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tait dans ses opinions républicaines, il trouva en Gendebien un énergique adversaire (').
Le 18 novembre, Gendebien vota l'indépendance de la Belgique. Le 22, lorsqu'il s'agit de déterminer la forme du futur gouvernement de l'État, il vota pour la monarchie et motiva son vote en ces termes : « Je n'abuserai pas de vos moments; nous connaissons tous, Messieurs, les théories de la monarchie et de la république; dans mon opinion personnelle, la république est le meilleur de tous les gouvernements. Je dirai plus : je crois connaître assez le caractère de mes concitoyens pour affirmer qu'ils sont dignes de vivre sous un régime républicain; mais, dans la position où nous sommes placés, je demeure persuadé que, si nous établissions aujourd'hui la république, elle n'aurait pas trois mois d'existence; les puissances mêmes qui nous protègent ne craindraient pas de descendre jusqu'à des intrigues
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(\) Dans une lettre confidentielle adressée le 5 novembre à M. Vande Weyer ; alors en mission à Londres, Gendebien disait : «... Nous avons eu aujourd'hui une explication sur la république et la présidence. M. de Potter a pensé m embarrasser, mais il a eu tort de douter de ma franchise. Je me suis expliqué avec calme, oui avec calme et dignité et force. II a été déconcerté, mais rien n'est encore décidé... »
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pour nous plonger dans l'anarchie. » Le 24, il fut au nombre des cent soixante et un membres qui votèrent la proposition d'exclusion perpétuelle des membres de la famille d'Orange- Nassau de tout pouvoir en Belgique.
Le gouvernement français, agissant selon les vues de la Conférence de Londres, avait envoyé à Bruxelles M. de Langsdorff avec mission d'empêcher, à tout prix, l'exclusion des Nassau. Dans la matinée du 24, le comité diplomatique fut convoqué extraordinairement et reçut M. de Langsdorff, qui était accompagné de M. Bresson. Tandis qu'ils faisaient au comité la communication dont ils étaient chargés, les membres du gouvernement provisoire venaient se joindre à lui. « A mon arrivée, rapporte Gendebien, messieurs les diplomates appuyaient leur mission d'un avertissement amical, c'est-à-dire de la menace d'une intervention des puissances qui serait probablement suivie de l'occupation et peut-être du partage de la Belgique. — Je leur répondis avec une énergique indignation : « Votre menace est vaine. » M. de Langsdorff essaya de m'interrompre ; je continuai : « J'ajoute qu'elle est ridicule, car vous ne pourriez occuper, moins encore partager la Belgique, sans faire la part de la France; cette part comprendrait
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nécessairement toutes les places fortes construites contre elle ; la Sainte-Alliance reculera devant ce fait, et la France tout entière se soulèverait à l'idée de voir l'avant-garde de la Sainte-Alliance à soixante lieues de sa capitale. » MM. de Langsdorff et Bresson reprirent : « Nous avons l'honneur de vous dire, en toute vérité, l'objet de notre mission et les conséquences de votre refus d'adhésion. Nous n'avons pas mission de vous menacer, mais de vous avertir. » — « Avertissement ou menace, c'est toujours une contrainte morale, tout au moins, que vous avez la prétention d'exercer sur les délibérations du Congrès. Eh bien ! je vous le dis en toute vérité, et je l'affirme : Vous n'obtiendrez de votre mission d'autre résultat que de hâter sa décision et d'ajouter à l'immense majorité déjà acquise les votes de quelques membres timides ou irrésolus. » Je me levai et me rendis au Congrès. Rogier, qui était arrivé pendant mon allocution, repoussa, de son côté, avec non moins d'énergie, les prétentions et les menaces de la Conférence. Le Congrès se constitua en comité secret ; le rapport simple, net, calme et digne que fit Vande Weyer, président du comité diplomatique, électrisa le Congrès, souleva l'indignation de tous les cœurs vrai-
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ALEXANDKE GENDEBIEN.
ment belges. L'immense majorité demanda qu'on allât immédiatement aux voix ( ! ). »
Le public fut réadmis dans les tribunes et l'exclusion des Nassau votée séance tenante.
Au mois de décembre, après s'être prononcé contre l'institution de deux chambres dans la nouvelle monarchie belge, Gendebien repartit pour Paris, accompagné de M. Vande Weyer.
Ils étaient chargés ( 2 ) « de traiter de la reconnaissance de la Belgique et de préparer les voies d'un traité de commerce. » Ils devaient « consulter la cour sur le choix du souverain de la Belgique, de manière à concilier les intérêts de la France avec les intérêts et l'honneur de la Belgique. » Arrivés à Paris pendant le procès des ministres de Charles X, les envoyés belges trouvèrent les esprits très-agités, le peuple exaspéré et le gouvernement timide et indécis. M. de Sébastiani, chargé du portefeuille des affaires étrangères, éleva beaucoup d'objections sur la reconnaissance de l'indépendance belge, sur une triple alliance à conclure avec l'Angleterre, sur le choix éventuel du duc de Nemours
(i) Aperçus, etc.
( f ) Leurs instructions portaient la date du 16 décembre. Ils partirent la nuit suivante.
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en qualité de chef du nouvel État, sur le prince Léopold de Saxe-Cobourg moyennant une alliance avec une princesse française, etc. (').
Devant cette attitude, il fut décidé que M- Van de Weyer retournerait à Bruxelles pour conférer avec le comité diplomatique et le gouvernement provisoire, puis qu'il se rendrait à Londres.
