‹ Alexandre Falguière, sculpteur et peintreChapitre 15 sur 38 · CHARLES SA U NIER · texte numérisé non relu

CHARLES SA U NIER

Panique

Pour M. A. Falguière (i).

A Lycœnis , vierge qui rit et qui s’étonne ,

L! heureux pâtre , oublieux du chien et du troupeau ,

Enseignait l’art divin d’animer les pipeaux ,

Et tantôt , reprenant le souffle qui détonne ,

Après elle , ajustait ses lèvres au roseau,

Tantôt guidait la jeune main qui s abandonne

Sur les trous chanteurs , comme on guide un jeune oiseau.

L’air était parfumé des senteurs de l’ automne ,

Et la nue et le flot , tout semblait reposer :

Le soir délicieux conseillait le baiser...

Lorsqu’un fracas soudain de rocs dans la montagne ,

Tel qii au jour même oh Zeus écrasa les Titans,

Au loin trouble la nue et l’onde et la campagne !

C est Pan. jaloux du pâtre à la douce compagne ,

Dont la tête , là-bas , se dresse , et qui leur tend Son poing dont un seul coup brise les pins antiques...

Les pipeaux sont par terre et le pâtre a frémi :

Non de crainte, pourtant, car Lycœnis a mis,

Trahissant le secret que ce prompt geste indique ,

Ses bras craintifs au cou du précepteur rustique.

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