AU MUSÉE DU LUXEMBOURG
L’actualité prête un sens étrangement symbolique à cette farouche et fière Espagnole qui laisse aux visiteurs du Luxembourg une si profonde impression de force et de sincérité.
Le mieux qu’on puisse dire de la peinture du grand statuaire, c’est qu’elle est de la peinture de peintre , — au contraire de certaines médiocrités dorées ( aureæ mediocritates ) dont nous ne
La Grand.' Mère, peinture.
Les bras croisés, appuyée à la muraille dans une attitude de haine dédaigneuse et d’attente, la femelle ardente a jeté son éventail, et le poignard vipérin brille à son poing crispé.... Et c’est toute l’Espagne d’aujourd’hui, qui, devant la menace de la Force et du Nombre, a retrouvé, pour défendre le droit du plus faible, tous ses gestes héréditaires d’héroïsme et de beauté.
...Mais la superbe toile de Falguière vaut surtout par la maîtrise de l’exécution.
voulons pas nommer l’auteur (car il ne faut faire à M. Gérome nulle peine, même légère)... et qui ne sont peut-être pas assez de la sculpture de sculpteur.
L’Espagnole du Luxembourg nous révèle en Falguière un de ces grands artistes comme nous en a donné la Renaissance, un maître épris de toutes les formes de la Vie et qui sait traduire le beau par tous les moyens de l’art. Et devant ce tableau, on comprend aussi que
c’est tout de même une bien belle chose, et bien noble, et bien honnête, que de savoir son métier , et que rien ne vaut, en Art, la sincérité et la recherche inquiète et passionnée de la vérité et de la vie.
Faut-il regretter que la toile du Luxembourg se ressente du voisinage de nos sénateurs en ce qu’elle a subi, elle aussi, « les outrages du temps? » Déjà Craquelée et fendillée, elle a
pris un aspect de mosaïque qui, sans rien lui enlever de son bel éclat sombre, justifie pourtant le mot d’un jeune et spirituel écrivain, désireux de garder l’anonyme, notre ami Jean de Tinan :
«L’Espagnole de Falguière? a-t-il dit... Il n’est que temps de la couler en bronze ! »