Gendebien resta donc seul à Paris où il eut de nouveaux entretiens avec le général Sébastiani, en attendant l'audience demandée au roi
Louis-Philippe.
Les froides réponses du ministre français avaient fini par exaspérer Gendebien ; sa colère s'accrut encore lorsque M. de Sébastiani jeta en avant la candidature d'un des fils du prince
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(i) M. de Celles, vice-président du comité diplomatique, écrivait à M. Gendebien (22 décembre 1830) \ « ... Il faut avoir l'Escaut libre et la reconnaissance de notre état politique, — puis Léopold et Louise, au moins. »
De son côté, Gendebien mandait au gouvernement provisoire (25 décembre) que, lorsqu'il avait discuté avec M. de Sébastiani la question d'alliance du prince Léopold de Saxe- Cobourg avec une fille de la maison de France, ce ministre s'était montré plus que froid et réservé. « Il est convenu,
écrivait Gendebien, que la France n'y trouverait pas grande
d'Orange. Le représentant du gouvernement provisoire répliqua que le Congrès ne consentirait jamais à se déshonorer et que la nation repousserait ce candidat; que la seule chance pour lui serait une guerre civile qui laisserait des ressentiments implacables. A la fois irrité et découragé, Gendebien écrivit à ses collègues du gouvernement provisoire que mieux valait encore décréter la réunion à la France afin de compromettre le gouvernement de Louis- Philippe et de le forcer de prendre fait et cause pour les Belges, ou, s'il le fallait, avec les Belges (').
Vers la même époque, le gouvernement provisoire déclarait à la Conférence de Londres
( 4 ) Gendebien au gouvernement provisoire (24 décembre 1830) : «... Si c'est là le bien que nous avons à attendre de la France ou plutôt de son gouvernement, qu'il aille à tous les diables, dût-il sauter avec nous ! Il faut employer les grands moyens, le compromettre et le forcer de prendre fait et cause pour nous, ou, s'il le faut, avec nous. La réunion à la France n'a rien de déshonorant ; l'abandon du Luxembourg ou d'une partie du Limbourg nous perd en nous flétrissant d'un reproche mérité de lâcheté. Je suis persuadé qu'en nous réunissant à la France, nous obtiendrions un des fils du roi pour gouverneur général... »
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« qu'il allait se voir dans la nécessité de proclamer lui-même la réunion à la France, si les puissances ne prévenaient promptement cette nécessité par une détermination franche et complète non-seulement en faveur de l'indépendance, mais aussi de l'intégrité du territoire belge, ainsi que de la pleine liberté de la navigation de l'Escaut (*). »
(i) Voici cette pièce restée inédite jusqu'à présent :
« Bruxelles, 31 décembre 4830.
« Pressé par les difficultés de sa position vis-à-vis du Congrès et de la nation qui souffre d'une trop longue stagnation du commerce, des fabriques et particulièrement des exploitations de mines charbonnières, le gouvernement provisoire est forcé de déclarer à la Conférence de Londres, que, si les Puissances ne garantissent pas immédiatement à la Belgique la liberté de l'Escaut, la possession de la Flandre hollandaise, de Maestricht et du Luxembourg, tel qu'il appartenait au royaume des Pays-Bas, il est impossible de former un État belge séparé de la France. — Le Gouvernement provisoire croit donc devoir avertir les Puissances représentées à la Conférence de Londres que, pour maintenir un centre d'action et prévenir une explosion populaire, il sera incessamment dans la nécessité presque certaine de proclamer lui-môme la réunion à la France, si les Puissances ne préviennent promptement cette nécessité par une détermination franche et complète, non-seulement
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Avant son départ pour Londres, qui eut lieu le 29 décembre, M. Vande Weyer, en qualité de président du comité diplomatique, avait adressé à Gendebien de nouvelles instructions, plus précises que celles du 16. Il fallait, disait-il en substance, un prince français pour souverain futur de la Belgique ou, à son défaut, une
État
cesse française (').
en faveur de l'indépendance, mais aussi de l'intégrité du territoire belge, ainsi que de la pleine liberté de la navigation de l'Escaut, laquelle ne peut être assurée qu'en donnant pour limite à la Flandre la rive gauche de ce fleuve. MM. Vande Weyer et Gendebien feront de cette note communication confidentielle ou officielle selon le besoin.
« (Signé)G ie Félix de Mérode, Jolly, Ch. Rogier,
J. Vanderlinden. »
(i) Cette lettre de M. Vande Weyer, également inédite, est digne d'attention :
« M. Vande Weyer à A/. Gendebien.
« On me communique à l'instant, mon cher ami, les deux lettres que vous avez écrites à nos collègues du comité central ; et, après les avoir lues attentivement, je suis dans une grande perplexité. En effet, il y a, dans ce que vous nous rapportez des deux conversations de M. de Sébastiani, mis surtout en rapport avec nos deux premiers
ALEXANDRE GENDEBIEX.
Le 2 janvier 1831, Gendebien fut reçu par
entretiens, des contradictions si étranges qu'il est impossible de s'arrêter à quoi que ce soit. Cependant il importe que nous ayons une pensée arrêtée ; et, d'après les nouvelles communications qui nous ont été faites par M. Bresson, voici ce que nous avons arrêté, et ce à quoi nous aurons tous à nous conformer :
« Le gouvernement provisoire de la Belgique, voulant donner une base aux négociations diplomatiques, arrête :
« Le comité diplomatique dirigera ces négociations de manière à fixer le choix du souverain futur de la Belgique sur un prince français.
