‹ Alexandre GendebienChapitre 3 sur 14 · ARRETE · texte numérisé non relu

ARRETE

« M. Gendebien, membre du Comité central et administrateur général de la justice, se rendra sans délai à Paris. Il demandera au gouvernement français d'expliquer catégoriquement quelle serait sa détermination si le Congrès national, convoqué à Bruxelles au 3 novembre prochain proclamait, pour chef du gouvernement qu'il est chargé d'organiser, un des fils de S. M. le roi des Français, quelle que soit la forme de gouvernement adoptée par le Congrès.

« Si la réponse est favorable, demander quelles sont les

Accompagné de M. Meeus, gouverneur de la Société Générale pour favoriser l'industrie nationale, Gendebien arriva à Paris dans la nuit du 47 au 18 octobre. Il put bientôt con-

mesures que le gouvernement français prendrait pour appuyer l'élection du Congrès contre les puissances étrangères et la dynastie déchue.

« Si la réponse est défavorable, demander une profession de foi catégorique sur le maintien du principe de nonintervention et par quels moyens l'intervention étrangère serait repoussée.

u Si les puissances étrangères intervenaient diplomatiquement dans les affaires intérieures de la Belgique, la France considérerait-elle cet acte comme contraire au principe de non-intervention? Interviendrait-elle au traité?

« Dans quel esprit ?

« Prendrait-elle éventuellement une attitude militaire pour appuyer son intervention diplomatique ?

« Demander que la France explique catégoriquement si, dans les négociations diplomatiques réglant les relations extérieures de la Belgique avec les autres puissances, la France maintiendra, en vertu du principe de non-intervention, l'organisation intérieure et le statu quo extérieur?

« Si elle appuiera la Belgique dans la demande de mettre en dehors de la discussion la question de son organisation intérieure et le maintien du statu quo extérieur.

« Donné à Bruxelles, le 16 octobre 4830.

« De Potter, A. Gendebien, Ch. Rogier, C te Félix de Mérode, S. Vande Weyer. i

stater que les principales maisons de banque avaient peu de confiance dans la révolution de septembre. M. Laffitte fit un bon accueil aux délégués belges et protesta de ses sympathies pour la révolution de septembre; mais, à aucune condition, selon lui, ils ne réussiraient à faire un emprunt sur la place de Paris ( ] ). Le maréchal Gérard reçut Gendebien avec sa bienveillance ordinaire, quoique avec un certain embarras. « Je sais, lui dit-il, que de très-puissantes intrigues s'ourdissent en Belgique et même à Paris. On ne les encouragera

pas, on les combattra à Paris. Il appartient à la Belgique seule de les combattre chez elle. Nous ne pouvons, sans manquer au principe de non-intervention, qui doit vous sauver, intervenir pour écarter le roi Guillaume ou le prince d'Orange. » M. Mole tint à peu près le même langage. En résumé, Gendebien revint

à Bruxelles avec la conviction qu un emprunt était impossible, que la marche du gouver-

(*) Un acte du comité central du 16 octobre, portant également la signature de Gendebien, décrétait un emprunt de dix millions de francs. MM. Gendebien et Meeus avaient les pouvoirs les plus étendus pour traiter de cet emprunt, soit à l'intérieur, soit à l'étranger, en tout ou en partie, sous les conditions quïls trouveraient convenables.

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ALEXANDRE GENDEBIEX

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nement français devenait hésitante et que l'influence de Talleyrand prévalait, selon ses expressions, sur l'esprit faible du roi Louis- Philippe-

' Le retour d'Alex. Gendebien coïncida avec Fentrée des volontaires belges à Anvers, suivie du bombardement de la ville par les troupes hollandaises qui occupaient la citadelle (').

(<) Voici une intéressante lettre, adressée le 28 octobre à M. Ch. Rogier, délégué du gouvernement provisoire à Anvers :

« Bruxelles, le 28 octobre 1830.

« Mon cher Rogier,

« La prise d'Anvers est miraculeuse ; engagez les hommes capables à consigner par écrit les faits glorieux de cette brillante opération militaire.

« Vous nous annoncez par votre lettre de ce jour,

Alex. Gendebien rapporte que, dans la funeste nuit du 27-28 octobre, tandis que les membres

1 h. V*, une copie des propositions et réponses pour la capitulation de la citadelle d'Anvers ; mais vous avez oublié de les joindre : veuillez nous les adresser.

« Je vous envoie quelques noms qu'on m'a indiqués comme libéraux et capables. Je ne les connais pas et vous prie de vérifier.

« Votre position est belle; mais ne vous endormez pas en trop grande sécurité; soyez exactement informé des mouvements qu'on pourrait faire sur vos derrières et des troubles qu'on pourrait exciter intérieurement. On dit les propositions de Chassé extravagantes ; nous sommes impatients de les connaître.

« Je vous embrasse fraternellement.

« Alex. Gendebien.

« Je ne vous parle pas de mes fils. Ils sont partis d'Anvers à 11 heures et sont prêts à retourner au feu aussitôt qu'il recommencera. Je vous les recommanderai si

vous êtes encore à Anvers. »

On lira aussi avec intérêt la lettre suivante, qui est également inédite :

« Le Gouvernement provisoire de la Belgique. — Comité

central.

« Anvers, 28 octobre; 9 heures du soir.

« Messieurs et chers Collègues, « Je vous envoie copie des négociations écrites entamées

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du gouvernement provisoire contemplaient du haut du palais de la Nation les flammes qui

avec la citadelle par l'intermédiaire du brave et pur patriote Chazal. Vous voyez que les incendiaires ne nous chicanent que sur des subtilités, et je suis prêt, quant à moi, à leur accorder ce qu'ils demandent, de manière cependant à ne pas laisser croire que nous cédions à quelque sentiment indigne de la force et de la victoire que nous avons entre les mains. Je leur ferai entendre tout bonnement que nous trouvons leur demande si indifférente que nous y accédons, pour ne pas prolonger les inquiétudes des

habitants et continuer les allées et venues.

