VIII INTRODUCTION
nais étaient comme deux exilés à cette cour moscovite. Le prince Adam sentit vivement sa position et a raconté lui-même ce qu'il ressentait; tout était froissement et aiguillon pour lui. Il souffrait même de la liberté matérielle dont il jouissait en songeant à ceux de ses compatriotes qui étaient prisonniers.
A ce moment, d'ailleurs, il ne restait plus aucune espérance pour la Pologne. La France révolutionnaire avait bien fait retentir son nom, mais sans lui prêter aucun secours, sans même paraître comprendre exactement Timportance de cette héroïque alliée du Nord, et bientôt elle allait pousser plus loin l'abandon en dissolvant les légions polonaises, en les envoyant mourir à Saint-Domingue. En Pologne, les esprits étaient sous le coup de la défaite ; du côté de l'Europe, il n'y avait rien à attendre ; de toutes parts l'horizon était fermé. C'est alors qu'une circonstance extraordinaire s'offrit tout à coup au jeune Polonais exilé à Pétersbourg. L'amitié d'un prince encore adolescent, petit-fils de l'impératrice Catherine, fils de celui qui allait être l'empereur Paul 1", et destiné lui-même à
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ceindre la couronne, venait le chercher dans ses tristesses de patriote découragé. Le grand-duc Alexandre s'était pris d'une affection particulière pour ces deux jeunes Polonais; il les attirait dans son intimité, et ce fut le commencement de ces rapports qui devaient avoir une importance politique.
Pour que le prince Adam Czartoryski, qui, dans son séjour à Pétersbourg, avait appris à ne point se faire illusion sur les vrais sentiments des Russes, pour que le prince Adam se laissât gagner ainsi, au point de garder pendant longtemps sa confiance, il avait fallu évidemment qu'il trouvât dans le grandrduc un autre esprit, d'autres dispositions ; il avait fallu surtout qu'Alexandre l'eût bien convaincu de sa sincérité. 11 acceptait cette amitié parce qu'il y voyait une dernière espérance pour la Pologne, et il pouvait assurément croire à la sincérité de ce jeune homme qui se dérobait aux influences de cour pour venir lui parler de sa patrie, pour venir dérouler avec lui de beaux projets d'équité, de réparation, de politique humaine et bienfaisante. Tel était Alexandre à cette époque, esprit vain, chiméri-