. « Si ce choix est impossible et que, pour le réaliser, il fallût exposer l'Europe à une guerre générale, dont la Belgique serait le premier théâtre, les commissaires délégués proposeront une alliance avec une princesse française, de manière que les intérêts politiques, commerciaux et industriels de la Belgique ne soient sacrifiés aux intérêts d'aucune puissance. Et comme il importe à la tranquillité du pays qu'il y ait une prompte solution à cet égard, les commissaires délégués fixeront principalement leur attention sur cette question. Qu ils se pénètrent bien de cette pensée, c'est que le Gouvernement veut, avant tout, l'indépendance de la Belgique et l'intégrité de son territoire, convaincu qu il est que les Puissances la veulent aussi sans
arrière-pensée.
« Ne nous le dissimulons point : nous sommes sur un volcan ; le pays est sur le point de nous échapper ; les partis s'agitent ; l'orangisme fait des progrès ; l'incertitude sur notre avenir y jette beaucoup de monde. Le moindre
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le roi des Français. Il a raconté les détails de cette audience :
« J'exposai le sujet de ma mission. — « Je lé connais, me dit le Roi, j'y ai beaucoup réfléchi et je regrette que le résultat de mes réflexions ne me permette pas d'accueillir , comme vous le désirez, comme je le désire moi-même, les vœux de la Belgique pour mon fils, le duc de Nemours. Je le crois, par son caractère et son éducation, digne de régner constitutionnellement chez un peuple libre, bon et brave. Les puissances y verraient un échec à l'équilibre européen et une réunion déguisée à la France. Je ne veux pas qu'on m'accuse d'imiter Louis XIV ou Napoléon, je ne veux pas surtout qu'on m'accuse d'avoir allumé la guerre générale, pour placer mon fils sur un trône. >» — « Sire, je ne pense pas que les puissances considéreront comme un acte hos-
tile à l'équilibre européen l'occupation du trône de Belgique par un prince de votre famille. La moindre réflexion leur fera comprendre que ce serait un moyen de sécurité pour elles de satisfaire indirectement le désir de la France et sa passion pour les limites du Rhin. La stabilité, le calme et la sécurité, que rétablirait en Belgique un gouvernement définitif, seraient aussi, pour les puissances, un motif de sécurité pour elles-mêmes. Enfin, Sire, si le Congrès per-
mouvement en faveur de cette maison compliquerait singulièrement nos affaires et rendrait la Russie, qui seule croit encore à la possibilité d'une restauration, bien plus exigeante. Il faut en finir; et, pour cela, un seul moyen se présente : le choix d'un prince. Je pars ce soir pour Londres avec cette pensée. . . . »
ALEXANDKE GENDEBIEN.
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sistaità élire votre fils pour roi, Votre Majesté refuseraitelle de nous l'accorder? >»
« Voici textuellement la réponse du Roi, telle que je l'ai écrite en rentrant chez moi.
« M. Gendebien, vous êtes père d'une famille à peu « près aussi nombreuse que la mienne, vous êtes donc « dans une position à pouvoir, mieux que personne, appré- « cier les sentiments qui m'agitent en ce moment. Il doit « vous être facile de comprendre combien il serait doux « pour mon cœur, et flatteur pour un père, de voir un de « mes fils appelé au trône de la Belgique, par le vœu libre « et spontané du peuple belge. Je suis même persuadé que « son éducation, toute libérale, serait un sûr garant pour u le maintien et le développement des institutions que vous « vous créez dans ce moment. Il m'est donc doublement « pénible de devoir vous dire que je ne pourrais agréer les « vœux du Congrès : une guerre générale en serait la suite « inévitable ; aucune considération ne pourrait me décider « à me faire accuser d'avoir allumé une conflagration genêts raie par ambition, pour placer mon fils sur un trône. « D'ailleurs, la liberté sort rarement victorieuse de la « guerre : vous avez, comme nous, intérêt à conserver la « paix; mais si votre indépendance était attaquée, je « n'hésiterais pas, je ne consulterais que les devoirs que t m'imposeraient Thumanité et la vive sympathie que « j'éprouve, ainsi que toute la France, pour votre cause. « Je suis persuadé que je serais secondé par la nation tout « entière >»
« Après avoir discuté quelque temps encore cette question, je dis au Roi que le second objet de ma mission était de demander son agrément pour l'élection du prince Léopold de
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Saxe-Cobourg et une alliance avec une princesse d'Orléans. « Le Roi me répondit : « Je connais, depuis longtemps, le prince Léopold de Saxe-Cobourg ; c'est un beau cavalier, un parfait gentilhomme, très-instruit, très-bien élevé ; la Reine le connaît aussi et apprécie les avantages de sa personne. Mais... il y a un mais qui n'a rien de désobligeant pour la personne et les qualités du prince ; il y a des répugnances de famille, des préjugés peut-être, qui s'opposent à
l'union projetée. »
« Le Roi, répondant à quelques observations et à mes instances, me dit : « Si je ne veux pas, dans l'intérêt de mon fils, poser un acte compromettant pour la France , j'ai aussi le droit de refuser le sacrifice de ma famille ou d'un de mes enfants, sacrifice d'ailleurs inutile à la politique et aux intérêts de la France et même à la sécurité et au bonheur de la Belgique ; je la protégerai d'autant plus efficacement que je serai sans intérêt personnel à le faire. »
— « Votre double refus, Sire, place la Belgique dans une situation déplorable ; le provisoire a fait son temps, il est usé ; il doit, pour éviter une catastrophe, être remplacé par un définitif quelconque. Or, vous nous placez dans l'alternative d'une restauration ou de la république. Le choix ne sera pas douteux : le peuple belge a joui, pendant des siècles, d'institutions démocratiques, même républicaines ; le Congrès, placé dans cette cruelle alternative, n'hésitera, pas plus que le peuple, à proclamer la république. »
« Monsieur Gendebien, dit le Roi, je ne suis pas ennemi des institutions républicaines. J'ai combattu pour la république, ma famille l'a scellée de son sang. Je serais fier d'être le premier citoyen de la république française ; la royauté constitutionnelle est un acheminement, une transi-
Le lendemain, M. de Sébastiani informait officiellement l'envoyé du gouvernement provi-
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ALEXANDRE GENDEBIKN.
