de ces grands cimetières où se déversent, chaque jour, la beauté, le talent, le bel esprit ». Par trois fois, il couronna de roses celle sur le cercueil de qui, assure-t-il, fut « murmurée plus d'une élégie^ ». Comme les Héliastes d'Athènes, il renvoyait volontiers de toute faute cette Phiyné moderne.