George Sand, Histoire de ma vie, t. IX
d'émotions fortes est son vrai caractère ^. » Comme la Werthérie de Perrin, celle sensible émule de l'amant de Charlotte qui projetait d'élever une statue au Sentiment, ce fut un malheur attaché à l'existence d'un chacun, « de ne pouvoir rien sentir faiblement ^ ». « Tout devint grave et religieux car on ne pouvait faire un pas sans heurter des tombeaux ^. « Cette faculté émotive était d'autant plus vive que l'imagination s'était plus longtemps nourrie des tristesses funèbres d'Yung et d'IIervey, des noires visions de Feutry, des angoisses pathétiques des Clarisse Harlowe et des Paméla, des épouvantes de toute une littérature d'Héroïdes et des romans de Baculard d'Arnaud ou de Loaisel de Tréogate *.
Les cœurs « palpitants » s'abîmèrent dans la mélancolie et dans la poésie du souvenir. On éleva des Temples de Vamilié dans des parcs « bien romantiques », on eut dans son boudoir sa Chapelle des sowenirs, et dans son alcôve un Chiffonnier sentimental. On lit sa délectation de la tristesse jusqu'aux vapeurs, aux maux de nerfs et aux convulsions inclusivement 3,
L'activité de l'Empire fut un dérivatif à cette sensibilité maladive ; le dédain qu'il affecta de la femme retrempa les volontés. Mais après la débâcle de 1815, le malaise retomba de tout son poids sur le cœur de la nouvelle génération. Conçue entre deux batailles ou