XXIV INTRODUCTION
plaît sans s'arrêter anx impossibilités et bâtit des projets à perte de vue pour un avenir qui lui paraît
n'avoirpasdefin.
» Ses opinions étaient celles d'un écolier de 89 qui voudrait voir des républiques partout et considère cette forme de gouvernement comme la seule conforme anx vœux et aux droits de l'humanité. Quoique je fusse moi-môme alors très-exalté, quoique né et élevé dans une république où les principes de la révolution française avaient été accueillis avec ardeur, cependant, dans nos discussions, c'était moi qui étais l'homme sensé, qui modérais les opinions extrêmes du grand-duc. Il soutenait, entre autres choses, que l'hérédité était une institution injuste et absurde, que l'autorité suprême devait être confiée, non par le hasard de la naissance, mais par le vote de la nation, qui saurait choisir le plus capable de la gouverner. Je lui représentais ce qu'il y avait à dire contre cette opinion, la difficulté et les hasards d'une élection, ce que la Pologne en avait souffert, et combien la Russie était peu propre et peu préparée à une telle
INTRODUCTION xxv
institution. J*ajoutais que, pour cette fois du moins, la Russie n'y gagnerait rien, puisqu'elle perdrait celui qui était le plus digne de se trouver au pouvoir, celui qui avait les intentions les plus bienfaisantes et les plus pures.
» C'était sur ce point entre nous des discussions qui se reproduisaient sans cesse. Quelquefois, dans nos longues promenades, la conversation tournait sur d'autres sujets. Ce n'était plus la politique, c'était la nature ; le jeune grand-duc était enthousiaste de ses beautés. Il fallait être bien disposé à ce genre de jouissances pour en trouver dans le pays que nous parcourions; mais eniHn, comme tout n'est que relatif dans ce monde, le grand-duc s'extasiait sur une fleur, sur la verdure d'un arbre, sur une vue un peu étendue, qu'ouvrait une légère sinuosité de terrain ; car il n'y a rien de moins pittoresque, rien de plus laid queles environs de Pétersbourg. Alexandre aimait les agriculteurs et la beauté rustique des villagoises; les occupations, les travaux de la campagne, une vie simple, tranquille et retirée dans quelque jolie ferme, dans un pays