‹ Alexandre III, sa vie, son œuvreChapitre 10 sur 23 · LE TSARÉVITCH ET LA CUEBRE DE TURQUIE · texte numérisé non relu

LE TSARÉVITCH ET LA CUEBRE DE TURQUIE

Associé parson père àla direction des alTaires de l'Etat, le Tsarévitch prêta à Alexandre II un concours actif et hautement apprécié ; roccasion lui fut même offerte, sanglante et cruelle, hélas ! de donner la mesure de ses qualités militaires : il fut l'un des héros de la guerre de Turquie el s'y conquit une page glorieuse dans l'histoire du pays qu'il devait plus tard gouverner.

Elle tient, cette guerre épique et si tristement annihilée en ses résultats chèrement achetés cependant, trop de place dans l'existence de la Russie d'hier ; ses conséquences sont trop tangibles pour l'Empire actuel, elles auront vraisemblablement trop d'écho dans l'avenir slave pour que nous n'en retracions pas ici, à grands traits les causes et les conséquences,

car ces faits feront ressortir quelle était, dès sa jeunesse, la fermeté stoïque d'Alexandre III.

La guerre d'Orient, qui devait finalement mettre aux prises en 1877 la Russie et la Turquie, commença, dès le mois d'août 1875, par l'insurrection de l'Herzégovine.

Cette insurrection, comme la plupart des grandes conflagrations, débuta par quelques étincelles sans apparence de danger pour l'omnipotence turque : des bandes d'insurgés se levèrent aux environs de Stolatz, près de la frontière du Monténégro, pour protester contre les exactions et la tyrannie ottomanes, et, les armes à la main, réclamer un adoucissement aux maux imposés. La Turquie ne s'en émut pas : pour elle, ce soulèvement n'était qu'un accident naturel et, pour ainsi dire, obligatoire de l'état chronique de révolte qui régnait dans les provinces chrétiennes de son empire. Trois semaines après, toute l'Herzégovine était debout et le soulèvement gagnait la Bosnie.

Le gouvernement turc s'éveilla et envoya une armée de vingt mille hommes réduire les insurgés. Supérieures en nombre à celles que

pouvaient leur opposer les insurgés, même renforcés chaque jour par les volontaires des provinces sœurs : la Serbie et le Monténégro, les forces ottomanes étaient insuffisantes, non pas seulement pour étouffer le mouvement, mais même pour le combattre avec avantage dans ce pays herzégovinien hérissé de remparts naturels et merveilleusement propre à une guerre de résistance. L'insurrection fit tête aux soldats turcs et leur infligea des pertes sensibles. 11 n'en fallait pas davantage pour mettre le fusil aux mains des frères chrétiens qui gémissaient sous le même joug : le mouvement insurrectionnel eut un écho immédiat dans le Monténégro et la Serbie, et, dès ce moment, les esprits clairvoyants purent voir surgir de ce soulèvement, traité au début par le dédain, la conflagration de l'orient tout entier soumis jusque-là à la Turquie. L'Europe s'émut et essaya de s'interposer par l'envoi de représentants qui, d'ailleurs, ne purent rien obtenir de la fierté des insurgés. De son côté, la Porte, jalouse de son autorité et s'inquiétant de cette ingérence de l'Europe dans ses propres affaires, cherchait à les régler elle-même en sacrifiant aux vœux de ses sujets révoltés : son firman du 12 décembre, proclamant l'égalité de tous

les sujets turcs, promettait aux insurgés plus qu'ils n'avaient osé demander. Malheureusement pour la Turquie, on savait ce que valaient ses promesses ; pas plus que les insurgés, l'Europe ne les tenait pour argent comptant, et, tandis que les belligérants poursuivaient leurs opérations, la Russie, affirmant son rôle de protectrice des chrétiens slaves, prenait l'initiative de négociations entre les trois empires du Nord, dont allait sortir le document diplomatique connu sous le nom de note Andrassy, du nom du chancelier autrichien, et exposant d'une façon précise et catégorique les concessions à accorder aux ïnsur* gés. La Porte s'inclina, elle consentit à accepter la nomination et les opérations d'une commission chargée de diriger l'exécution des réformes promises, mais elle se refusa à retirer ses troupes de l'Herzégovine : c'était tout remettre en question, et l'insurrection se poursuivit plus ardente, encouragée par l'appui moral qui venait de se manifester en sa faveur.

