LA QUESTION D'OREENT. - BULGARIE
Alexandre III s'est réservé, comme nous l'avons dit, la direction exclusive de la politique extérieure ; il en est le seul chef et n'a que des collaborateurs. Or, c'est surtout dans la question d'Orient, notamment en ce qui concerne la Bulgarie, que le Tsar a su affirmer le loyalisme de son esprit, la décision de son caractère.
La question bulgare est une conséquence du traité de Berlin, de cette œuvre traîtresse de Bismarck , qui laissait la porte ouverte aux complications les plus multiples. En effet, le but principal de ce nouvel instrument diplomatique était de détruire l'œuvre de San-Slefano et d'entraver l'affermissement et l'extension de
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l'influence russe sur la péninsule des Balkans. D'un autre côté, si les stipulations arrêtées par la conférence de Berlin attaquaient indirectement les intérêts de la Russie, elles étaient directement préjudiciables à ceux des Bulgares. Le principe de l'autonomie politique de la Bulgarie, sous la suzeraineté du sultan, était bien respecté, mais au lieu des limites naturelles déterminées à San-Stefano, la principauté acceptée par la diplomatie occidentale se trouvait réduite au pays compris entre le Danube et les Balkans, plus les hautes vallées de l'Isker et de la Strouma. Le reste des pays bulgares, c'est-àdire plus de la moitié, demeurait sous l'autorité directe du sultan, mais avec des différences considérables dans leur situation administrative. A l'organisation de la Bulgarie unitaire du traité de San-Stefano appuyée sur le Danube et sur les deux mers, il substituait un modus Vivendi bâtard et dans la pensée même de ceux qui l'avaient imaginé, évidemment provisoire. Au lieu de constituer les Bulgares en un groupe solide et compact, comme celui des Roumains, on les morcelait en trois tronçons ; au nord des Balkans, une principauté vassale du sultan : au sud des Balkans, une province turque gouvernée par un gouverneur chrétien et investie d'une
autonomie restreinte; enfin, en Macédoine, un million de Bulgares, jaloux de la destinée meilleure de ses frères plus heureux et impatient de se joindre à eux, restait directement soumis au sultan.
Cette organisation factice, dressée manifestement contre l'influence russe, ne donnait donc pas satisfaction aux aspirations des Bulgares. 11 semblait que les diplomates réunis à Berlin se fussent plu à réserver pour l'avenir des prétextes à révolutions et à interventions; bref, il en résultait une fausse situation, qui allait peser sur la politique générale de l'Europe et devenir une source perpétuelle de conflits et d'inquiétudes pour la paix du monde occidental.
On sait comment le gouvernement russe, après avoir prodigué son sang et son or pour la libération d'un peuple frère, par l'origine, par la langue, par la religion, par toutes ses affinités et ses tendances, se vit récompensé par la plus noire ingratitude de la part du prince Alexandre de Battenberg ; comment, après la déposition de ce prince, il fut remplacé par un trio de politiciens qui s'emparèrent du gouvernement sous la présidence de Stambouloff. S'il était permis d'exhumer des archives du quai d'Orsay, les rapports des agents fran-
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çais des Sofia et de Roustcfaouk, depuis cette époque jusqu'à nos jours, on verrait à quel aiFreux régime de terrorisme, de fusillades et de pendaisons ofGcielles a été soumise la Bulgarie par StambouloflF, premier régent ou premier ministre de Ferdinand de Cobourg. Si les documents n'étaient pas ofTiciels, on ne pourrait croire aux horribles tortures infligées aux malheureux prisonniers jetés dans des cachots infects où Stambouloff fait frapper et martyriser, en sa présence, les adversaires politiques que la terreur et la souffrance n'ont pu amener encore à soumission. Qu'étaient-ce que a les massacres deMidhat-PachaàRoustchouk )>,qui ont tant révolté l'Angleterre libérale si on les compare aux horreurs du régime actuel 1 La mort en un jour, fût-ce la plus misérable et la plus brutale, serait bénie par les victimes de Stambouloff et de Ferdinand de Cobourg ; les infortunés, durant des jours, des semaines, subissent les plus effroyables tortures, notamment la flagellation avec des sacs pleins de sable. Ces instruments de supplice, qui datent du moyen âge, sans laisser de traces apparentes, produisent des lésions internes et amènent fatalement la mort, à court délai.
Alors que les plus légitimes susceptibilités du
peuple Russe étaient soulevées par l'ingratitude du prince Alexandre de Battenberg, rompant avec la puissance libératrice et oublieux que « l'ingratitude n'est permise qu'aux forts » ; alors que le prince était lui-même chassé par les libéraux et remplacé par les trois régents qui reniaient également la protection russe, et peu après faisaient élire prince de Bulgarie le duc Ferdinand de Cobourg; alors que la triple alliance approuvait tacitement le renversement du pouvoir ottoman en Roumélie et la réunion de cette province à la Bulgarie ; quelle fut l'attitude du Tsar, en présence de tant de provocations inspirées par le désir de lui faire perdre son sang-froid et de le pousser à s'engager dans une nouvelle guerre? Comment Alexandre III a-t-il compris et rempli la mission traditionnelle que revendique la Russie dans la péninsule des Balkans?