tion vers la république ; la France n'est pas encore mûre pour la république. Je suis persuadé que la Belgique peut, sans grande secousse, sans tiraillements, proclamer la république ; elle peut ne pas rencontrer d'opposition à l'intérieur. Il n'en est pas de même de l'extérieur : vos voisins l'attaqueront, sourdement d'abord, puis ne tarderont pas à l'écraser. »
« Sire, c'est une véritable condamnation à mort que vous prononcez contre la Belgique. Elle doit renoncer à la royauté, faute de roi; elle doit renoncer à la république, pour éviter le suicide ! Que lui reste-t-il ? La nécessité d'accepter la restauration ! De toutes les solutions, c'est la plus honteuse, la plus funeste pour la Belgique ; c est aussi la plus funeste pour la France ; car la restauration, c'est la coalition européenne aux portes de la France. »
— « Mon alliance avec l'Angleterre est un contrat d'assurance contre la coalition qui ne peut plus devenir européenne. La restauration est impossible; votre indépendance est reconnue-, je la défendrai et la France tout entière se lèvera, s'il le faut, pour défendre la fille aînée de sa révolution. Engagez vos concitoyens au calme, au bon ordre, à la confiance en moi et dans le peuple français ; dites-leur qu'ils ont toutes mes sympathies et celles de la France ; dites-leur que leur nationalité ne périra pas et qu'elle ne peut périr qu'avec la France elle-même. » En disant ces derniers mots, le Roi se leva et me tendit la main que je serrai , avec grande émotion et, j'en conviens, avec attendrissement et reconnaissance. >»
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ALEXANDUE GENDEBIEN.
soire que Louis-Philippe n'accepterait point la réunion de la Belgique et n'accorderait pas le duc de Nemours aux vœux des Belges (').
M. Gendebien à M. de Sébastiani.
« Paris, 3 janvier 4831.
« J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence copie d'une pièce importante que j'ai reçue hier ; elle était accompagnée d'une lettre de M. le C te de Celles, au nom du comité diplomatique, et de la copie de celle adressée à M. Vande Weyer à Londres. 11 résulte de ces documents que les événements deviennent si pressants qu'une résolution prompte et définitive de la France est indispensable et
urgente.
«c Nous allons nous trouver dans la funeste nécessité de comprimer par la force un élan patriotique vers la France, et, par suite, nous exposer à la guerre civile, si la France ne prend pas le parti d'accéder aux vœux des Belges pour un fils de S. M. le roi des Français. Quel que soit le parti que prenne le gouvernement français, il est indispensable que sa résolution soit prompte et définitive, car la pire de toutes les situations pour la Belgique, c'est l'état d'incertitude dans laauelle elle se trouve.
* Pour moi, Monsieur le Comte, qui suis décidé avant tout à éviter la guerre civile et à ne point y participer si elle éclate, je suis décidé à me retirer des affaires où à me mettre à la tête du mouvement, si le courage et l'énergie suffisent pour maîtriser les événements et sauver mon pays de l'anarchie. Ma résolution doit être prompte. Je n'attends
L'idée de la candidature du duc de Nemours avait été un instant prédominante en Belgique,
pour la prendre que la détermination de votre gouverne-
ment. »
Réponse de M. de Sébastiani.
« Paris, 3 janvier 1831.
« Ma réponse à la lettre, que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire aujourd'hui, est d'autant plus facile que le Roi a eu la bonté de vous la faire lui-même le jour où vous lui avez été présenté. La France n'accepte point et n'acceptera pas la réunion de la Belgique à ses provinces. Sa Majesté ne peut pas accorder le prince duc de Nemours aux vœux des Belges.
« Nous avons traité les affaires de la Belgique avec tout l'intérêt que nous aurions mis à traiter les nôtres. Nous ne dévierons pas de ce principe. Nos sentiments d'estime et d'affection pour vous sont aussi sincères qu'inaltérables. Que la Belgique place sa confiance en nous, ses amis véritables, et qu'elle n'oublie jamais que les vœux, les désirs les plus naturels et les plus justes ne s'accomplissent pas toujours ; que les négociations ont une marche et des délais inséparables de la nature des choses. Calmez l'effervescence de vos compatriotes : elle pourrait nuire à leur cause et les jeter dans une situation violente d'où il serait impossible de les faire sortir. »
« Cette réponse, écrivait le même jour Gendebien à M . Vande Weyer, est confidentielle ; mais elle pourra, ainsi qu'on en est convenu de part et d'autre, prendre un carac-
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au sein du gouvernement provisoire comme dans le peuple ( ! ).
Mais, chose curieuse, M. de Celles, qui devait
tère officiel si l'état des esprits exige qu'on fasse une communication officielle au Congrès. »
M. Vande Weyer à M. Gendebien.
« Londres, le 3 janvier 4831.