Chaque jour grossiespar les volontaires delà Serbie et du Monténégro, les bandes premières devenaient une véritable armée ; elles pouvaient maintenant entrer en ligne, se mesurer avec les troupes régulières de la Turquie et,

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battant même Mouktar-Pacha, empêcher le ravitaillement de Kicksich.

Le 6 mai, une nouvelle éclata qui acheva d'isoler la Turquie en face de l'Europe indignée : les consuls de France et d'Allemagne venaient d'être massacrés à Salonique par la populace ottomane. Quelques jours après, les chanceliers de Russie, d'Allemagne et d'Autriche, réunis à Berlin, rédigèrent, à l'adresse de la Porte, un mémorandum accablant pour la Turquie et proposant un armistice de deux mois nécessaire à rétablissement d'une entente. Cet effort diplomatique devait encore une fois rester vain : cantonnée dans ses seuls intérêts, l'Angleterre refusa de s'yassocier; elle prétexta que le document rédigé par les trois chanceliers donnait trop ouvertement raison aux insurgés, mais elle ne songea pas, par contre, à envisager l'effet de son abstention sur la Turquie qui, empressée de s'emparer de cet appui inattendu, rejeta la note Andrassy et entra dans la voie de la plus effroyable répression que l'histoire ait eu à enregistrer.

Cédant au mouvement qui secouait toutes les provinces chrétiennes et révoltée enfin contre les vexations et les brutalités ottomanes, la Bulgarie venait de recourir à l'insurrection :

les bachi-bouzouks la noyèrent littéralement dans le sang. Les diverses enquêtes provoquées par l'horreur des massacres dont elle fut le théâtre ne sont pas toutes d'accord sur le chiffre des victimes : on peut, sans la moindre exagération, évaluer à vingt mille le nombre des Bulgares qui périrent dans les supplices, sous les coups des soldats turcs transformés en bourreaux, de ces bachi-bouzouks en qui la vérité oblige à voir moins des soldats réguliers que des bandits.

La Porte s'était trompée en croyant faire un exemple nécessaire : les atrocités commises par ses bandes tcherkesses la firent mettre au ban des nations européennes, elles lui aliénèrent même les sympathies voilées de l'Angleterre et, par un effet naturel, donnèrent une nouvelle et irrésistible impulsion au mouvement insurrectionnel.

Assailli par les réclamations diplomatiques, menacé d'un soulèvement général, l'empire turc touchait à l'heure lapins critique de son histoire : il se tira de ce mauvais pas par une révolution de palais. Tout d'abord, ce fut le grandvizirMahmoud, l'exécuteur des ordresdu sultan, qui paya pour son maitre ; mais Mahmoud renversé , le maître , qui restait trouvait

d'autres exécuteurs non moins dociles? Abdul- Azis fut déposé et remplacé par Mourad.

Le règne du nouveau suRan ne dura que trois mois et ne changea rien à la situation. L'armistice accordé aux insurgés, comme don de joyeux avènement, n'eut aucun effet, les promesses qui accompagnaient cette faveur ne pouvant récolter que la défiance. Les quelques semaines d'amnistie réelle que cet avènement produisit furent toutes employées à la préparation des hostilités nouvelles. La Serbie s'armait fiévreusement; jusqu'ici, elle s'était contentée de permettre à ses patriotes d'aller grossir, avec ceux du Monténégro, les troupes de l'Herzégovine : maintenant, elle entrait franchement, ofBciellement, en ligne et envoyait au grand-vizir un ultimatum par lequel Milan réclamait pour les troupes serbes la mission de pacifier les provinces sœurs. La Porte ne répondit pas. C'était la guerre.

Animé des mêmes intentions, mais avec une loyauté chevaleresque d'autant plus méritoire que la décision à prendre avait un caractère plus héroïque, le prince de Monténégro, le chef d'une population de cent vingt mille âmes, affirmait en môme temps sa résolution de mettre fin à l'état de choses qui durait depuis

trop longtemps, et, levant — résultat merveilleux de l'héroïsme inné — une armée de vingt mille hommes, le sixième de la population totale du Monténégro, prenait l'offensive. Cette folie superbe d'un peuple minuscule levant le drapeau de l'indépendance contre un oppresseur formidable, eûtété couronnée par unsuccès éclatant, si l'armée serbe, plus solide et mieux conduite, l'avait secondée. Partout victorieux, infligeant sur quelques points, à Kutchi par exemple, de véritables désastres à l'armée turque, les Monténégrins se couvraientde gloire et gardaient intact leur territoire, pendant que les forces serbes, divisées en quatre corps d'armée, n'essuyaient que des revers et se voyaient, après une campagne de dix jours, rejetées en Serbie. Commandée par Abdul- Kérim, le ministre de la guerre turc, l'armée ottomane allait les y poursuivre et marcher sur Belgrade. La sanglante défaite de Djunis termina les opérations et mit la capitale de la Serbie à la merci du turc vainqueur.

