XXII INTRODUCTION
fils une famille influente. Elle ne se doutait guère que cette amitié le confirmerait dans des sentiments qu'elle détestait et craignait, que ce serait l'une des causes, entre raille autres, du progrès des idées de liberté en Europe et de la réapparition, hélas! éphémère, sur la scène politique, de la Pologne, qu'elle croyait avoir mise pour toujours au tombeau. L'approbation de l'impératrice donnée à la préférence marquée que nous témoignait le grand-duc ferma la bouche à tous les censeurs, et nous encouragea à poursuivre nos relations, qui étaient d'ailleurs si attachantes.
B Le grand-duc Constantin, par esprit d'imitation, et voyant que cela plaisait à l'impératrice, se prit aussi d'amitié pour mon frère, le fit venir chez lui, le força d'être de l'intimité de son ménage ; mais il ne fut pas question, dans ces relations, de politique. Mon frère eut, sous ce rapport, le mauvais partage ; aucun des motifs qui nous avaient liés à Alexandre n'existait pour Constantin, et son caractère capricieux, emporté, n'admettant aucune répression que celle de la peur, rendait toute intimité avec lui peu désirable.
INTRODUCTION xxiii
Le grand-duc Alexandre demanda à mon frère de s'y prêter de bonne grâce, pourvu que ses confidences restassent inconnues de Constantin, pour lequel il avait cependant des sentiments fraternels.
» Le grand-duc, au commencement du séjour de cette année, était logé dans le grand château et n'habitait pas encore le palais séparé et situé dans le parc que l'impératrice lui avait fait construire et qui venait d'être terminé. Le visiter fut pendant quelque temps un but de promenade après dîner. Le grandduc s'y transporta et ftit alors beaucoup plus libre de nous voir. Il nous faisait souvent dîner chez lui, et rarement la journée se passait sans que Tun de nous revînt souper avec lui , après que les appartements étaient terminés au château. Nous faisions aussi, le matin, des courses à pied qui étaient quelquefois de plusieurs lieues; le grand-duc aimait à marcher, à parcourir les villages d'alentour, et c'était alors surtout qu'il se livrait à ses discussions favorites. 11 était sous le charme d'une jeunesse à peine commencée, qui se crée des images, s'y com-