CHAPITRE PREMIER
l'entrevue de STUTTGART
Le roi Guillaume de Wurtemberg. — Ses liens de parenté avec les maisons impériales de France et de Russie. — Ses démarches auprès de Napoléon III et d'Alexandre IL
— Entrevue décidée. — Dispositions dans lesquelles s'y rendent Alexandre II et Gortchakoff. — Intentions do Napoléon III. — Son voyage et son arrivée à Sturtgart. — Première rencontre avec Alexandre II. — Contrainte et froideur du début.
— Popularité de Napoléon III. — Impression pénible des Russes. — L'impératrice Marie. — Entretien final des deux souverains. — Conférences de Gortchakoff et Walewski. — ^Minutes de protocoles définissant les bases de leur accord. — Pourquoi rien n'a été signé. — Questions particulières traitées à Stuttgart ; Naples. — Prhicipautés. — Monténégro. — Il n'a pas été question des duchés de l'Elbe. — Satisfaction mutuelle des deux gouvernements. — Circulaire diplomatique française. — Applications de l'accord établi. — Fin de l'affaire de Naples. — Suite de l'affaire des duchés de l'Elbe. — La Russie et l'alliance anglo-française. — Fin de l'affaire du Monténégro. — Initiatives de Gortchakoff, au sujet des chrétiens de Turquie et des réformes promises par le sultan. — Le grand-duc Constantin et son parti.
n y avait en Europe un souverain qui s'était mis en tête de réunir chez lui Alexandre II et Napoléon III : c'était le roi Guillaume de Wurtemberg. Il avait, pour l'essayer, des raisons, c^ui pouvaient devenir des moyens d'y réussir. Sa première femme, la grande-ducliesse Catherine, était sœur de Nicolas P^ ; son fils avait épousé la grande-duchesse Olga, sœur d'Alexandre II ; d'autre part sa propre sœur, la princesse Catherine de Wurtemberg, était entrée dans la famille Bonaparte par son mariage
212 ALEXANDRE II, G OUTCII A KOFF ET NAPOLÉOxN III
avec le prince Jérôme-]N\ipoléon, Fancien roi de Westphalie. Allié aux deux maisons impériales, le roi de Wurtemberg recherchait pour luimême l'appui moral de la France et de la Russie et cette raison, jointe à l'ambition de jouer un rôle, lui avait fait souhaiter de trouver, dans sa double parenté, un moyen de les rapprocher. C'était là, chez lui, un déshancien et persistant. Avant la guerre de Crimée, il avait déjà essayé de s'entremettre entre Nicolas l^^ et Napoléon III ; après l'avènement d'Alexandre II, lorsque les adversah-es inclinaient déjà à la paix, les ministres de Saxe et de Bavière avaient usurpé à ses dépens le rôle d'intermédiaires officieux : cette fois, il se flattait de faire agréer ses services et d'être le metteur en scène d'une entrevue sensationnelle. De grandes fêtes devaient avoir lieu à Stuttgart, à la fin de septembre 1857, à l'occasion du soixante-seizième anniversaire de sa naissance : excellent prétexte pour réunir autour de son trône l'empereur des Français et le tsar de Russie.
S'étant fait ordonner par ses médecins un voyage dans le midi de la France, le roi de Wurtemberg partit donc pour Biarritz, dès le mois d'octobre 1856. De cette époque date sa première invitation à Napoléon III, qui l'accepta, dit Rothan (1), avec empresssement. Il paraît certain, en effet, que l'idée de rencontrer Alexandre II séduisit d'emblée l'empereur et que son désir de la réaliser alla même croissant : car, dans le courant de l'année 1857, Walewski ou lui-même en firent part à plusieurs personnes, tantôt demandant à Kisselef l'itinéraire du tsar en Allemagne, tantôt exprimant au prince Alexandre de Hesse le vœu d'une entrevue avec l'empereur de Russie, tantôt enfin en fixant le lieu à Stuttgart et ja date à la fin de septembre.
