LES G1U>DS-DL'CS FRÈKES ET OXCLE DE L'EMPEREUR
Achevons ce rapide tableau de la famille de l'Empereur en retraçant les traits principaux de la physionomie de l'oncle de l'Empereur et de ses quatre frères.
Le grand -duc Michel Nicolaévitch , frère d'Alexandre II, a rempli, au double point de vue administratif et militaire, les plus hautes fonctions de l'Empire ; il a brillamment concouru à l'œuvre d'Alexandre II et à la grandeur du règne d'Alexandre III qui a toujours eu en lui un ami sûr et un collaborateur dévoué. Il prit une part considérable à la guerre de Turquie, vainquit Mouktar-Pacha et assura à la Russie la possession des deux places de Kars et de Batoum qui commandent sa frontière naturelle depuis ce moment rétablie. Il acheva la conquête du Caucase et orga-
nisa sur des bases heureusement inspirées l'administration du pays conquis et rattaché à la patrie slave.
A l'avènement d'Alexandre III, dans les circonstances critiques que l'on sait, le grand-duc Michel occupait les fonctions de président du conseil gouvernemental : grâce à sa vieille prudence et à sa fidélité à toute épreuve, le nouveau Tsar put entamer, pour la mener à bien, la lâche lourde et périlleuse dévolue à ses débuts de souverain. Aujourd'hui encore, chargé d'ans et attristé en sa vieillesse par l'exil de son fils à qui un acte d'insubordination a fait interdire l'accès du territoire impérial, il reste le serviteur dévoué du Tsar et de la Russie et s'acquitte avec un zèle soutenu des fonctions de président du conseil d'Etat.
Le grand-duc Vladimir, l'aîné des frères de l'Empereur, a la taille moins élevée mais plus svelte que son frère. Généralissime des troupes de terre, il remplit avec une scrupuleuse régularité et une remarquable compétence ces hautes fonctions. Aux allures vives et gaies, plein de bonne grâce et d'entrain ; il porte sans pifotestér le surnom de Grand-Duc Bon Vivant que lui ont donné les soldats. C'est un amateur passionné de toutes les délicatesses de l'art et de
la littérature. Lui aussi se préoccupe de la lutle entre la France et l'Allemagne, mais c'est dans le champ clos de la poésie et des arts qu'il aime à les voir entrer en lice et qu'il se plait à décerner le prix au vainqueur.
Le grand-duc Alexis, chef de la marine russe, est le portrait frappant de son frère le Tsar. Les Parisiens et les touristes de nos villes d'eaux où il se complaît à faire de fréquents séjours, ont pu, plus d'une fois, constater cette ressemblance.
Grand voyageur devant l'Eternel, presque sans cesse entraîné à battre les voies de l'Europe, le grand-duc Alexis n'est pas moins profondément attaché à la marine russe et préoccupé de son développement. C'est sous sa direction que la flotte de la mer Noire a été créée et celle de la Baltique plus que doublée : à ce point de vue, donnant la réplique à son frère le généralissime des armées de terre, il s'est montré et se montre chaque jour le digne collaborateur du Tsar dans l'œuvre capitale du relèvement et du parachèvement de la puis* sance militaire de la Russie.
La France connaît le troisième frère d'Alexandre III, le grand-duc Serge, pour la part qu'il a prise à notre Exposition de Moscou en
qualité de gouverneur général de cette ancienne capitale.
Le grand-duc Serge touche à peine à la trentaine; très pieux, il s^est longtemps confiné dans l'étude et la solution des questions religieuses et a pris la tête d'une croisade en Palestine, croisade d'intenlions toutes pacifiques, il est vrai, et visant à convertir les Lieux- Saints à l'orthodoxie. La société qui s'est constituée dans ce but sous sa présidence fonctionne encore; officiellement reconnue, grâce à son influence, elle s'est même substituée au ministère des affaires étrangères pour le règlement des questions relatives à la Palestine et au tombeau de Jésus-Christ-
Le grand-duc Paul est le dernier des frères d'Alexandre IIL Très jeune, il n'a pas encore occupé de poste officiel et son rôle semble s'être borné à représenter les RomanofT au sein de la société russe dont il a toutes les sympathies. Un deuil cruel Ta tout récemment frappé dans ses affections et meurtri dans son bonheur : la princesse de Grèce, qu'il avait épousée quelques mois auparavant, mourut brusquement, k la suite de couches malheureuses. Resté seul après une union trop courte qui lui promettait du bonheur pour toute sa vie, il demande
»i ALEXANDRE III
actuellement aux voyages un adoucissement à sa douleur.
Quelques noms sont encore à inscrire dans ce tableau, noms connus et aimés, que nous ne saurions sans injustice pour les uns, sans ingratitude pour les autres, passer sous silence : d'abord, les grands-ducs Nicolas et Constantin. Fils du feld-maréchal qui triompha à Plevna, le grand-duc Nicolas s'est distingué comme officier de cavalerie ; il paraît devoir être le digne fils de son glorieux père.
Le grand-duc Constantin a connu pendant huitjours l'enthousiasme français ; c'est lui qui, lors du dernier voyage du Président de la République à Nancy, fut chargé par le Tsar d'aller le saluer dans celte ville. Nature douce et rêveuse, qu'attirent les études philosophiques, le graiid-duc Constantin est un disciple convaincu des doctrines spiritualistes et un poète apprécié.
Le prince Alexandre d'Oldenbourg et son frère le prince Constantin, fils du prince Pierre qui leur a légué une admirable tradition de générosité et de bienfaisance, n'ont pas suivi la même voie : le premier, continuateur passionné de cette tradition paternelle, est le protecteur né des pauvres et des malheureux en même
temps que le modèle des soldats ; il jouit d'une estime particulière auprès de l'Empereur. Son frère, le prince Constantin, a eu de tout autres débuts : c'est sous la bannière des plaisirs qu'il a fait ses premières armes. Revenu aujourd'hui des entraînements d'une jeunesse débordante, il commande un régiment et répare bravement les erreurs de la vingtième année.
Ce résumé si sommaire ne peut donner une idée de la cour de Russie ni de la pléiade d'hommes illustres qui entoure l'Empereur, tel n'était pas non plus notre but. Nous avons voulu seulement replacer la figure du Tsar dans le. cadre familial où elle s'est développée et a évolué jusqu'à ce jour, nous avons cru arriver ainsi à la présenter sous un jour plus vrai, à la faire mieux connaître et mieux comprendre.
Ce but atteint, nous retournons désormais pour ne plus la quitter, à la personne d'Alexandre IH et à l'exposé de l'action puissante et salutaire que le Tsar a fait ressentir, tant comme collaborateur de son père que par l'exercice personnel du souverain pouvoir, sur les destinées de la Russie.