‹ Alexandre Dumas et Marie DuplessisChapitre 89 sur 188 · Janin. Préface de l'édition de · texte numérisé non relu

Janin. Préface de l'édition de

188 ALEXANDRE DUMAê

qui se lève comme une aube radieuse au printemps de sa vingtième année.

C'est, d'abord, le portrait peint à l'huile, par Vienot, qui nous la montre en buste de grandeur naturelle dans la neige d'un corsage de satin sur lequel elle a piqué, entre les deux seins, une fleur de camélia blanc.

C'est ensuite, appartenant également à jyjme Alexandre Dumas, l'aquarelle signée d'Olivier : ici, les longues anglaises qui, dans le précédent portrait, encadrent le plus délicieux visage, ont fait place aux bandeaux à la Boticelli, dont les ondes courent sous une mantille de dentelle noire retenue sur le côté gauche par une rose et qui caresse les épaules de ses pans. Cette œuvre charmante qui décore un des salons de l'hôtel de l'avenue de Villiers, passait aux yeux de Dumas pour la reproduction la plus fidèle de son héroïne. Mais l'un et l'autre de ces portraits sont l'image d'une beauté accomplie dont ils ont rendu avec beaucoup de charme ce qui en était le cachet : la mélancolie. Cependant il y a dans le premier une manière d'air émerveillé où palpitent les ardeurs de l'aspiration vers la vie, qui, dans le second, l'ont cédé aux manifestations d'un sentiment plus profond et touchant : soupirs du cœur demeurés sans écho, ou précoce lassitude de l'âme, fatale rançon d'une existence de fêtes et de dissipation, déjà la tête s'incline sous le poids

d'une félicité qui n'est pas exempte de chagrin ou de regret. Une ombre a passé sur le rêve.

D'après Montjoyeux, l'aquarelle en question aurait été commandée par le comte de Stackelberg. L'affirmation est sans preuve ; selon d'autres, le vieux diplomate aurait payé le portrait prétenduement attribué à Vidal ^.

Quoi qu'il en soit, M. de Contades se croyait en mesure d'affnnier que' Marie Duplessis avait, elle-même, fait un jour cadeau de cette aquarelle à Tony, l'un de ses fournisseurs de chevaux. En 1872, la veuve de celui-ci en autorisa la reproduction à l'eau-forte par Le Rat pour l'édition tirée à 526 exemplaires.

Le troisième portrait est une délicate miniature dont on ne connaît pas l'auteur ; sauf quelques détails des ajustements, elle paraît être une réplique de la toile de Vienot. Marie Duplessis pour reconnaître les soins dévoués qu'elle avait reçus du docteur Davaine lui en avait fait don. Le célèbre praticien la transmit à son tour à M. Edouard Pasteur. Encadrée d'écaillé blonde, elle est enchâssée dans le premier plat de la rehure d'un précieux recueil de documents que cet érudit collectionneur a légué, avec d'autres richesses, aux archives de la Comédie-Française. Ecrin unique de témoignages à la louange de la beauté

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