« .... J'apprends, mon cher ami, par les journaux anglais, que vous avez été reçu par le Roi. Vous sentez combien il importe au succès des négociations que je sache ce qui s'est passé dans cette entrevue. Que pense Louis- Philippe du choix du souverain ? Que dit-il du mariage dont parlent les journaux ? Le moment est venu de savoir à quoi s'en tenir sur cette importante question. Il faut que la France s'explique. Peut-elle nous donner le duc de Nemours? Veut-elle avoir l'air de se laisser forcer la main, où veut-elle qu'on la lui force? Qu'elle le dise. Ce sera bientôt fait, car ce serait le choix le plus populaire, ce serait même le seul populaire, et il tirerait le pays de cette incertitude fatale à son commerce, à son industrie, à son repos intérieur. Alors aussi tomberait ce mouvement que l'on organise et dont l'idée fait de rapides progrès, pour une réunion pure et simple, chose qui embarrasserait bien plus le cabinet français. Si, malgré toutes les protestations contraires, la France veut la guerre, ou ne peut l'empêcher, mieux vaut, et pour nous et pour elle, que le duc de Nemours soit proclamé roi dès à présent.... »
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un peu plus tard tant contribuer à faire prévaloir une seconde fois cette candidature, en signalait alors les périls : il voyait dans le triomphe d'un fils du roi des Français le signal d'une guerre générale (').
Pour des raisons trop faciles à deviner, le gouvernement français appelait maintenant de ses vœux une combinaison impossible : le choix du prince Othon, second fils du roi de Bavière. Le 5 janvier, Gendebien, chargé de pressentir à ce sujet le cabinet du Palais-Royal, écrivait à M. de Celles :
« Votre courrier parti hier m'est arrivé ce soir à 4 heures. Je me suis empressé d'entrer en conférence avec S. Ë. M. le comte Sébastiani, ministre secrétaire d'État au département des affaires étrangères.
« Il m'a fait l'honneur de me dire que la France accèderait à toutes les combinaisons politiques qui pouvaient constituer définitivement notre gouvernement et assurer le repos et le bonheur de la Belgique.
(*) M. de Celles écrivait à M. Gendebien (6 janvier 1831) : «• .... Le parti français est renforcé de tous ceux qui craignent et à tort les prêtres. Ils ne sont pas dangereux, selon moi. Faut-il détruire la liberté religieuse pour le fantôme du jésuitisme? Je ne le puis croire. .. . J'ai répété qu'un prince français sur le trône serait le signal d'une guerre générale.... »
« Il m'a donné l'assurance que le choix, par le Congrès, du prince Othon, second fils du roi de Bavière, serait agréé par le gouvernement de S. M. le roi Philippe I er .
« Il a ajouté qu'il était persuadé que l'alliance du roi futur de la Belgique avec la princesse Marie d'Orléans, fille cadette de S. M. le roi des Français, serait agréé ; qu'il ne pouvait néanmoins faire à cet égard une communication instantanée à Sa Majesté, attendu que cette princesse est très-dangereusement malade et qu'il serait peu convenable de traiter de cet objet dans une pareille circonstance.
« Quant aux limites territoriales qui font l'objet de votre seconde question, Son Excellence m'a répondu à peu près dans ces termes : La France n'oubliera jamais que la Belgique fut son berceau; la conformité de mœurs, de religion, de langage et de principes, présente des motifs de sympathie qui assureront toujours à la Belgique le plus vif intérêt et la protection constante de la France et de son gouvernement, dans toutes les questions qui touchent les intérêts et l'honneur national des Belges. Qu'en conséquence il m'autorisait à vous donner l'assurance que la France vous soutiendra dans toutes les questions où le bon droit sera de notre côté, et qu'elle ne souffrira aucune intervention qui tendrait à nous forcer à faire des concessions territoriales.
« Le langage du ministère français est d'autant plus rassurant pour nos chers compatriotes, qu'il serait au besoin soutenu par la France entière. J'ai acquis la conviction, pendant mon séjour ici et lors de mes précédentes missions, que la France se lèverait en masse et comme un seul homme, pour soutenir notre indépendance et nos droits s'ils étaient menacés.... »
Le 8 janvier, Gendebien alla prendre congé de M. de Sébastiani. L'entretien fut très-vif. « Je ne reviendrai pas, dit le premier, sur toutes nos précédentes discussions... Résumons : la réunion à la France est impossible ; je comprends cela. Mais nous devons renoncer au duc de Nemours, au prince Léopold de Saxe- Cobourg, à un roi indigène, à la république ! que nous conseillez-vous ! le prince Othon de Bavière, un prince de Naples, deux enfants.
Deux enfants! pour réaliser, garantir, au dedans et au dehors, les conséquences de notre révolution, les promesses de 1830! et vous croyez
que
les
Belges prendront au
sérieux ces
manœuvres diplomatiques? Leur bon sens imperturbable y verra une arrière-pensée qui les révoltera. » — « J'espère, répondit le ministre, que les Belges seront mieux inspirés ; ils n'hésiteront pas entre les sympathies de la France et les promesses de protection de toute autre puissance. » — « La triple alliance ayant été
repoussée, repartit Gendebien, la Belgique se trouve entre deux alliés qui ont promis de la protéger. Si ces deux alliés ne veulent ou ne peuvent s'entendre sur les moyens de protection ; si l'un des alliés repousse tous moyens de solution, force nous sera de nous adresser au
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bon vouloir de l'autre. Les candidatures du duc de Nemours et du prince de Saxe-Cobourg sont seules sérieuses; vous les repoussez toutes deux dune manière absolue; pour sortir de la périlleuse situation où nous place votre double refus, il ne nous reste qu'une voie : aller à Londres proposer la candidature du prince Léopold avec alliance française ; si le roi des Français persiste dans son refus, nous passerons outre : nous prendrons le prince Léopold, sans princesse française. » Alors Sébastiani se leva très-irrité et dit, avec colère, à son interlocuteur : « Si Saxe-Cobourg met un pied en Belgique, nous lui tirerons des coups de canon ! » « Eh bien, nous prierons l'Angleterre de répondre à vos canons, » répliqua Gendebien.
