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écarté et riant; c'était le roman qu'il aurait voulu réaliser et sur lequel il revenait toujours en soupirant.
» Je sentais bien que ce n'était pas ce qui lui convenait; que, pour une si haute destinée, et pour opérer d'heureux et de grands changements dans Tordre social, il fallait plus d'élévation, de force, d'ardeur, de confiance en soi-même, que n'en laissait apercevoir le grand-duc ; qu'à sa place il était blâmable d'avoir le désir de se débarrasser du poids énorme qui lui était réservé et de soupirer après les loisirs d'une vie tranquille ; qu'il ne suffisait pas de juger de la difficulté de sa position et de la redouter, mais qu'il aurait fallu s'enflammer du désir passionné de les surmonter.
» Ces réflexions ne se présentaient à mon esprit que de temps en temps, et, même lorsque j'en sentais la vérité, elles ne diminuaient pas mes sentimentsd'admiration et de dévouement pour le grand-duc. Sa sincérité, sa droiture, la facilité avec laquelle il s'abandonnait aux belles illusions, avaient un charme auquel
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il était impossible de résister. D'ailleurs, si jeun^ encore, il pouvait acquérir ce qui hii manquait; les circonstances, les nécessités pouvaient développer des fa* cultes qui n'avaient pas eu le temps et les moyens de se montrer ; mais ses vues, ses intentions restaient précieuses comme l'or le plus pur, et, quoiqu'il ait bien changé depuis, il a pourtant conservé jusqu'à là fin de ses jours, une partie des goûts et des opinions de sa jeunesse.
» Beaucoup de gens, surtout mes compatriotes, m'ont reproché, plus tard, d^avoir attaché trop de foi aux assurances d'Alexandre. J'ai souvent soutenu contre ses détracteurs que ses opinions étaient sincères et non jouées. L'impression produite par les premières années de nos relations ne pouvait s'effacer. Assurément, lorsque Alexandre, à dix-neuf ans, me parlait dans le plus grand mystère, avec une effusion qui le soulageait, des ses opinions et des sentiments qu'il cachait à tout le monde, c'est qu'il liBS éprouvait réellement et qu'il avait le besoin de les confier à quelqu'un. Quel autre motif
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pouvait-il avoir alors? qui aurait-il voulu tromper? Il suivait assurément le penchant de son cœur, et confiait ses pensées véritables. J'aurai l'occasion de revenir là-dessus lorsqu'il me faudra parler des changements qu'à subis le caractère de ce prince. »
Ainsi se forma dans les jardins de la Tauride cette intimité singulière qui était destinée à prendre une véritable importance politique et qui explique le rôle du prince Adam Czartoryski, la confiance qu'il garda longtemps, cette pensée persévérante d'une transaction possible, cette correspondance enfin, dernier mot d'une situation extraordinaire. Que le prince Adam, en acceptant cette amitié qui allait au-devant de lui, en s'y laissant aller avec une certaine prédilection dont seul alors il connaissait les motifs sérieux, ait eu toujours pour mobile, pour principale et unique préoccupation le patriotisme le plus intègre, cela ressort non-seulement de ses paroles, de ses écrits, mais encore de toutes ses actions.
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Jamais, devant cette faveur d'un grand-duc devenue bientôt une faveur impériale, il n'abaissa ni son caractère national ni ses espérances. 11 resta simplement ce qu'il était ; un Polonais cherchant le bien à travers les difficultés du temps, et, même lorsque la fortune se plut à le transformer un instant en ministre d'un tzar, il mit pour conditions qu'il ne recevrait ni traitement ni décorations, qu'il reprendrait toute son indépendance le jour où l'intérêt de la Pologne le lui ordonnerait. Jamais non plus, dans les nouveaux rapports créés par l'organisation de 1815, il ne cessa de défendre les droits de son pays, jusqu'à l'heure où l'ami d'Alexandre devint le membre du gouvernement national de 1831, la victime de l'empereur Nicolas, l'émigré venant lutter encore et mourir dans l'exil.
Que l'empereur Alexandre I", de son côté, fût de bonne foi dans ses épanchements, dans ses idées de justice envers la Pologne, je ne me refuse pas absolument à le croire : il était jeune, son esprit était assiégé de rêves généreux. \e rôle de réparateur