‹ Alexandre ier et le prince Czartoryski; correspondance particulière et conversations, 1801-1823Chapitre 5 sur 20 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

à venir le trouver au palais de la Tauride, que nous nous promènerions dans le jardin, qu'il voulait me montrer. Il m'assigna le jour et Theure.

» Le priutemps était déjà établi, et, comme il arrive dans ce climat, la nature avait regagné le temps perdu, la végétation en peu de Jours s'était promptement développée; tout était vert et fleuri.

» Je me rendis exactement au j'our et à l'heure assisignés au palais de la Tauride; je regrette de n'avoir pas marqué la date précise de ce jour ; il eut une influence décisive sur une grande partie de ma vie, et ' sur les destinées de ma patrie. C'est de ce jour, et de la conversation dont je vais rendre compte, que commença mon dévouement au grand-duc, je puis dire notre amitié, et une suite d'événements heureux et malheureux, dont la chaîne dure encore et se fera apercevoir pendant de longues années.

» Aussitôt que je fus entré, le grand-duc ine prit par la main et me proposa d'aller au jardin, pour me faire juger, disait-il, de l'habileté du jardinier anglais qui avait su y introduire beaucoup de variété et ne

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jamais laisser apercevoir la fin de son terrain, quoiqu'il fût peu étendu. Nous parcourûmes le jardin dans tous les sens pendant plus de trois heures d*une conversation toujours soutenue et animée.

» Le grand-duc me dit que notre conduite, à mon frère et à moi, notre résignation dans une existence qui devait nous être pénible, le calme et Tindifférence avec lesquels nous avions tout accepté sans y attacher du prix ni repousser des faveurs à nos yeux déplaisantes, nous avaient gagné son estime et sa confiance ; qu'il sympathisait avec nos sentiments, qu'il les devinait et les approuvait; qu'il avait senti le besoin de nous mettre au fait de sa véritable manière dépenser; qu'il ne pouvait supporter Pidée que nous le jugeassions autrement qu'il n'était réellement. Il médit alors qu'il ne partageait nullement les idées et les doctrines du Cabinet et de la cour; qu'il était loin d'approuver la politique et la conduite de sa grand'mère ; qu'il avait fait des vœux pour la Pologne et pour sa lutte glorieuse; qu'il avait déploré sa chute; Kosciusko était à ses yeux un homme grand par ses vertus et par

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