La suggestion du roi de Wurtemberg n'eût au contraire, d'après Rothan, reçu à Pétersbourg, qu'un accueil d'abord hésitant et contraint. De la part d'Alexandre II peut-être, à coup sûr pas de la part de Gortchakoff. Les deux lettres autographes échangées, au début de janvier 1857, par le tsar et l'empereur des Français étaient, au dire de Gortchakoff, (c le plus grand événement des deux dernières années », et Alexandre II ne contredisait pas à cette appréciation, consignée dans un rapport que lui adressait son ministre. Que dhe alors d'une entrevue, bien autrement efficace qu'un échange de lettres? Elle répondait pleinement à la pohtique qui n'avait cessé, depuis la paix, d'être suivie à Pétersbourg. Si donc il
(1) M. G. Rothan, qui était alors secrétaire de la légation de France en Wurtemberg, a publié sur l'entrevue de Stuttgart deux articles dans la Eeiue des Deux Mondes des !<='• décembre 1888 et !«'• janvier 1889.
y eut, de la part d'Alexandre II, quelque répugnance personnelle à admettre l'idée de se rencontrer avec le vainqueur de Crimée, avec un souverain rien moins que légitime, cette répugnance dut être très rapidement surmontée. Dans une circulaire adressée plus tard (1) aux agents diplomatiques de France pour leur annoncer la prochaine entrevue, Walewski déclare que l'empereur de Russie « avait témoigné à plusieurs reprises et notamment à M. le général Reibell, envoyé pour le complimenter à Bade, le regret qu'il éprouvait de ne pas avoir eu l'occasion, pendant son séjour en Allemagne, de se trouver avec l'empereur Napoléon, dont il désirait depuis longtemps faire la connaissance. » H est évident que Walewski n'eût pas mis, dans un document destiné à inspirer le langage de nos agents, des allégations contraii'es à la vérité : et celles-ci prouvent donc tout au moins qu'Alexandre II s'est résolu en temps opportun à exprimer lui aussi les vœux qui étaient indispensables pour que la dignité fût sauve des deux côtés.
Toujours est-il que, dès le printemps de 1857, le principe d'une rencontre était admis de part et d'autre. On espérait beaucoup, aux Tuileries, que les impératrices y participeraient : la décision que prit l'impératrice de Russie de n'y pas assister, entraînant nécessairement l'abstention de l'impératrice Eugénie, impressionna désagréablement Napoléon III. Mais cette déception ne fit pas remettre en question le principe admis. Par contre, Stuttgart courut un instant le risque de se voir préférer Bade : le roi de Wurtemberg avait été soupçonné à Paris de s'entremettre également entre la Russie et l'Autriche et il lui fallut, pour se disculper de ce soupçon, justifié ou non, se faire conseiller par ses médecins un second voyage en France, à Paris cette fois. Enfin l'accord s'établit définitivement entre le roi et les deux empereurs sur le choix de Stuttgart et la date du 25 septembre. « H était tout simple, dit la circulaire du 19 septembre, que la préférence fût donnée à la capitale du roi de Wurtemberg, doyen d'âge des souverains de l'Europe et qui, d'ailleurs, est venu à plusieurs reprises visiter l'empereur à Paris. »
A la nouvelle de l'entrevue, la Prusse et surtout l'Autriche s'émurent. Le roi Frédéric-Guillaume exprima à son neveu le désir de se glisser en tiers entre Napoléon et lui : Alexandre II lui fit comprendre qu'il serait mal venu. L'empereur François-Joseph, plus respectueux du tête-à-tête des deux, souverains, se borna à solliciter une entrevue d'Alexandre II, mais la sollicita de façon très pressante. Le tsar hésita quelque temps,
(1) Le 19 septembre 1857.
puis se rendit à l'opinion de Gortchakoff, lui représentant la démai'che de François-Joseph comme une sorte d'amende honorable : et il fut convenu que tous deux se rencontreraient à Weimar, aussitôt après Stuttgart.
De son côté, Napoléon III prit ses précautions pour ne pas donner ombrage à l'Angleterre. Ayant demandé une entrevue à la reine Victoria et au prince Albert, il se rendit à Osborue dans les premiers Jours d'avril 1857. Nous avons dit quelles susceptibilités les entretiens d'Osborne ranimèrent ch3z Gortchakoff, mécontent de voir l'accord de Li France et de l'Angleterre, divisées par la question des principautés, se reformer tardivement sur cette même question, quelques semaines à peine avant la date fixée pour la rencontre des souverains de France et de Russie.
