VICTOR HUGO SUR SON LIT DE MORT
( Dessin d'après nature, inédit .)
TARCfSIUSj martyr chrétien (Musée du Luxembourg).
Alexandre F aiguière, sa Vie et son OEuvre(l)
L’atelier de la rue d’Assas a été souvent décrit, depuis que M. Falguière s’y est retiré, loin du bruit, fermant sa porte à ces importuns dont parle Diderot. Est -ce bien une retraite? Le mot serait excessif, si l’on songe que l’éminent statuaire est, en dehors de ses heures de travail, un mondain fort recherché pour sa verve toulousaine, sa gaieté, sa bonne humeur, son talent de chanteur dont il est fier à juste titre. Singulier tempérament que celui de ce maître à la fois sculpteur, peintre, musicien, comédien, aujourd’hui cloîtré, penseur, perdu • dans une méditation farouche et féconde (comme Rude), et demain transformé, rajeuni, brillant, tout à la vie, mêlé au mouvement parisien dont il est l’un des arbitres. 11 n’y a pas de grande solennité pour laquelle on ne le
(i) Cet excellent article biographique a paru dans ï A rt Français du 19 janvier 1895.
consulte, à laquelle il n’apporte spontanément le concours de sa précieuse aptitude, de sa merveilleuse fantaisie décorative. On ne le sollicite jamais en vain. Personne n’a oublié sa belle couronne improvisée à l’occasion des funérailles du czar, et le souvenir de son admirable « apothéose de Gounod » restera dans la mémoire de tous les spectateurs de la millième représentation de Faust. C’est un prodigue, un fougueux, dans le bien comme dans le beau. Lors de la terrible inondation de Toulouse, il résolut de venir en aide à ses malheureux compatriotes. Il fit appel à ses amis les artistes et organisa une tombola dont le produit fut considérable. Cet homme a la foi qui agit, la seule sincère. Il a la passion de l'art et la passion de la vie. S’il s’enferme quelquefois avec lui-même, ce n’est jamais un isolé.
Falguière, personnellement, est de petite taille, de carrure robuste ; ses traits sont accen-
tués, énergiques, très expressifs. La lèvre est railleuse, l’œil noir, le regard pénétrant, tel que l’a traduit M. Antoine Calbet. A le voir si actif, si remuant, si jeune en un mot, on ne se douterait guère que Toulouse lui donna le
de 1857 avec une statuette en plâtre : Thésée enfant, que le voisinage d’un ouvrage posthume de Rude a sans doute fait passer inaperçue. Deux ans plus tard, il remporte le prix de Rome avec un bas-relief d’une belle ordonnance : Mézence
Ophélie, statue appartenant à M. Jacobsen, à Copenhague.
jour... en 1832! C’est pourtant ce qu'affirment tous les dictionnaires.
Après avoir étudié le dessin pendant quelques années dans sa ville natale, il vient à Paris, se fait admettre à l’Ecole des Beaux-Arts, où il a pour professeur Jouffroy, et débute au Salon
blessé préservé par Latisns. De son séjour à la villa Médicis date le Vainqueur au combat de coqs , aujourd’hui au musée du Luxembourg, « un des plus heureux débuts dont on ait mémoire », disait Paul de Saint -Victor.
« Ce vainqueur, adolescent encore, emporte
en courant, sous son bras, l’oiseau prix de la lutte, et retourne vers lui sa tête pétillante d’une joie ingénue. De l’autre main, il fait claquer ses doigts, comme pour sonner sa victoire. Son corps svelte, lancé en avant par la jambe en l'air, donne l’illusion du mouvement.»
trop louer la gaieté du masque et la nerveuse élégance des jambes, faites pour courir dans la poussière olympique. »
Cette œuvre, à laquelle nul ne conteste plus le nom de chef-d’œuvre, obtint une médaille au Salon de 1864 et une première médaille à l’Exposition universelle de 1867.
Ophélie , de profil.
Il y a, dans l’attitude du Vainqueur, comme une réminiscence de celle du Mercure de Jean de Bologne, mais, — ainsi que le fait observer encore le célèbre critique, — cette attitude est ici rajeunie, en quelque sorte, par la jeunesse du modèle.
« Le torse, ajoute-t-il, vu de profil, découpe une ligne un peu sèche. Mais on ne saurait
En 1868, Alexandre Falguière triomphedéfinitivement : la médaille d’honneur lui est décernée pour son Tarcisius, martyr chrétien , statue en marbre dont le plâtre avait figuré au Salon précédent. La critique fut à peu près unanime dans l’appréciation de cette touchante figure; mais il y eut une exception : Burger (Thoré) crut devoir s’inscrire en faux :
« Les statuaires, disait-il, se sont pris de passion pour les petits garçons maigres, dans le style du petit Saint Jean ou du petit Musicien, de M. Dubois, dont le succès a produit cette rage contagieuse. Ce qu’il y a au Salon de petits enfants maigres, dans l’âge de quatorze à quinze ans, est incalculable. »
Et le grand critique, se fourvoyant de plus
qu’une admiration sans réserve pour l’œuvre, empreinte de simplicité et de grandeur.
L’énumération chronologique des envois de M. Falguière au Salon doit être complétée ici le plus succinctement possible, sauf à donner ensuite les passages caractéristiques des principaux articles qui leur furent consacrés. Rappelons donc en 1869, Ophélie, statue plâtre,
Corneille (à la Comédie-Française).
en plus, désignait Ary Scheffer comme coupable d’avoir si mal inspiré les sculpteurs. Franchement, on se demande, en présence de telles erreurs, si la critique est aussi « aisée » que le proclame un alexandrin connu. Qu’on aille au musée du Luxembourg revoir cet adolescent expirant, ce pauvre martyr que les barbares ont lapidé, comme le témoignent deux pierres tombées près de lui, et je doute qu’on éprouve autre chose qu’un sentiment de profonde commisération pour le supplicié, en même temps
qui reparut en 1872, sous la forme du marbre, en même temps que la statue de Pierre Corneille-, pour la Comédie-Française.
En 1873, la Danseuse égyptienne ; en 1874, le buste de Mme M.; en 1875, un groupe en plâtre : la Suisse accueille V armée française; en 1876, le buste en bronze de M. Carolus Durait et la statue (plâtre) de Lamartine. En 1878,1a statue de Pierre Corneille, en marbre, et un buste, marbre, du Cardinal de Bonnechose ; la même année, l’une des figures déco-