L'heure décisive avait sonné pour la Russie : la Serbie écrasée, le Monténégro succombait, l'influence slave était anéantie dans les Balkans, et, renonçant à remplir la mission de mère que lui attribuaient les peuplades unies à elle

par le sang et la foi, elle perdait à jamais la confiance de ces frères orthodoxes en sa générosité et sa puissance.

Le 3i octobre, le général Ignatieff, ambassadeur de Russie à Constantinople, remit à la Porte UD ullimatum accordant à la Turquie quarante-huit heures pour conclure un armistice de deux mois embrassant tous les combattants. Cet armistice fut signé et tandis que, sortant du cadre des manifestations platoniques et sans effet pour se tenir prête à entrer dans la voie de t'action, la Russie réunissait six corps d'armée à Kicheneff, les puissances signataires du traité de Paris (I806), l'Angleterre , l'Allemagne , l'Autriche, la France , l'Italie et la Russie, préoccupées une dernière fois d'arriver à un règlementpacifique, se décidaient à envoyer leurs plénipotentiaires à Constantinople où allait se tenir la conférence chargée d'élaborer ce règlement.

A cette conférence, la Turquie ne participa qu'à regret, manifestement froissée en son orgueil par les prétentions de l'Europe à s'ingérer dans des affaires que la Porte regardait comme siennes, quoique ses actes, les transformant en question d'humanité et de justice, eussent largement autorisé l'Europe à les

prendre en main. Le sultan Mourad, déposé à son tour, avait été remplacé par Abdul-Hamid : l'entourage du nouveau sultan et l'opinion publique surexcitée par la presse étaient opposés à toute concession. Les efforts des plénipotentiaires ne purent triompher des résistances de la Porte : la conférence échoua et les ambassadeurs furent rappelés de Constantinople, laissant la Turquie livrée aux seules suggestions de son orgueil.

L'armistice accordé et prolongé eut un résultat du côté de la Serbie : la paix fut signée avec cette principauté sur le pied du statu quo ante bellum; mais le Monténégro, se voyant obstinément refuser par la Porte la concession de quelques territoires héroïquement conquis, restait debout, prêt à continuer les opérations militaires...

Avant d'en venir à la déclaration de guerre désormais imminente, le pacifique Alexandre II essaya encore d'une tentative diplomatique.

Du refus du gouvernement turc il en appela à l'Europe et demanda aux nations représentées à la conférence, quelles suites elles entendaient donner à l'échec de cette conférence, quelle serait la sanction de leurs volontés sufGsamment établies par les délibéra-

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tions de leurs plénipotentiaires. Le 31 mars, les six puissances garantes du traité de Paris se réunirent au Foreign-Office et adoptèrent le protocole de Londres présenté par la Russie.

Ce protocole rappelait les arrangements pris ou à prendre entre la Turquie et les deux principautés la Serbie et le Monténégro, les. réformes à réaliser et les promesses à tenir par le gouvernement turc. Les puissances signataires se réservaient purement le droit de veiller, par leurs représentants, à l'exécution de ces promesses.

La Porte prit texte de ce dernier point du protocole pour le repousser en entier. Etat indépendant, repoussant avec hauteur toute surveillance, collective ou non, elle eut un mouvement de révolte et d'orgueil, qu'en toute autre circonstance il eût fallu admirer.

La Russie n'avait plus qu'à déclarer la guerre : Alexandre 11 se soumit à cette inéluctable nécessité. Nous disons bien : se soumit, car cette guerre, Alexandre II ne la voulait pas, ainsi que nous l'avons déjà dit, elle lui fut imposée par l'attitude de la Turquie réfractaire atout essai de conciliation. Il y fut aussi entraîné par l'état d'esprit de son peuple depuis longtemps préparé à cette éventualité cruelle.

mais nécessaire, à cette croisade sainte prâchée par toute la presse russe pour la délivrance des frères chrétiens des Balkans.