Tout est fort

tranquille en ce moment. Les dégâts de l'incendie, que j'ai été constater de mes yeux à l'entrepôt et dans les environs, sont beaucoup moindres que je ne l'imaginais. Le spectacle rien estjms moins horrible. La chaleur et la fumée m'étouffaient. Ce qui avait échappé aux flammes était emporté par quelques pillards, des femmes et des enfants. J'ai donné ordre à quelques gardes bourgeois, dont j'ai fait rencontre, d'aller faire sentinelle et je leur ai signifié ma qualité, afin de montrer que le gouvernement provisoire prenait à cœur les intérêts des commerçants.

« Il y a encore ici beaucoup de restes de servilité et d'égoïsme. Il faudra que tout cela s'épure au creuset de la révolution. J'ai fait plusieurs nominations (non pas de généraux) et quelques destitutions, au bas desquelles M. de Mérode aurait eu, j'en suis sûr, grand plaisir à apposer sa signature. Les copistes me manquent pour vous en envoyer expédition. Le Journal d'Anvers, que j'ai fait comparoir, les publiera demain. Il importe de montrer aux

dévoraient la métropole commerciale de la Belgique, il proposa de décréter immédiatement, et à titre de compensation pour cet immense désastre, la construction d'un chemin de fer d'Anvers au Rhin. 11 rédigea même un projet de décret ( l ).

Anversois que l'on songe à eux et de leur faire agréablement sentir le gouvernement provisoire. Vive la main heureuse qui a choisi M. de Robiano !

« J'ai engagé M. d'Hoogvorst à revenir le plus tôt possible à Anvers pour passer en revue la garde bourgeoise. Poussez-le au départ, je vous prie, pour mardi matin.

c A part la ruine de plusieurs commerçants auxquels, je l'espère, la Hollande donnera des indemnités, ne trouvezvous pas que cet incendie sert admirablement notre admirable cause? Ce n'est pas seulement un incendie local, mais un incendie belge, européen, universel. L'entrepôt contenait des marchandises de toutes les parties du monde. Déjà l'ambassadeur ou consul des États-Unis m'a déclaré qu'il attendait des indemnités de la Hollande.

« Votre bien dévoué, « Ch. Rogier. »

En marge de cette lettre, M. de Potter avait écrit : « 11 faut en tirer parti comme nouvelles positives, mais sans copier. »

(.) Anvers fut bombardé le 27 octobre. « Ce fut, dit un contemporain , une nuit terrible que celle du 27 au 28, terrible à Anvers, terrible à Bruxelles même : une vaste

Le 3 novembre eurent lieu les élections pour le Congrès. Alex. Gendebien obtint à la fois les suffrages de Bruxelles et de Mons : il opta pour Mons. Dans l'assemblée chargée de constituer la Belgique, il allait siéger avec son vénérable père, élu par Soignies, et avec son frère, ancien officier de l'empire français, élu par Charleroi.

L'ouverture du Congrès était fixée au 10 novembre. Or, depuis quelque temps déjà, le gouvernement provisoire était désuni. Gendebien, après s'être plaint avec une extrême vivacité des lenteurs apportées à l'organisation de l'armée, donna même sa démission le 26 octobre, et on eut beaucoup de peine à la lui faire retirer ('). D'autres débats surgirent ensuite au

lueur rougeâtre, reflet éloigné de cette scène lamentable, se dessinait à l'horizon , et le vent nous apportait le bruit expirant des bordées des forts et des frégates. Le gouvernement provisoire avait établi son siège dans l'ancien palais des états généraux à Bruxelles ; du haut du péristyle il pouvait en quelque sorte assister à l'incendie d'Anvers... » Essai historique et politique sur la révolution belge, par Nothomb (3 e édition), p. 79.

(i) Gendebien, s'adressant au gouvernement provisoire, s'était exprimé en ces termes :

« Bruxelles, le 26 octobre 1830.

« Tous mes efforts pour accélérer la marche niaisement

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sujet de la forme du gouvernement. M. de Potter désirait l'établissement d'une république,

tandis que ses collègues préféraient une monarchie. Lorsque, le 27 octobre, M. Nothomb donna lecture au gouvernement provisoire du projet de constitution adopté par la commission qui avait été chargée de 1 élaborer, M. de Potter dit : « Ce n'était pas la peine de verser tant de sang pour si peu de chose. » Comme il persis-

lente do l'administration de la guerre étant restés sans résultat, ma vive sollicitude pour cette partie essentielle de notre administration a été toujours très-mal secondée et même souvent repoussée avec aigreur. Je ne puis et ne veux laisser peser plus longtemps sur moi l'accablante responsabilité d'une incurie qui compromet les fruits de notre glorieuse révolution ; en conséquence, je me retire du comité central et du comité de justice, ne voulant plus participer en rien à une administration qui a la faiblesse de laisser subsister un état de marasme qui fera succomber notre patrie, malgré les efforts héroïques de nos braves volontaires dont l'ardeur sera bientôt neutralisée par linertie de ceux qui avaient mission d'organiser la victoire. — Je demande pour seule récompense de mes efforts et de mes sacrifices que ma démission soit conservée, comme une protestation contre ce qui se fait, et comme pièce justificative au jour où l'on demandera compte du temps perdu.

« Recevez mes civilités.

« A. Gendebien. »

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