‹ Alexandre Falguière, sculpteur et peintreChapitre 19 sur 38 · HENRI VALLÉE · texte numérisé non relu

HENRI VALLÉE

Les u Diane ”

Elles sont en chair ces Diane, on sent battre leur cœur, voilà le parfait triomphe de Falguière, cette idéalisation personnelle de la femme qu’il copie fidèlement sans qu’il ose toutefois retrancher à sa grâce native, en sacrifiant à de vaines théories.

Ce corps est vulgaire? — Que non pas, cette tête peut-être ne répond pas à votre rêve, elle n est pas mièvre, certes, elle manque de joliesse, mais elle est belle, vous sentez peut-être mal le caractère de sa physionomie ; n’êtes-vous pas d’autre part ravi de ce mouvement, de cet ensemble, de cette envolée enfin !

Cela vit en dehors du « convenu », il est vrai, et l’on comprend que l’idéal de l’artiste seulement doit être atteint lorsqu’il sent ses doigts tout à coup réchauffés sous la glaise par cette chair qu’il fait palpiter, à qui petit à petit il communique une vie, une âme.

Notez bien ceci que le maître n’intitule pas ses femmes : Vénus; il se soucie sans doute fort peu

Croquis pour une " Diane

transformation de l’être qui, au surplus, n’a rien de commun avec la déformation?

La grâce de la Vénus de Milo déjà si loin de celle de la Vénus de Médicis, dans son développe-

Diane se dévêtant (maquette inédite).

Nymphe chasseresse.

à la forme d’un rêve banal qui veut personnifier l'idéal féminin, non, ses créatures sont tout simplement la copie délicate de modèles choisis dont il a cherché à rendre naturellement le charme et l’esprit spéciaux. Un mouvement de torse, un arc, voici une Diane, de même que ces deux femmes qui se battent seront des Bacchantes, grâce au thyrse qui gît à leurs pieds.

C’est la Femme au paon, Eve, Oplièlie, autant de titres qui nous importent peu parce qu’ils sont à peine caractéristiques et qu’ils nous disent seulement les louanges du nu.

Le corset, de nos jours, a donné au torse de la femme une forme nouvelle, il allongea la taille qu’il comprima légèrement à sa base jusqu’aux hanches, il a modifié en un mot la rectitude antique; fallait-il donc ne tenir aucun compte de cette curieuse

ment libre, sans l’empreinte du moindre vêtement qui eût façonné son corps, exprime une beauté différente, mais non pas supérieure à celle que nous admirons de nos jours àcause des draperies seules qui la vêtaient.

Diane au cerf (esquisse inédite).

Maquette de la Diane Calysto.

Quelle chose curieuse que ce nu subissant la mode, malgré cependant son invariable structure !

Falguière puise son inspiration dans la nature elle-même, il sait choisir le mouvement d’un corps et sa ligne ; son œuvre est bien reconnaissable à cet esprit du geste, à cette notation fine et délicate qui frappe tout d’abord.

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