« Ce sera la guerre générale. »
Soit,
nous préférons la guerre, même générale, à une restauration, à une humiliation continue et sans issue ( ! ). »
Gendebien, ayant accepté une invitation à dîner chez le ministre, revint dans la soirée et trouva M. de Sébastiani très-calme, ou plutôt impatient d'atténuer l'impression produite par
( 4 ) Révélations historiques sur la révolution belge de 1830, dans le journal la Liberté.
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leur dernière conférence. « Je me suis, dit-il, laissé emporter comme un père irrité de l'opposition opiniâtre de son fils. »
Le représentant du gouvernement provisoire quitta Paris le même jour à neuf heures du soir et arriva à Bruxelles dans la nuit du 9 au 10 janvier. Le 11, il fit au Congrès un rapport très-sommaire sur les trois missions qu'il avait remplies près du gouvernement de Louis- Philippe ( ] ).
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( f ) Voir Discussions du Congrès national, t. II, p. 83.
(') Essai historique et politique sur la révolution belge par Nothomb, p. 118.
Le Congrès avait décidé que le 28 janvier il serait procédé au choix du chef de l'État. « Par la double action de la tribune et de la presse, dit un éminent publiciste, huit jours suffirent pour entraîner le pays dans une fatale alternative ; il n'y eut plus que deux cris : le duc de Nemours; le duc de Leuchtenberg . Le choix du duc de Leuchtenberg était anti- français, sans être européen; le choix du duc de Nemours était exclusivement français et anti-européen ( l ). »
Nous avons raconté ailleurs les diverses
péripéties qui marquèrent la rivalité du duc de Nemours et du duc Auguste de Leuchtenberg. On sait que celui-ci aurait triomphé si le cabinet du Palais-Royal n'avait eu recours à des manœuvres qui devaient aboutir à une mortifiante déception pour les Belges. Quoiqu'il n'eût point le dessein d'affronter une guerre européenne, Louis-Philippe, afin d'empêcher l'élection d'un prince allié aux Bonaparte, prit néanmoins la résolution d'opposer le duc de Nemours au duc de Leuchtenberg. Le marquis de Lawoës-
d'une mission confidentielle à
tine, chargé Bruxelles, et M. Bresson, commissaire de la conférence de Londres pour la France, feignirent d'oublier les déclarations si catégoriques faites par Louis-Philippe et par le comte Sébastiani à M. Gendebien : ils donnèrent l'assurance que le duc de Nemours accepterait la couronne de Belgique, s'il était élu. Le comte de Celles, vice-président du comité diplomatique, envoyé alors à Paris comme représentant du gouvernement provisoire, devint le confident du Palais-Royal et contribua également, par ses instances, ses exhortations, et ses assurances, reconnues depuis fallacieuses, à tromper ceux
dont il tenait son mandat.
Le gouvernement provisoire et le comité
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diplomatique s'étant ralliés à la candidature du duc de Nemours, Alex. Gendebien la défendit au Congrès dans un remarquable discours prononce le 1 er février. En soutenant énergiquement la candidature du prince français , Gendebien n'obéissait pas seulement à ses sympathies personnelles, mais il avait foi aussi dans les promesses du comte de Celles ( ! ).
On a pu lire déjà ( 2 ) les lettres adressées par M. de Celles au comte d'Arschot. On va lire maintenant les communications plus significatives encore qui furent transmises à Gendebien.
« Paris, 49 janvier 4 831.
« rarticulière. — Secrète.
« .... Oui, on a fait ici un grand pas en avant en vous envoyant Anatole ( 3 ) ; c'est tranchant par la couleur de ses opinions et la franchise de son caractère. Il sera, je l'espère,
(*) M. Ch. de Brouckere écrivait un peu plus tard à Gendebien :«.... De Celles me paraît plutôt l'homme de la cour de France que l'envoyé de la Belgique auprès de la France. Rappelez-vous que toutes ses lettres étaient adressées à votre beau-père ou à vous; jamais au gouvernement »
( 2 ) Dans notre ouvrage : Sylvain Vande Weyer, ancien membre du gouvernement provisoire, etc., t. I er , pp. 136 et suiv.
( 3 ) Le marquis de Lawoëstine.
ALEXANDKE GENDEBIEN.
bien reçu, quoique sans pièces sur parchemin de chancel-
lerie.... >*
« 20 janvier.
« .... 11 est réel qu'on ne veut pas de Leuchtenberg. On veut mieux pour nous. On veut ce que vous désirez ; mais, pour Dieu, attendons : le temps est notre sauveur. 11 faut tâcher de calmer le Congrès et suivre Anatole comme une boussole : c'est un ami envoyé par un ami. N'ayez aucune inquiétude sur Londres; on s'en occupe.... >»
v 26 janvier.
« On est indigné ici de la marche des affaires en Belgique. La nomination du duc de Leuchtenberg sera regardée comme une hostilité et comme une ingratitude, surtout comme un manque d'égards envers le Roi.... »
« 27 janvier.