L'Empereur quitta Saint-Pétersbourg le 20 avril 1877, accompagné du Tsarévitch, du général Miloutine, ministre de la guerre, et du général Ignatieff, rappelé de Constantinople. Le 24, Alexandre II et le grand-duc héritier passèrent la revue des troupes rassemblées à Kicheneff; puis, descendu de cheval, il écouta, debout, la lecture de la déclaration de guerre faite à l'armée par l'évèque de Kicheneff : des témoins oculaires rapportent que, pendant cette lecture, le Tsar pleura... Il ne nous en coûte pas de consigner ici cette assertion où nous trouvons le pur reflet des sentiments philanthropiques et paternels du Tsar libérateur. ■ La revue terminée, l'armée, sous la conduite de son généralissisme, le grand-duc Nicolas, frère de l'Empereur, se dirigea sur la Roumanie et entra par cette frontière sur le territoire turc.

A ce moment, la Turquie parut avoir la vision nette des dangers qui la menaçaient: en dépit du fanatisme religieux et du patriotisme surexcités de ses sujets, qui le poussaient à la lutte, le sultan fit appel à la médiation de l'Eu-

rope et, l'Europe restant sourde après tant d'efforts stérilisés, essaya au moins, par une protestation suprême, de mettre les sympathies publiques de son côté.

Pour l'une comme pour l'autre tentative, il • était trop tard : l'armée russe avait franchi la frontière turque et l'opinion de l'Europe était fixée : les puissances s'étaient officiellement ou tacitement engagées à rester neutres. La guerre se trouva donc localisée.

Il y aurait beaucoup à dire sur le rôle que, pendant la durée de ce conflit, jouèrent les nations; sur la façon dont elles observèrent la neutralité. Après s'être officiellement engagée à observer une attitude impartiale, l'Angleterre, par la bouche de lord Derby, témoigna d'une évidente mauvaise humeur à l'endroit de la Russie : elle accusa positivement l'Empereur d'être sorti du concert européen en agissant pour son propre compte, et déclara d'une façon formelle et publique qu'elle refusait son concours et son approbation à l'action russe. Ceux qui conclurent de cette réponse de lord Derby à la circulaire russe que l'Angleterre allait se ranger du côté de la Turquie, connaissaient mal l'égoïsme britannique : le gouvernement londonnien reprenait

purement et simplement sa liberté d'action, se réservant d'intervenir si ses intérêts en Asie t'exigeaient. La question, portée à la tribune de la Chambre des Communes par M. Gladstone, fut développée dans ce sens par le gouvernement et les déclarations précises que ce dernier fut amené à faire ne laissèrent aucun espoir aux Turcs.

Comme l'Angleterre, et dans le même esprit de réserve subordonnée aux événements, l'Autriche se déclara neutre ; il n'était point douteux néanmoins que ses sympathies étaient acquises à la Turquie et elle ne cessa de prodiguer à cette dernière ses encouragements secrets, mais dangereux à force d'être platoniques. Quant à l'Allemagne, elle ne fit aucune déclaration et resta figée dans son attitude louche de guetteur de proie.

Ces trois puissances, dès le début de la guerre, se préoccupaient d'en escompter lafiil et préparaient, en cas de succès pour la Russie, celle immense duperie qui s'appelle le traité de Berlin.

Cet exposé était indispensable pour rétablir la vérité sur le rôle de la Russie pendant la guerre de 1877-78, mettre dans son vrai jour le rôle de l'Empereur et faire mieux com-

prendre la part que prit à cette guerre le tsarévitch Alexandre.

L'acte de la déclaration de guerre fut salué CD Russie par une explosion d'enthousiasme :

jamais guerre ne fut plus populaire, plus nationale. Les liens de race et de religion ressassés, les cœurs frémissant aux cris d'appel des principautés opprimés; la haine séculaire de réLernel ennemi; le mouvement panslaviste développé sous Tinfluence de comités qui comptaient des adhérents jusque sur les marches du trône; les excitations de la presse qui réléguait à l'arrière-plan toute autre préoccupation pour se donner entière aux prédications de la croisade sainte, tout concourait à forcer la main à Alexandre II : ses sentiments paciQques, humanitaires et idéalistes, l'horreur du sang versé et des sacriflces à imposer à son peuple, rien ne put étouffer le cri des frères slaves soutenu, grossi, rendu irrésistible par le formidable écho éveillé en Russie.

Une fois entré dans la réalisation des vœux de son peuple, Alexandre II s'y employa de toute sa conscience de Tsar et de Slave ; il voulut partager les souffrances et les dangers de ses soldats et donna à l'armée ce grand exemple de patriotique abnégation de placer,

& Tun des postes les plus difDciles, et au plus ingrat, son propre héritier le Tsarévitch. Le futur empereur reçut lo commandement du détachement de Routschouk . Les troupes placées sous ses ordres furent les plus sacrifiées de l'armée russe, sacrifiées à tous les points de vue : on exigeait d'elles un héroïsme de chaque instant pour contenir l'armée turque, servir de rempart aux troupes russes qui opéraient contre Plewna, et on leur interdisait de chercher dans une offensive parfois tentante la moindre action d'éclat.

