NON EXÉCUTÉ
Falguière devant la Presse
« ... Mais allez voir s’il existe en Europe beaucoup de figures comme le Faune, de M. Crauck,... comme le Vainqueur au combat de coqs, de M. Falguière. » Charles Blanc ( Exposition Universelle de 1867) .
« Le Pierre Corneille que M. Falguière destine à la Comédie-Française est une oeuvre de premier
Française, dit le livret, pour qu’on n’en ignore. Parmi les connaisseurs, cette statue a du succès ; mais malgré les mérites de détail et d’anatomie, elle a pour moi je ne sais quelle grandeur déclamatoire qui n’était pas celle du grand Corneille, quand il était grand...
« En sculpture, il faut des idées simples, parce que
Caïn et Abel (esquisse en terre euite).
ordre... M. Falguière a représenté Corneille assis et travaillant. Il écrit, il songe : il évoque Cinna, Horace, le Cid. Tout un monde héroïque s’agite dans ce front puissant. Le Corneille de M. Falguière est à la fois très ressemblant et très idéalisé... »
Jules CLARETIE (J Art Français en 1872).
« ... Seulement, j'ai besoin de me dérouiller les yeux, et pour cela je les élève jusqu’à Corneille, le Corneille de M. Falguière, destiné à la Comédie-
les idées simples ont de la clarté, et qu’il faut que le jour sorte du marbre pour que la statue ait sa vraie splendeur...
« ... Mais M. Falguière sait être clair pourtant. Il l’est comme le jour dans son Ophèlie. On n’en doute pas un instant : c’est bien elle, dans sa gracilité tremblante, avec sa taille de bouleau et ses yeux doucement fous, qui rendent fou, car je suis fou de ces yeux-là ! »
Barbey d'Aurevilly ( Salon de 1872. Le Gaulois').
Première esquisse du Monument de Grévy.
« Deux œuvres dominent, cette année, l’exposition de sculpture, qui m’a paru, d’ailleurs, inférieure en général aux expositions passées. Je veux parler de VÈve de M. Paul Dubois et de la Danseuse égyptienne de M. Falguière.
« MM. Falguière et Paul Dubois ont, au surplus, une originalité nouvelle cette année : tout en exposant des œuvres de sculpture, ils ont également envoyé au Salon des tableaux. Le paysage que M. Falguière appelle Près du Château est même un morceau tout à fait remarquable et puissant, d’une intensité de couleur sans violence et pleine de charme...
« ...C’est le mouvement, la physionomie et l’accent que M. Falguière a recherchés dans sa Danseuse égyptienne. Elle tournoie et fait frissonner autour de ses hanches et au bas des jambes sa jupe en mille plis frisés. Tout en dansant, elle s’accompagne d’un instrument bizarre. Sa tête, coiffée élégamment, a le profil inquiétant et attirant des visages égyptiens gravés au flanc des monolithes. Ce qui est merveilleux de grâce, c’est le torse de cette jeune fille, où se collent, tendues avec force, des espèces de bandelettes, qui font saillir la peau et sertissent, comme on dit en bijouterie, les seins délicats de la dan-
seuse. Il y a une grâce infinie dans cette curieuse figure égyptienne, qui contraste si étonnamment avec le mâle et fier Pierre Corneille que M. Falguière exposait l’an passé. »
Jules Claretie ( Salon de 18-73).
« ... J’aime infiniment mieux la Danseuse égyptienne de M. Falguière. Rien de plus vrai, de plus curieux et de plus élégant que cette aimée au buste et aux bras nus, tournoyant sur elle-même aux sons du kinnor et dont la jupe aux plis lourds rythme le mouvement circulaire. Dans un sujet qui eût aisément prêté aux recherches excessives du pittoresque, M. Falguière a fait preuve d’une sobriété et d’un goût vraiment classiques. »
Dorante ( Salon de i8qj).
Gazette de France, 24 juin 1873.