« Je crois vous en avoir assez dit pour que vous n'éprouviez pas d'hésitation, et je vous dis encore que cela doit vous suffire pour arriver au but ; — la chose faite sera moins difficile à faire adopter quà obtenir dans le doute de la réussite.... Il vous suffit, me disiez-vous, de quelque chose d'officieux par l'un ou l'autre moyen; vous lavez : allez donc en avant.... »
« Même date.
« Allez en avant ; vous avez déjà dû recevoir mon avis approbatif . . . . Ainsi donc on en revient à ce que vous
demandiez il y a deux mois.
Il est hors de doute que
l'opinion générale en France fera incessamment triompher
la vôtre, et que la plus sage, la plus ancienne de toutes nos combinaisons doit avoir la préférence : Nemours. »
« 28 janvier 4834 , \\ h. matin.
« Proclamez Nemours à la plus grande majorité possible; envoyez une nombreuse députation ici ; — lisez ma lettre à nos amis (*). »
Grâce à ces excitations, le duc de Nemours fut élu le 3 février, mais seulement au second tour de scrutin et par quatre-vingt-dix-sept voix sur cent quatre-vingt-douze votants. En
(') M. Firmin Rogier, secrétaire de la légation de Paris, était dupe des assurances du Palais-Royal, lorsqu'il écrivait à son frère, membre du gouvernement provisoire :
« Paris, 28 janvier ♦834*.
« M. Bresson, arrivé ce matin à une heure, repart à l'instant.... Cette lettre, que je t'écris par M. Bresson, arrivera peut-être quand tout sera fini. Si Nemours est nommé,
c'est bien ; s'il n'est pas encore nommé, je ne puis que te confirmer ma dernière lettre : allez en avant; nommez Nemours à une grande majorité et qu'une députation nombreuse du Congrès se rende à Paris. Si le Roi ne croit pas devoir accepter formellement, il ne refusera pas positivement, mais il s'en référera aux Chambres qui sans doute accepteront. Voilà tout ce que je puis te dire. Ainsi en avant et puisse l'élection de Nemours réussir et nous préserver de l'anarchie et de la guerre civile.... »
apprenant ce résultat, M. de Celles écrit le 5 : « Je suis désolé d'une aussi faible majorité et de tant d'intrigues. »
Gendebien ne voulut point faire partie de la députation envoyée à Paris pour remettre solennellement à Louis-Philippe le décret du Congrès. On sait, au surplus, comment cette députation, arrivée à Paris le 6 février et accueillie avec des honneurs inusités, attendit onze jours, c'est-à-dire jusqu'au 17, avant de connaître la résolution du roi des Français.
M. de Celles avait écrit à Gendebien, le 5 : « 11 faut s'entendre avec le roi des Français qui lui-même doit s'entendre avec son peuple.
Il faut donc ne pas prendre des délais pour des refus et des refus pour autre chose que des délais. » Paroles étranges! Dès le 4, M. de Sébasliani était venu annoncer au vicomte Granville, ambassadeur d'Angleterre à Paris, le désistement du roi des Français. Le 10, la députation belge savait officieusement que l'acceptation de Louis-Philippe était douteuse (').
(*) M. Ch. de Brouckere, membre de la députation, écrivait le 10 à M. Gendebien : « .... Nous n'avons qu'un minime ou plutôt pas d'espoir de réussir.... Le dimanche, jour de notre débarquement, de Celles pleura en nous
Le 44, un refus paraissait certain ( ! ). Cependant on attendit trois jours encore avant de donner à ce refus un caractère officiel Louis-Philippe, comptant sur on ne sait quel événement qui aurait changé la situation, avait louvoyé et ne s'était décidé qu a la dernière extrémité à prononcer le non irrévocable. Après l'audience, M. de Celles écrivait à M. Vande Weyer : « Si l'élection avait été retardée chez nous d'un mois,
voyant; il était au paradis, nous étions sauvés, et voilà que le Roi nous tient un langage tout d'affection.... Nous rentrons plein d'espoir; Lawoëstine le confirme; selon lui, le procès est gagné : je me hâte de vous écrire.... Le soir, à six heures, le colonel (M. de Lawoëstine) arrive d'un air consterné nous apprendre qu'un courrier de Londres est arrivé, que l'Angleterre s'oppose à l'élection; cinq des nôtres vont au Palais-Royal, et, au milieu de mille protestations, entendent avec effroi prononcer le nom de Charles de Naples.... Malheureuse Belgique! L'a-t-on assez trompée! » (*) M. Barthélémy, qui faisait également partie de la députation, écrivait le 4 4 à Gendebien : « .... Vous n'avez pas été mystifiés. La cour pensait pouvoir accepter, mais j'ai lu les dépêches de Londres : le ministère tomberait s'il ne s'opposait pas avec menaces. Cela n'est encore rien. On accepterait la guerre ; mais les Chambres se sont prononcées contre et refuseraient le budget. Voilà deux choses qu'on ne prévoyait pas et deux obstacles qu'on ne peut pas
vaincre.... >»
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il y aurait eu, je pense, quelque chose de différent dans ce qu'on nous a dit ce matin. »
Gendebien avait fait tout ce qui dépendait de lui pour obtenir du roi Louis-Philippe une virile résolution. Dans une lettre qu'il adressa au comte de Celles, le 9 février, il disait que, à l'annonce d'un refus, la Belgique se soulèverait d'indignation. « Il y a quinze jours, disait-il encore, la haine était bien près de prendre la place de l'amour peut-être trop vif qu'on avait conçu pour La France ; dans trois jours, nous serons plus près de la haine que de l'amour. » 11 entrevoyait aussi un sombre avenir pour la Belgique. « L'annonce d'un refus et même d'une hésitation, poursuivait-il, nous jette dans l'alternative d'une restauration, c'est-à-dire d'une guerre civile, ou d'une république. Je n'hésiterai pas à prendre ce dernier parti, et l'ami le plus sincère de la France et de son digne chef usera de tous les moyens pour conquérir des amis à la Belgique républicaine, même au dépens de ses meilleurs amis. » Mais la sagesse du Congrès conjura de nouveaux et redoutables périls.
