‹ Alexandre III, sa vie, son œuvreChapitre 16 sur 23 · SA I. LA GRANDE DUCHESSE XENIE · texte numérisé non relu

SA I. LA GRANDE DUCHESSE XENIE

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des faits. La législation ne permet pas au ■ Russe, qu'il soit juif ou chrétien peu importe, de quitter la province où il est né, et d'aller s'établir dans une autre province sans une autorisation du gouvernement. Encore cette autorisation n'est-elle d'abord que provisoire, et pour une année. Elle ne devient définitive que, lorsque l'émigrant justifie par le paiement, dans son nouveau lieu de résidence, d'une contribution, guild ou patente, qu'il y a fondé un établissement durable. De plus, celui qui paie une guild importante, de première ou de seconde classe, par exemple, a le droit d'appeler auprès de lui un nombre de ses compatriotes fixé et déterminé par Ja loi, pour l'aider dans l'exercice de son industrie.

Cette réglementation peut nous paraître, en France, minutieuse et traeassière, mais elle a sa raison d'être, dans la Russie, dont la grande mission historique consiste précisément, dans l'intérêt de la civilisation européenne, de la paix et de la sécurité de notre continent, à retenir et à fixer sur le sol des peuples nomades par tradition, par atavisme et par instinct naturel. Ce n'est pas une œuvre facile et ce n'est pas trop pour la réaliser de l'application persévérante et continue d'une législation éner-

gique, comme il faut ta construction de digues puissantes pour fixer les grèves de la mer.

Par suite de la négligence ou de la complicité intéressée de certains gouverneurs, les Juifs étaient arrivés à se soustraire à rexécution de cette législation. Ils avaient déserté les provinces où il leur fallait cultiver la terre pour envahir les provinces plus riches où ils se livraient à la pratique de l'usure. Ils se faisaient admettre dans la province comme attachés à la personne, au commerce ou à l'industrie de tel ou tel riche patentable israélite ; en vérité, ils ne vivaient que de la spoliation du malheureux moujick, qu'ils subjuguaient en cultivant et développant à leur profit ses instincts vicieux. Ainsi, en consultant le registre de la police de certaine ville, on découvrait que tel ou tel gros patentable avait nominalement à son service quarante cochers, cent cuisiniers, et le reste à l'avenant. L'opinion publique exigeait que le gouvernement intervînt et ramenât les israélites au respect de la loi observée par les chrétiens. Il faut avouer que ce n'était pas sans motif. Les campagnes étaient ruinées et sedépeuplaient, la situation de la population ouvrière des villes n'était pas moins critique. On ne se rend pas compte facilement en occident de l'efFet

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dévastateur de l'usure juive chez les populations des campagnes en Orient. Le Juif arrive dans un village, il ouvre immédiatement un cabaret. Le moujick ne peut résister k sa passion pour Falcool. Il entre et consomme. Le Juif lui dît : « Frère, cela te gêne de me payer. Je vais t' ouvrir un crédit et tu me payeras quand tu auras fait ta récolte de foin. » Le moujick accepte cette proposition séduisante et, à sa suite, il amène ses amis chez te prêteur obligeant. Le temps se passe et bientôt la saison de couper les foins arrive. L'israélile présente alors sa note. Le moujick se désespère, s'arrache les cheveux : le prix de toute la récolte ne couvre pas la moitié de la dépense qu'il a faite. « Frère, je veux te venir en aide, dit le Juif; j'ai un frère qui accepte de prendre toute ta récolte pour le prix que tu me dois; mais tu lui livreras tout ton foin sans en rien distraire. »Le moujick se croit sauvé, remercie son bienfaiteur et livre consciencieusement tout son foin sans en rien retirer. Le lendemain, il arrive chez le marchand de boisson plus désespéré que jamais. « Frère je suis perdu, s'écrie-t-il, si tu ne me viens encore en aide. Je n'ai plus rien pour nourrir mes vaches et mon cheval. Us vont mourir de faim, et moi avec eux. Obtiens, je t'en prie, de

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mon acquéreur qu'il me laisse une partie de mon foin, je le paierai très prochainement etau prix qu'il voudra. — Cela, frère, m'est impossible. Mais il est une chose que je puis faire pour te sauver. J'ai un ami qui achètera ton cheval si tu veux, et tes vaches et tous tes animaux. » Lemoujick, réduit à vendre ou à laisser mourirson bétail, cède ses animaux à vil prix, et le surlendemain, il abandonne l'isba paternel et s'expatrie.

Alexandre III, qui a été surnommé et à bon droit « l'Empereur des paysans », pouvait-Il tolérer la continuation de cet état de choses ? L'aurait-il voulu, la passion populaire l'auraitelle permis et n'aurait-elle pas exercé contre les Juifs de fâcheuses et peut-être sanglantes représailles? Il a fait sommer les Juifs en contravention avec les édits, de réintégrer leurs provinces d'origine et de s'y remettre au travail de la terre. Habitués à vivre do fainéantise, d'usure et d'exploitation des vices d'autrui, ceux-ci ont refusé et ont opté pour l'exil. Ils ont émigré. Il n'y a là que l'exécution d'une mesure de police qui n'a aucun rapport avec la liberté de conscience et qui ne porte pas atteinte au respect dû à la foi religieuse des populations, quel que soit le culte auquel elles appartiennent.

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