« ... M. Falguière, l’auteur de ce Vainqueur au combat de coqs, aussi élégant qu’un bronze antique, n’a envoyé qu’un buste au Salon, un portrait de femme en marbre. On prendrait ce Portrait de Ma° Morliani pour une œuvre de Jean Goujon;
Monument de Grévy (Dole).
cela est d’une finesse et d’une élégance extrême. La narine palpite, la lèvre se retourne avec une légère insolence, le sein est hardiment découvert et se montre, opulent, en toute liberté. L’expression de cette physionomie est plus séduisante qu’elle n’est chaste, et c’est bien évidemment le caractère que le sculpteur a voulu lui donner, en y ajoutant je ne sais quoi d’impérieux et pourtant de calme ou de froid. »
Jules Claretie ÇSalon de 1874).
« ... Les sculpteurs qui savent peindre savent colorer leur sculpture , disait Michel-Ange. On pourrait dire de même que les sculpteurs qui recherchent le mouvement en pétrissant la glaise ou en taillant le marbre savent, lorsqu’ils prennent le pinceau, animer leurs figures. C’est ce qu’a fait M. Falguière... M. Falguière a pour idéal la vie même, et tableaux et statues, tout en déborde chez lui, tout est mouvementé, et, comme le disait Michel-Ange, coloré. Mais, avec une mesure parfaite, M. Falguière s’arrête toujours au moment où le geste pourrait devenir contorsion et où l’émotion du visage pourrait tourner à la grimace... C’est un fier tempérament de coloriste que l’homme qui a si bravement et d’une façon si délibérée campé ces Lutteurs sur la toile... »
Jules Claretie ( Salon de 1875).
« Un homme tranche sur ce fond de lieux communs mythologiques et historiques, qui accuse si vivement la pauvreté intellectuelle de nos peintres, c’est M. Falguière. M. Falguière est des trois ou quatre sculpteurs de mérite qui ne veulent pas rester cantonnés dans leur spécialité. M. Paul Dubois fait le portrait, M. Delaplanche s’exerce au paysage, M. Falguière s’attaque aux grandes compositions. Son tableau des Lutteurs est excellent. Il montre chez l’auteur un sens très net du but que se propose l’art de la peinture et des moyens particuliers qu’il emploie. Nulle réminiscence, ni d’un autre temps, ni d’un autre art. Les athlètes que M. Falguière met aux prises ne sont point grecs ou romains, et pas davantage l’arène où ils luttent n’est l’arène antique. Ceux d’entre nous qui ont suivi ces curieux spectacles se reconnaissent sans hésitation : nous sommes dans la salle de la rue Le Peletier, et c’est entre Marseille et Dumortier que le combat a lieu. Cette modernité est déjà d’un bon augure. Ce qui n’est pas moins intéresant, c’est de voir combien M. Falguière a su être peintre et exclusivement peintre. On reconnaît bien à la musculature savante, à la tenue et à l’unité du mouve-
ment des lutteurs, le sculpteur habitué à construire à coups de boulettes d’argile des figures dans leur entier développement ; mais cette science se cache aussitôt, et c’est par la compréhension de l’effet pittoresque, par l’entente du tableau, par l’esprit de subordination et de sacrifice, par le vigoureux parti pris de lumière et d’ombre, par l’effacement des personnages secondaires, c'est à dire par les moyens mêmes de la peinture, que l’artiste arrive à son résultat. On n’est ni plus intelligent ni mieux doué : l’art véritable compte un vaillant soldat de plus. »
CASTAGNARY ( Salon de 1875 ; la Peinture ).
« ...Falguière vient d’achever, pour la ville de Genève, un groupe de haute valeur que la ville de Toulouse offre à la cité suisse, afin de la remercier d’avoir secouru ses enfants, ses pauvres mobiles épuisés et affamés. Deux figures seulement : une femme représentant la Suisse et soutenant un jeune soldat qui tombe à demi affaissé. Le képi à terre, le fusil sur l’épaule, las démarcher, le malheureux enfant, d’un mouvement étonnant de vérité, va se laisser aller à terre, lorsque la Suisse étend sa protection vers lui et le reçoit dans ses bras. Le groupe est charmant et d’un dessin très pur, en même temps
que d’une animation singulière. Cela est digne du maître, de ce talent fait de sincérité, d’énergie et de grâce. »
Jules Claretie {Une maison de sculpteurs )•
« La Suisse qui accueille l'armée française, de M. Falguière, est encore une de ces œuvres touchantes et émues, qui, traitées par la main d’un grand artiste, font une date d’un salon. Le petit soldat français, en capote, avec guêtres et souliers, fusil à l’épaule, exténué de fatigue et mourant de faim, est modelé avec un art extrême. La Suisse maternelle et bienveillante le reçoit dans ses bras. Le groupe est en plâtre et de dimension réduite : il gagnera à passer dans le marbre en grandeur naturelle. »
Castagnary {Salon de 1875; la Sculpture ).