Cette rencontre n'avait, dit la ch'culaire française du 19 septembre, « d'autre cause que le désh- bien naturel des deux souverains qui, après une guerre loyale et une paix honorable, sont portés à cimenter par des rapports personnels et directs les bonnes relations établies entre leurs gouvernements ». C'était restreindre intentionnellement la portée que Napoléon III et sans doute aussi Walewski attribuaient à l'événement : car les relations des deux gouvernements étant, comme en convient la circulah'e, excellentes, une entrevue des souverains n'aurait pas eu de raison d'être, s'il ne s'était agi d'en fake sortir au moins un accord de principe et une ligne de conduite générale.
Insuffisante, du point de vue français, l'interprétation officielle du but de l'entrevue l'est encore davantage, du point de vue russe. Gortchakoff attribuait à la rencontre de Napoléon III et d'Alexandre II une extrême importance : c'est lui-même qui le déclare au tsar dans une note qu'il lui soumet en cours de route, à Varsovie. A défaut d'instrument diplomatique, qu'il doutait de la possibilité de faire signer à Napoléon III, à cause de son aUiance avec l'Angleterre, il considérait comme très désh'able d'obtenir de lui un engagement écrit. Cet engagement, dont le prix consistait plutôt en lui-même que dans sa teneur, consacrerait la fermeture des détroits et l' inviolabilité du territoire des Principautés : ce serait le pendant et la contre-partie de la convention du 15 avril 1850, la réahsation tardive de la proposition restée sans suite à l'époque des a£Eah-es de Bolgrad et de l'île des Serpents, le gage d'une entente intime, exclusive. Napoléon III, estimait Gortchakoff, savait déjà que l'appui de la Russie en Europe dépendait pour lui de celui qu'il lui prêterait en Orient ; d'après ses confidences au grand-duc Constantin, il apparaissait même comme moins préoccupé de préserver
la Turquie que d'en régler les destinées d'accord avec la Russie. Pour le mettre en mesure de prouver la sincérité de ses assurances, on lui demanderait que les représentants des deux pays en Orient, diplomates et consuls, reçussent l'ordre de marcher d'accord.
Afin d'obtenir ces concessions, Alexandre II devait examiner d'avance ce à quoi lui-même pouvait s'engager : car il était bien à prévoir que Napoléon III demandât quelque chose et il ne fallait pas que le tsar fût pris au dépourvu. Spontanément, sans attendre d'en être sollicité, voici ce dont il pouvait prendre l'initiative :
« 1° Convenir que, dans les questions d'un intérêt européen qui surgiraient désormais, avant de prendre une décision quelconque, les deux souverains s'entendraient directement et que, si des malentendus apparaissaient, on chercherait à les aplanir par la même voie ;
« 2^^ Déclarer à Napoléon que, lui, Alexandre, convaincu que les intérêts permanents de la Russie et de la France exigeaient une entente intime, ne se prêterait à aucune coalition contre la France, analogue à celle qui avait eu la Sainte- Alliance pour symbole. »
H était possible enfin que Napoléon abordât des questions particulières. Que si ces questions concernaient l'Europe, le tsar pourrait lui laisser entendi-e que la Russie ne tenait pas irrévocablement à un statu quo absolu (1).
Telles sont les dispositions dans lesquelles Alexandre II et Gortchakoff se rendaient à Stuttgart. Elles correspondent très exactement aux efforts que nous leur avons vu faire, depuis la paix de Paris, pour nouer une entente avec la France, détachée de l'alliance anglaise, et refaire, à l'aide de ses bons offices, la situation de la Russie en Orient.
