IV INTRODUCTION
de la force, la lutte a commencé pour ne plus s'interrompre; elle s'est poursuivie par l'éclat soudain des insurrections périodiques ou par un travail de tous les instants, par la paix comme par la guerre, se proportionnant aux circonstances, prenant toutes les formes, paraissant quelquefois se modiDer, ou se dissimulant sous des tentatives de transaction pour finir par se dégager et se fixer dans l'inexorable netteté d'un duel sans merci et sans accommodement possible.
Chacun y a pris part, chacun a concouru dans sa mesure à l'œuvre commune. Les uns ont cru qu'il n'y avait que l'action, et toujours l'action, même lorsqu'elle était sans espoir; les autres ont pu croire en certains moments à la puissance et à l'efficacité des combinaisons diplomatiques ou des transactions temporaires. Ceuxci, ne voyant que l'excès d'un malheur national, et détournant leurs regards de la politique universelle, n'ont voulu jamais compter que sur eux-mêmes; ceuxlà, plus frappés du caractère européen de la question de Pologne, ont cru à la possibilité, à la nécessité des interventions de l'Occident; mais, pour tous, à travers
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des divergences apparentes qu'il y aurait aujourd'hui peu de sagesse à grossir, la pensée était la même, le but était identique. C'était la patrie à retrouver et à faire revivre.
C'est cette pensée qui apparaît à travers les détours de cette négociation à laquelle le prince Adam Czartoryski se prêta pendant toute une période de sa vie avec l'empereur Alexandre I" de Russie; c'est pour atteindre ce but qu'il accepta d'être le ministre d'un tzar, qu'il resta si longtemps son coopérateur et son confident, jusqu'au jour où, perdant toute espérance, il se retira de la position extraordinaire que les circonstances lui avaient faite. Ces lettres et ces conversations sont justement l'histoire fidèle de cet épisode, de ces rapports qui ont été souvent mal jugés parce qu'ils étaient mal expliqués et mal connus.
Le prince Adam Czartoryski, qui revient aujourd'hui rendre témoigaage de sa pensée et de ses actions, ne fut pas assez heureux, il est vrai, pour fixer dans Tâme mobile d'Alexandre ce projet de reconstituer la
VI INTROD-UGTION
Pologae qui avait été la raison de ce rapprocbemeat bizarre entre un tzar et un patriote polonais. Dans la partie politique de son rôle, il échoua, et* sa dernière lettre est Tabdication de sa dernière illusion. Il réussit pourtant en deux choses ; d'abord jusque dans Tintimité impériale, jusque dans sa position de ministrei il maintint son caractère de Polonais, Tinviolable ûdélité de son patriotisme, et, de plus, s'il échoua comme politique, il réussit, autant qu'il pouvait réussir, comme curateur de l'université de Yilna^ comme directeur de l'instruction publique dans toutes les parties de la Pologne placées alors sous le gouvernement de la Russie. Il garda ce poste pendant vingt ans, à travers toutes les péripéties de la politique, et les Russes lui ont fait quelquefois l'honneur de croire et de dire qu'il avait retardé d'un demi^siëcle l'assimilation des provinces polonaises à l'empire.
Je ne veux pas retracer ici la vie du prince Adam Czartoryski, cette vie conduite avec autant d'honneur que de patriotisme j usqu'à plus de quatre-vinglrdix ans, et terminée dans l'exil au moment où la Pologne^ déjà
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frémissante, se préparait à des luttes nouvelles (1). Seulement, pour comprendre ces rapports sur lesquels la correspondance qu'on va lire jette un jour si non* veau, dont elle précise Toriginei la nature et les limites, il faut se souvenir de cette époque de suprême désastre où la Pologne, vaincue, subissait le dernier partage après avoir tenté un instant de se relever par la libérale constitution du 3 mai 1791 4 Le prince Adam, trop jeune encore pour siéger régulièrement i Ton* verture de la grande diète de 1788, avait eu nèanmoins un rôle dans cette assemblée et avait co*' opéré à la Constitution nouvelle. Il était de cœur et d'àme avec Kosciusko dans la prise d'armes de 1794, et, s'il ne fut pas Fun des vaincus de Macieioivice, c'est qu*il fut arrêté en chemin» Quiuid tout fut fini, Timpé* ratrice Catherine, qui était encore vivante, votllut avoir ce fils de grande race polonaise comme gage, comme otage, et le prince Adam dut se rendre avec son frère à Saint^Péteïsbourgi Led deux jeunes Polo«
(1) Voir, dans mon livre de la Pologne contemporaine, le cliapilra qui » pmt (itfc : un Essai d$ Ubètatisms fUsi6 éh Potùffne.