« L’an passé, quand M. Falguière exposa les Lutteurs, on raconta que ce tableau n’était qu’une réponse à un défi porté par un peintre légèrement infatué de sa personne et de son talent. Boutade ou non, la peinture réussit, et si bien, que l’artiste donne cette année un pendant à ses Lutteurs. Le sujet de Caïn et Abel est, comme celui du Christ mort, un de ces lieux communs que les générations se transmettent et où il devient à la longue bien difficile d’innover. M. Falguière a su rajeunir ce vieux thème en s’inspirant de la réalité. Il a représenté Caïn au moment où, effrayé de son meurtre,
va cacher dans quelque broussaille le cadavre d’Abel, afin de faire disparaître «le corps du délit ». Le meurtrier a chargé la dépouille fraternelle sur ses épaules, et, le pas alourdi par ce fardeau, il descend une espèce de ravin sombre. Le groupe, traité dans un sentiment pittoresque très prononcé, se modèle admirablement dans l’air ambiant. Le Caïn, d’une sauvagerie un peu farouche, sans exagération pourtant, est peut-être insuffisamment écrit dans quelques parties, comme par exemple le côté du torse qui est dans l’ombre ; mais son mouvement de marche, influencé et déterminé par le poids qu’il porte, est d’une exactitude frappante. Quant au corps d’Abel, envahi des pâleurs de la mort et décrivant la courbe la plus élégante, c’est la fleur poétique du tableau... »
Castagnary {Salon de 1876 ; la Peinturé).
« Saint Vincent de Paul, par M. Falguière, est l’un des ouvrages qui font le plus d’honneur à l’artiste et à l’Exposition. Le saint, debout, vêtu de son costume traditionnel, le corps un peu penché en avant, tient dans ses bras deux enfants nus qui
dorment. Ce sujet si simple a été traité par M. Falguière avec un très grand talent. La vérité de l’attitude et du mouvement, la tête si vivante et empreinte d’une si fine bonhomie, font la plus heureuse impression, et en la voyant on devine la joie que cet honnête homme avait à faire le bien... » Charles Clément {Salon de 1876 ; la Peinturé).
« J’ai gardé pour la fin de cette énumération rapide Y Eve, de M. Falguière, qui me semble le morceau capital du Salon... UÈve nous ■ révèle M. Falguière sous un jour nouveau, et tout à son avantage. Ce n’est plus l’auteur de Lamartine , c’est un maître plus fort, plus puissant et plus distingué. Sa figure, un peu frêle pour la mère du genre humain, est d’un galbe exquis, très féminin, fort élégant et, bien que très personnelle, évoquant certains souvenirs de la Renaissance. Le corps est souple, la pose est gracieuse, l’exécution irréprochable... »
HENRY' HaY'ARD {Salon de 1880, le Siècle),
« ...M. Falguière a exposé cette année l’exécution en bronze de sa Chasseresse, si remarquable par la yérité, par son aspect de vie et dont nous avons apprécié le modèle l’an dernier... »
Charles Clément {Journal des Débats , Salon de 1885).
« La Diane de M. Falguière, qu’on n’avait pas louée sans restriction à l’origine, brille maintenant d’un éclat définitif ; c’est toujours le même élan svelte, la même élégance; mais, dans l’exécution en marbre, les formes ont été châtiées et l’ensemble a gagné à ce point qu’il s’impose et défie la critique.»
Roger Marx {Le Voltaire, Salon de 1887).
« ... Falguière est un moderne s’il en fut, n’est-ce pas? Cette merveille que, par une concession à l’Institut, il a appelé Diane, c’est peut-être ce que je sais de plus contemporain en corps féminin. — Car ici les grandes lignes demeurent les mêmes, le cachet du temps et des races est toujours là, et il faut compter avec les inflexions que donne aux membres l’habitude de certains mouvements... » Armand Silvestre {Le Gil Blas , 2 mai 1888).