Les cérémonies et l'étiquette d'une part, d'autre part la réserve mutuelle de deux souverains qui ne se connaissent pas encore, sont souvent, dans les circonstances de ce genre, un obstacle à la réalisation d'un vaste programme diplomatique, ce programme fût-il conforme aux vues des deux parties. Du reste, il est douteux que Napoléon III arrivât à Stuttgart disposé à aller aussi vite en besogne. La signature
(1) Cf. Serge Goriaïnow, Revue de Paris, article cité.
d'un engagement de sa part, la constatation écrite d'un accord, l'échange de protocoles ne paraissent pas notamment être entrés dans ses projets, qui semblent s'être bornés à établir des bases générales d'entente, assez précises pour tenir en haleine les ambitions russes en Orient et permettre à la France de faire appel, le cas échéant, à la bonne volonté de la Russie en Occident.
Parti de Strasbourg le 25 septembre, l'empereur se rendit à Stuttgart par Kehl, Rastadt et Bade, acclamé et fêté sur tout son parcours, qui ne fut qu'une longue ovation. A Bade, où il s'était an'êté pour rendre visite à sa tante, la grande-duchesse Stéphanie, vint le rejoindre le prmce royal de Prusse, accompagné de Bismarck : le prince était porteur d'une lettre du roi Frédéric-Guillaume. Reçu à la gare de Stuttgart par le roi et les princes, Napoléon III fut chaleureusement acclamé par la population jusqu'à son arrivée au palais royal.
Alexandre II était arrivé la veille et descendu chez son beau-frère, le prince héritier, à la villa de Berg. A peine Napoléon III avait-il pris possession de ses appartements que le tsar, se considérant comme de la famille royale, vint lui faire la première visite ; d ne pouvait plus galamment trancher la question de préséance, inaugurer d'une façon plus courtoise ses relations personnelles avec l'empereur des Français.
Une sorte de contrainte, de malentendu pesa cependant sur les relations des deux souverains presque jusqu'au terme de leur commun séjour à la cour de Wurtemberg. « Le tsar était taciturne », rapporte un témoin de ces mémorables journées (1) ; « on voyait qu'il lui en coûtait de se trouver en présence du vainqueur de Sébastopol. » Peut-être lui en coûtait-il encore davantage d'abdiquer ses préjugés d'autocrate, de monarque de droit divin pour fake bonne mine à un empereur dont la prestigieuse fortune, fût-elle méritée, n'effaçait pas à ses yeux la tare originelle. Ce qu'on connaît du caractère d'Alexandre II rend ce sentiment plus \Taisemblable de sa part qu'une humiliation injustifiée à mettre sa main dans celle de son vainqueur. De nature plus souple que son père, nullement sceptique cependant, il faisait plus volontiers à la raison d'État le sacrifice de ses souvenii's que celui de ses préventions.
A ces préventions, retour offensif de la morgue aristocratique et surtout de l'orthodoxie monarchique, sont venus se joindi'e un peu de jalousie, de dépit, d'amour-propre froissé. Bien malgré lui. Napoléon III accaparait en effet la majeure partie de l'attention publique et des ova-
(1) RoTHAN, articles cités, Revue des Deux Mondes.
tions populaires : tout disparaissait devant lui, il éclipsait tout le monde ; le peuple n'avait d'yeux que pour lui, point de mire d'une assemblée de têtes couronnées qui réunissait jusqu'à six souverains ou souveraines. Sauf à la fête agricole de Canstadt, où il eut sa revanche, « le roi lui-même ne jouait qu'un rôle secondaire dans les fêtes dont il était le prétexte plutôt que l'objet. » L'enthousiasme des populations et même l'empressement des princes allemands envers Napoléon III réduisaient Alexandi'e II à un effacement auquel il n'était pas habitué et qui dut lui être pénible.
Comment pourrait-on en douter, lorsque l'on voit Baudin constater cette impression à Pétersbourg, chez les Russes qui avaient suivi de loin, par les récits des journaux, les circonstances de l'entrevue? « La société de ce pays, qui ne va guère au fond des choses, éprouve, écrit-il, une sorte de froissement d'amour-propre du rôle relativement secondaire qu'a joué l'empereur de Russie à Stuttgart, de la déférence qu'il a montrée envers l'empereur des Français, ce souverain d'hier, comme certaines gens disent ici, en lui faisant la première \àsite, de l'indifférence avec laquelle son voyage a été accueilli par les populations et les journaux allemands, tandis que les premières se pressaient sur le passage de Napoléon III et que les seconds se livraient à son sujet à mille commentauTs, dont ils n'honoraient pas l'emperem' Alexandre. On est tout à la fois bien aise de voir à la Russie un pareil ami et contrarié de la grande place qu'il a prise et que Stuttgart a rendue si manifeste (1). » Ces lignes doivent rendre assez fidèlement les sentiments qu'éprouva le tsar lui-même au cours des journées où il partagea avec Napoléon III l'hospitalité du roi de Wurtemberg.