Composé du XII* et du XIII* corps d'armée, en tout et exactement de 49 bataillons et demi d'infanterie, 22 escadrons de cavalerie, 19 sotnias de cosaques et 224 pièces d'artillerie, soit quarante mille hommes, — ce détachement était opposé à deux cent mille hommes des meilleures troupes turques, commandés par les premiers généraux de l'empire ottoman: Abdul-Kérim, Achmet-Ioub, Mahmet-AU et Suleyman, opérant en toute liberté sur leur propre territoire, dans le formidable quadrilatère protégé par les quatre grandes forteresses turques Roustchouk, Silistrie, Schoumia et Varna! Complétez ce tableau brutal et froid comme un chiffre, de la situation faite au déta-

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chement, par la considération de l'importance capitale de la tâche dévolue à son héroïsme, TOUS aurez Tidée de la mission de confiance donnée au Tsarévitch : c'était le sort de l'armée russe et les destinées de la guerre qu'on avait mis dans ses mains, et ce général avait trentedeux ans, et c'étaient là ses débuts à la guerre. Pareille mission, aggravée de telles responsabilités, eut fait hésiter un vieux guerrier : sa jeunesse ne recula pas devant la tâche, elle l'accepta bravement, simplement, comme un devoir, et la remplit de môme. Toutes les qualités de bravoure , d'énergie et de prudence qu'exigeait l'accomplissement de cette mission, le Tsarévitch les eut jusqu'à l'éclat. Calme, plein de sang-froid, opposant aux ruses de l'ennemi les ressources d'une imperturbable sagesse ; donnant héroïquement de sa personne aux heures critiques, mais dédaignant les actions plus brillantes qu'utiles où il eût pu, pour la satisfaction d'une vaine gloriole et au prix d'un sang inutilement versé, se tailler quelque succès personnel mais aussi compromettre le résultat définitif de ses propres opérations et le sort de l'armée de Plewna, il fut réellement l'homme de la tâche imposée et mérita les honneurs de la guerre.

Quand le désastre de la Schipka eut englouti la puissaaee militaire de la Turquie, le Tsarévitch eut à exécuter une marche générale de front, depuis Routschouk jusqu'à Osman-Bazar avec, comme principal objectif, la prise de cette place.

Le 27 janvier 1878, le Tsarévitch fit son entrée à Osman-Bazar à la tête de ses troupes victorieuses ; le lendemain, il emportait Rasgrad et le surlendemain Ëski-Djouma. La conclusion de l'armistice, le 4 février, l'arrêta comme il venait d'occuper Esld-Stamboul et Verbitza.

La guerre était finie.

Tout d'abord, pour ne considérer que notre personnage, elle avait eu ce résultat de mettre en lumière les qualités militaires du futur empereur et de mériter la confiance de l'armée russe à celui qui devait être un jour son chef suprême. Au point de vue de la Russie, ses conséquences furent néfastes. Soumis aux délibérations et à la ratification d'un Congrès Européen, le traité de San-Stefano, qui donnait quelque satisfaction à la Russie, devint le traité de Berlin qui n'est qu'une duperie. Sous la direction de M. de Bismarck, « l'honnête courtier » que nous avons signalé ailleurs, les

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rancunes et les appétits des puissances intéressées se donnèrent libre carrière.

L'heure était venue des convoitises personnelles à mettre en ligne et des dépouilles à se partager : l'Angleterre, l'Allemagne et l'Autriche n'y manquèrent pas. Grâce à elles, la Russie sortit de ce coupe-gorge frustrée dans ses droits chèrement conquis comme dans son influence naturelle; plus encore, le Congrès réuni pour consolider à jamais la paix des Balkans laissa derrière lui la porte ouverte à des conflits dont la menace n'a pas cessé de peser sur la paix de l'Europe.

Ce règlement de h l'honnête courtier » reste à reviser. Il suffira d'une étincelle pour mettre le feu aux poudres longuement accumulées.

C'est là le secret de demain et la perpétuelle préoccupation des hommes d'Etat, préoccupation qui porte en elle ta critique la plus amère qu'il soit possible de faire du Congrès qui la leur a imposée.

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