CHARLES SA U NIER
Panique
Pour M. A. Falguière (i).
A Lycœnis , vierge qui rit et qui s’étonne ,
L! heureux pâtre , oublieux du chien et du troupeau ,
Enseignait l’art divin d’animer les pipeaux ,
Et tantôt , reprenant le souffle qui détonne ,
Après elle , ajustait ses lèvres au roseau,
Tantôt guidait la jeune main qui s abandonne
Sur les trous chanteurs , comme on guide un jeune oiseau.
L’air était parfumé des senteurs de l’ automne ,
Et la nue et le flot , tout semblait reposer :
Le soir délicieux conseillait le baiser...
Lorsqu’un fracas soudain de rocs dans la montagne ,
Tel qii au jour même oh Zeus écrasa les Titans,
Au loin trouble la nue et l’onde et la campagne !
C est Pan. jaloux du pâtre à la douce compagne ,
Dont la tête , là-bas , se dresse , et qui leur tend Son poing dont un seul coup brise les pins antiques...
Les pipeaux sont par terre et le pâtre a frémi :
Non de crainte, pourtant, car Lycœnis a mis,
Trahissant le secret que ce prompt geste indique ,
Ses bras craintifs au cou du précepteur rustique.