Le 21 février, le Congrès reçut communication dune proposition du gouvernement provisoire tendante à nommer un pouvoir exécutif dans les termes de la Constitution. « La Constitution, dit le judicieux auteur de Y Essai historique et politique sur la révolution belge, était achevée depuis le 7 février; on résolut de la promulguer, en remplaçant le gouvernement provisoire par une régence et en conservant au Congrès le pouvoir législatif sans partage, et le choix du chef définitif. Ce fut une heureuse idée ; les membres du gouvernement provisoire abdiquèrent le pouvoir avec le même à-propos et la même noblesse dame qu'ils l'avaient saisi dans des jours d'anarchie. »
Surlet de Chokier, président du Congrès, fut, le 24 février, investi de la régence par cent huit suffrages sur cent cinquante-sept; il avait eu pour compétiteur le comte Félix de Mérode. Gendebien vota pour Surlet de Chokier. Le lendemain de son installation, c'est-à-dire le 26, le régent conféra le titre et le pouvoir ministériel aux anciens présidents ou administrateurs généraux des comités. Alex. Gendebien devint ainsi ministre de la justice. Déjà le gouvernement provisoire l'avait appelé à la première présidence de la cour supérieure de Bruxelles, et cette haute position, Gendebien persistait à la refuser ('). Mais le régent lui fit remarquer que l'acceptation du portefeuille de la justice ne devait pas l'exposer à la perte de son état, sans aucune compensation. « Mon
M. Gendebien au Régent (28 février) :
« Malgré l'intention formellement exprimée de ne point accepter la dignité de premier président de la cour de Bruxelles, j'ai été proposé par le comité de justice et promu à cette haute fonction par le gouvernement provisoire. Quelque flatteur que soit pour moi ce nouvel acte de bienveillance de la part de mes anciens collègues, je dois persister dans ma résolution. J'ai en conséquence l'honneur de vous annoncer que je n'accepte pas la première présidence de la cour de Bruxelles. »
successeur, disait-il, pourrait ne pas vous accorder sa confiance; il serait trop tard alors de reprendre votre état. »
Gendebien finit par céder aux instances du régent et aux conseils de ses amis, mais en renonçant -aux appointements attachés au ministère de la justice. En conséquence, le 8 mars, il fut solennellement installé en qualité de premier président de la cour supérieure de justice de Bruxelles ( l ).
(*) Dans le discours prononcé à son installation, Gendebien s'exprimait en ces termes :«.... Trop heureux d'avoir pu contribuer à l'affranchissement de ma patrie, je ne faisais d'autres vœux que de rentrer dans la vie privée, dont les douceurs n'ont pour moi rien de comparable. Je n'avais d'autre désir que de reprendre les travaux pénibles, mais honorables, de la noble profession qui faisait mon bonheur et toute mon ambition. Je priai, je suppliai même notre vénérable régent de me permettre de refuser le portefeuille de la justice, et de m'abstenir de l'insigne honneur de siéger dans son conseil et de présider l'un des deux grands corps de la magistrature de la Belgique. Mais, sans doute par un sentiment de bienveillance pour moi, le régent pensa que ma carrière politique, qui avait commencé avec la révolution, ne pouvait finir qu'avec elle. Il insista, et dès lors l'obéissance devint pour moi un devoir. J'acceptai ad intérim le ministère de la justice qui pourra, dans quelque temps, être supprimé ; mais j'en refusai le traite-
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On sait que le premier ministère du régent n'eut qu'une courte durée. Dès le 20 mars, il était en pleine dissolution, au moment même où une nouvelle conspiration orangiste tentait de détruire l'indépendance nationale.
Gendebien a retracé lui-même l'origine de ce complot et indiqué en même temps les causes de la dissolution du ministère. Cette note, restée inédite jusqu'à ce jour, est digne d'attention. La voici :
« Lors de la conspiration du mois de février qui s'évanouit par l'échauffourée de Gand, de nombreux rapports arrivés au gouvernement provisoire lui avaient révélé un vaste complot, qui n'a échoué que par l'exécution prématurée qui a été commencée par le sieur Grégoire pour écarter l'élection du duc de Nemours ('). Si la discussion qui a précédé cette élection s'était prolongée de quelques jours, si certains soi-disant patriotes de Bruxelles n'avaient pas hésité en février, comme ils ont hésité en mars,
ment. Après de longues hésitations, j'acceptai l'honorable mission de vous présider. ...»
(') On lit dans l'Essai historique et politique sur la révolution belge : « A l'issue de la séance du 3 février, les membres du Congrès qui venaient d'élire un roi apprirent que, la veille, le colonel Ernest Grégoire avait tenté de faire reconnaître à Gand le prince d'Orange ; l'énergie populaire fit échouer cette candidature ; la diplomatie avait «déjà condamné l'autre. »
(*) Dans sa lettre au duc de Wellington, datée d'Aix-la-
Chapelle, du