‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 7 sur 188 · Lamartine, Graziella · texte numérisé non relu

Lamartine, Graziella

animait la jeunesse de Minii des souvenirs qu'il devait à une Marie et à une Lucile qui avaient partagé sa pauvreté; ainsi encore quand Dominique, peu d'années après, allait rendre la vie, sous les traits de Madame de Nièvres, à cette bourgeoise créole dont il s'était amouraché ^. L'entorse à la vérité est une des conditions de l'art, lorsqu'elle n'est pas un gage à l'amour-propre. Aussi bien, Dumas ne présentait-il son héroïne que comme un cas particulier digne de fixer l'attention ^. En réalité, elle n'était point tant une exception dans les mœurs d'une époque qui fit au sentiment une si large part.

L'auteur en convenait quand, meilleur juge, plus tard, des choses et des gens qui n'étaient plus, il formulait cette opinion : « I^e cœur a complètement disparu du commerce clandestin des amours vénales. La Dame aux Camélias, écrite il y a quinze ans, ne pourrait plus être écrite aujourd'hui. Non seulement elle ne serait pas vraie, mais elle ne serait même pas possible. On chercherait vainement autour de soi une fille donnant raison à ce développement d'amour, de repentir et de sacrifice ^. »

Nous savons bien que ce n'est pas Marie Duplessis qui fournit, dans sa personne, cette démonstration au romancier. A prendre à la lettre ce qu'il en dit, on risquerait fort de s'y tromper. Cette courtisane mourut bonnement de maladie. C'est à un être de fiction que Dumas avait eu recours pour sa preuve, et elle eût été bien insuffisante pour asseoir cette opinion

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