A force de bonne grâce et d'aménité, l'empereur s'efforça de faire oublier au tsar, comme à leur hôte, son excessif succès. Mais lui aussi fut quelque peu froissé de senth' la réserve d'Alexandre II à son égard. n fut encore plus mal impressionné par l'absence de l'impératrice Marie ; jusqu'au dernier moment, il avait espéré que, la tsarine revenant sur sa décision, l'impératrice Eugénie pourrait être du voyage. « Faitesmoi savoir par dépêche et en chiffres, dès que vous l'apprendrez, si l'impératrice de Russie viendi'a à Stuttgart », avait télégraphié Walewski, le 15 septembre, à M. de Ferrière, notre ministre en Wurtemberg. « Après trois dépêches du roi restées sans réponse, avait répondu Ferrière, l'impératrice a enfin fait savoir qu'elle ne \iendrait pas. » La
(1) 2 octobre 1857.
tsarine se trouvant alors à Darrastadt, tout près de Stuttgart, son refus obstiné ne pouvait s'ex])liquer que par une répugnance marquée à faii-e la connaissance de Napoléon III et celle de lïmpératrice Eugénie, qui fût venue si elle-même s'était décidée. Gortchakoff, qui n'avait sans doute pas eu le pouvoii- de faii-e céder en temps utile ce déplorable parti pris, s'employa du moins à y remédier après coup. H chapitra Alexandre II, qui n'avait pas exprimé à Napoléon III le moindre regret de ne pas rencontrer l'impératrice Eugénie, pour qu'il réparât cette omission : « Je pense, Sii-e, lui écrivait-il dans un rapport, que cela contribuerait beaucoup à rassurer une susceptibilité inquiète, sans déroger de notre part. » Et le tsar crayonnait en marge : « C'est bien. » Gortchakoff fit plus et décida Alexandi-e II à faire venir d'autorité l'impératrice Marie à Stuttgart, pour démentir dans la mesure du possible l'interprétation trop exacte que Ton donnait de son absence : s'étant rendu à ces raisons, le tsar, pour bien faii'e comprendre à sa femme qu'il n'admettait pas d'objection, envoya un train spécial la chercher à Darmstadt. « Elle arriva le 26 dans la soh'ée, avec sa cousine la reine de Grèce, qui n'était pas comàée, à contre-cœur, mal disposée. Napoléon III était un charmeur : il eut raison de son déplaisir. Par son aménité et la grâce de son esprit, il parvint à la réconcilier avec le grand effort qu'elle venait de fake. Il sut atténuer ses préventions contre sa personne : eUe se l'était représenté comme un parvenu de la fortune ; il se révéla à elle comme un parfait gentleman (1). »
Les deux empereurs commencèrent dès lors à se considérer avec moins de défiance. Leur mutuel désir de se complah'e leur fit apprécier peu à peu les qualités de leur esprit et la loyauté de leur caractère. Pourtant, ils n'avaient toujours pas, sauf pendant une demi-heure lors de leur première entrevue, causé seul à seul et à tête reposée. C'est ici qu'intervint très opportunément et au dernier moment le prince héritier de Wurtemberg. En rivalité avec son père, le prince Charles-Frédéric, beau-frère d'Alexandre II, était impatient de se tailler, lui aussi, un rôle personnel et de laisser la trace de son influence dans l'œuvi-e politique qui faisait l'intérêt de ces visites impériales. Le jour fixé pour le départ du tsai-, il invita Napoléon III seul, sans sa suite, à déjeuner à la viUa de Berg, à l'exclusion du roi, qui en fut même fort dépité ; le déjeuner fini, il se retka discrètement et laissa ses deux hôtes en tête à tête dans son cabinet : ils n'en sortirent qu'après une heure