‹ Alexandre III, sa vie, son œuvreChapitre 11 sur 23 · I. SES DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. SES DÉBUTS

Toutes les qualités de sang-froid et de bravoure, de prudence et d'énergie qui avaient si heureusement servi le Tsarévitch à la tête du détachement de Roustchouk, vont se retrouver dans le Tsar, appliquées à Tadministration de l'Empire et à la défense de ses intérêts en Europe.

Ici, dans Texercice du pouvoir souverain assumé dans les conditions effrayantes que nous avons exposées plus haut, au chapitre de la mort d'Alexandre II, la tache n'était ni moins lourde ni moins périlleuse qu'à Roustchouk ; il ne s'agissait plus de frères à délivrer, d'influence à asseoir, mais bien de l'Empire

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lui-même à sauver de la chute dans le néant et l'anarchie et à raffermir sur les bases traditionnelles du Tsarisme. Cette tâche, d'empereur et de patriote, Alexandre III l'a remplie avec le même bonheur que celle de général à Roustchouk : sous la couronne impériale, comme sur le Danube, il a été l'homme providentiel de la Russie.

Les suprêmes devoirs rendus k son père, Alexandre lïl s'enferma quelques jours au château de Gatchina, dans son deuil filial traversé par les préoccupations qui assaillaient le nouveau Tsar.

Ses conseillers vinrent l'y retrouver, h leur tète le comte Loris-Mélikoff que le Tsar défunt avait investi du titre de chef suprême de la commission supérieure d'administration et dont il avait fait un véritable vice-empereur. Fort discuté et peu populaire du vivant de son souverain, Loris-Mélikoff ne pouvait, quelles que fussent ses illusions, se flatter de s'être refait une virginité dans le sang de l'auguste victime ; cette mort, la catastrophe annoncée par les nihilistes et qu'il aurait dû empêcher de se produire, ne laissait-elle pas plutôt quelque chose au front de l'homme qui avait assumé la charge d'assurer la sécurité d'Alexandre II ?

Après s'être effacé brusquement devant l'iadignation soulevée par ce déDoûment tragique, voici que Loris-Mélikoff reparaissait tout entier, proposant au nouveau Tsar, comme remède au mal, ces mêmes projets de constitutionnalisme occidental soumis par lui à Alexandre II et déjà revêtus de la signature de l'infortuné souverain : établissement du suffrage universel, élection d'une Chambre, nomination d'un Sénat et création d'un ministère responsable devant les représentants du pays, tel était le rêve gouvernemental à réaliser, du jour au lendemain, dans un pays foncièrement autocratique.

Un moment, Loris-Mélikoff crut toucher au succès de sa politique ; pris à l'éloquence du conseiller, à sa façon captieuse de faire ressortir le mal et de recommander le remède, Alexandre III allait céder : déjà, il avait donné l'ordre de rédiger une proclamation au peuple russe, par laquelle serait promulguée la constitution parlementaire préparée par le ministre de son père. Mais, fidèle à ses habitudes de prudence, le Tsar décidait en même temps que cette proclamation serait soumise à tous ses conseillers réunis en assemblée extraordinaire.

La consultation eut lieu. La Russie atten-

dait, défiante, hostile aux projets annoncés, à cette révolution subite et radicale dans les institutions séculaires, laquelle, sous le prétexte de sauver le pays, menaçait de le ruiner de fond en comble. Pas plus que la fierté de la haute société liée au principe autocratique, le bon sens de la foule ne se méprenait à la signification réelle de cet octroi d'une constitution ultra-libérale : c'était bel et bien la reconnaissance du mouvement révolutionnaire, la soumission aux injonctions des assassins d'Alexandre H, presque l'amende honorable par le fils épouvanté au nom du père sacrifié.

La proclamation sortit des délibérations et elle éclata comme une sonnerie joyeuse et patriotique dans l'angoisse du peuple : Alexandre III y flétrissait le parricide et ses complices, et assumait clairement, courageusement, la tâche de sauvegarder le pouvoir autocratique et les vieilles institutions nationales contre les entreprises de tous leurs ennemis.

L'effet de cette proclamation fut énorme en Russie ; elle eut un retentissement considérable en Europe, où l'on attendait aussi avec quelque anxiété les premières paroles sorties de la bouche du Tsar pour y découvrir l'orientation de sa politique personnelle.

SON ŒUVRE HB

Ces premières paroles furent suivies d'actes qui, ne laissant aucun cloute sur les formelles intentions du souverain, éveillèrent en Russie une joie mêlée de fierté patriotique, en même temps qu'elles portaient le trouble dans les sphères gouvernementales de l'Allemagne et de l'Autriche.

Loris-Mélikoff et les conseillers qui partageaient ses idées et suivaient sa fortune, disparurent, emportant leur projet de constitution condamné. A l'intérieur, Alexandre 111 entrait résolument dans l'exécution de sa loyale parole : « Je sauvegarderai l'autorité autocratique et les « institutions de la Russie. » A l'extérieur, écartant la politique de dupe dont le désastreux traité de Berlin était la cuisante expression, le Tsar se dérobait h l'influence allemande trop longtemps subie, et rompant avec les errements de cette politique dynastique uniquement étayée sur les liens de famille qui unissaient les Romanoff et les Hohenzollern, inaugurait celle des intérêts nationaux. Par la proclamation de cette fière devise : « La Russie aux Russes ! » il donnait l'essor à ce grand mouvement nationaliste dont le triomphe restera dans l'histoire slave indissolublement uni au nom d'Alexandre III.

ALEXANDRE Itl

i) t. LA MANIÈRE DE TRAVAILLER DE l'eMPEREUR

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