«Un statuaire avisé peut obtenir la couleur sans être infidèle aux grâces de la forme nue ou vêtue avec discrétion. Ainsi a fait M. Falguière dans un marbre charmant, la Musique. C’est une très jeune femme debout, une mandoline à la main. Elle est dans, une niche, mais à l’entrée et pour ainsi dire
sur le seuil. Le rayon lumineux vient frapper les surfaces concaves sur lesquelles la figure se profile, et il se répercute sur les chairs de la musicienne, caressées à la fois par une lumière directe et par unelumière réfléchie. Cet éclairage ingénieux ajoute une douceur de mystère, une enveloppe de tendresse à la figure de M. Falguière, qui est d’ailleurs inspirée par le goût le plus subtil et par un délicat sentiment de la vie. »
Paul Mantz ( Salon de iS8ç).
« L’homme est petit, mais l’architecture de son corps est solidement établie. La tête est intéressante et d’un dessin volontaire. Un front aux bosses puissantes la couronne, des yeux profonds l’éclairent et une chevelure aux boucles rebelles semble la compléter. De la vie se dégage de l’artiste à qui je consacre ce modeste crayon; la vie inquiète, mouvementée, investigatrice d’un chercheur.
« ...La poétique de Falguière a apporté du nouveau dans la seconde moitié du xixc siècle. T outes les préoccupations du statuaire, toutes ses inquiétudes y sont écrites en coups de pouce fiévreux, désordonnés, qui semblent dirigés par un accès de naturalisme. Le mouvement qui faisait vibrer les créations de Carpeaux donne l’impulsion aux rêves de Falguière. Pourtant, la véhémence de sa pensée, l’accent de la main qui la modèle dans la glaise, qui l’incise dans le marbre, ne peuvent étouffer la perfection de son éducation première. Il est, par la science, par la réalisation, bien fils de la Grèce des antiques impeccables ; mais, comme sous l’épiderme des corps qu’il tire de la matière inerte, on sent sourdre le sang et palpiter la vie !
« La vie! elle était dans V Ophèlie déjà folle, se parant de fleurs; dans Pierre Corneille, dans la Danseuse égyptienne qui « tourne et fait frissonner au- « tour de ses hanches sa jupe aux mille plis frisés » ; dans le Portrait de Mllc Morliani ; dans ce groupe héroïque : la Suisse accueillant l' armée française ; dans les statues de Lamartine à Mâcon, de l’abbé de la Salle àRouen ; dans le buste de Carolus Duran, dans cette Diane véhémente, entrevue sous les espèces du marbre à un des derniers Salons.
« Falguière peintre est aussi un maître. Témoin ses Lutteurs, Caïn et Abel, l’Abatage d’un taureau, le Sphinx, l’Offrande à Diane, Acis et Galatéc, et cet Incendiaire farouche du Salon de 1888 qu’accompagnaient des Nains mendiants, fils de Goya !
« J’ai à peine cité le quart de l’œuvre de Falguière, et ce que j’ai cité suffirait à la célébrité d’un homme. Mais il nous réserve des surprises et des joies; ne serait-ce que celle d’admirer la Junon qu’il peint en ce moment, belle dans sa nudité
olympienne, aperçue comme dans un paysage idéal accotée sur le paon mythologique que l’artiste, magicien des couleurs, a paré d’escarboucles et doré de rayons ! »
Eugène Montrosier {La Revue illustrée. ior mars 1889).
« ... Dès l’entrée, on est devant l’un dès plus beaux morceaux que l’art contemporain ait produit. M. Falguière est à sa place habituelle, là où il a déjà remporté tant de succès, mais jamais plus grand que celui-ci.
ce Je me souviens d’une esquisse peinte que M. Falguière a exposée, une Junon, dont je retrouve la première idée dans la Femme au Paon, comme le livret l’appelle. De formes achevées, avec une souplesse des chairs que peu de statuaires conservent dans le marbre, cette figure est un enchantement; tous les artistes en parlent avec une profonde admiration et le public en subira le charme... »
Albert Wolf {Le Figaro, Salon de iSço ).