Sa Majesté Impériale n'a cessé de conserver l'attitude la plus correcte, la plus calme, protestant contre les diverses révolutions qui ont amené le prince Ferdinand de Cobourg au pouvoir, et déclarant qu'il ne reconnaîtrait jamais le nouvel état de choses, se réservant de faire, à son heure, ce que lui commanderait l'intérêt de la Russie. Renfermé dans une froide réserve,
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dans un dédaigneux silence, il attend que « le fruit soit assez véreux pour tomber de luimême » et que, sans recourir à la force, sans effusion de sang, sans troubler la paix de l'Europe, satisfaction légitime soit donnée aux justes revendications de son pays.
Il ne pouvait y avoir politique plus grande, plus généreuse, s'inspirant de sentiments plus délicats et plus humains ! C'est bien l'attitude qui convient au prince droit, loyal, respectueux des droits consacrés, esclave de la parole donnée, que nous avons dépeint à nos lecteurs.
Reprenons en quelques mots l'historique des faits.
Le 19 février (3 mars) 1878, le traité de San-Stéfano, modifiant les décisions de la conférence de Constantinople du 21 décembre 1876, avait constitué la Bulgarie en principauté autonome et tributaire; il lui accordait un gouvernement chrétien et une milice nationale, et étendait son territoire au sud jusqu'à l'Archipel, de façon à former la grande Bulgarie conforme au plan du général Ignatieff.
Quelques mois plus tard, le 13 juillet de la même année, le congrès de Berlin condamnait cette constitution et divisait le territoire bulgare en trois tronçons :
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r La principauté de Bulgarie, avec les attributions et les droits fixés par une constitution ultra -libérale condamnée par l'expérience ; 2° la province de Roumélie, au sud des Balkans ; 3' un territoire relevant directement de la Turquie et soumis à son administration.
La province de Roumélie, dite Roumélie orientale, restait placée sous Tautorité directe du Sultan, mais avec la concession d'un gouverneur chrétien et d'une administration autonome. Concession incomplète et illusoire ; ce gouverneur, nommé par le Sultan et ne relevant que de lui, était autorisé à faire intervenir les troupes turques toutes les fois que l'ordre intérieur ou la sécurité extérieure lui paraîtraient nécessiter cette mesure.
Telle quelle, cette constitution fut acceptée ou plutôt subie pendant sept ans par les Rouméiiotes : le 18 septembre 1885, la Roumélie se débarrassa de son gouverneur ottoman et se déclara réunie à la Rulgarie.
Avant d'aller plus loin et de rappeler les suites de cette insurrection, il convient de revoir quel était à ce moment et depuis 1879, l'état de la Bulgarie elle-même.
Le 29 avril 1879, l'assemblée nationale bulgare, réunie à Tirnova, avait élu au trône de la
Bulgarie constituée par le traité de Berlin eo principauté autonome et tributaire, le prince Alexandre de Battenberg, slave par sa mère Julie de Haucké, princesse de Battenberg, et allemand par son père le prince Alexandre de Hesse dont la sœur porta la couronne impériale de Russie. Ce choix de l'assemblée nationale bulgare ne pouvait être qu'agréable à la Russie ; le prince élu en souligna la signification eu allant, au lendemain de son élection, porter ses hommages de gratitude au tsar Alexandre II, son protecteur évident et, dans le fond de son cœur à cette heure encore, son suzerain naturel. Ses sujets ne lui témoignèrent aucun ombrage de cette démarche ; ils le reçurent avec un enthousiasme réel et acceptèrent même de ses mains une organisation militaire où se reflétaient ses sentiments slavophiles ; mais leurs susceptibilités ne devaient pas tarder à s'éveiller. Un parti se formait, oublieux de ce que devait la principauté aux sympathies russes écrites avec le sang de la guerre de Turquie, un parti qui, ne poursuivant qu'un seul rêve : l'union de la Bulgarie et de la Roumélie orientale sous le drapeau de la pure indépendance nationale, repoussait à la fois et avec la môme ardeur d'aversion, la protection slave et la suzeraineté ottomane. Lespre-
mières élections à rassemblée bulgare furent favorables à ce parti et à ses théories franchement subversives de l'ordre de choses réglé par le traité de Berlin. Dissoute par Alexandre I", cette chambre revint, plus accentuée encore dans le sens des mêmes idées. Acculé soit à un coup d'Etat, soit à la nécessité d'accepter le mouvement nouveau el d'en prendre la direction, Alexandre I" se décida pour le coup d'Etat. La chambre fut dissoute pour la seconde fois et remplacée par une assemblée qui renouvela les pouvoirs du prince. Le mouvement n'était pas pour cela étouffé ; il poursuivait son développement marqué par des désordres qui devaient fatalement aboutir au renversement du prince. Alexandre I" se ravisa ; par une volteface brutale, il rompit avec l'élément russe de son gouvernement et appela les libéraux au ministère. C'était lâcher la bride au mouvement unioniste, le reconnaîtra, et, sur les pages déchirées du traité de Berlin, laisser se préparer la révolution du 18 septembre 1885, qui chassa le gouverneur ottoman en Roumélie et réunit cette province à la Bulgarie.
On sait les suites de cette explosion, l'effarement de l'Europe en présence d'un fait que la Russie avait prévu et dont elle avait d'avance
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décliné la responsabilité ; les protestations de la Serbie et de la Grèce opposées à une modification changeant à leur détriment l'équilibre dans la péninsule balkanique ; la déclaration de guerre du roi Milan à la Bulgarie, la rapide campagne qui suivit et se termina, après le triomphe des troupes bulgares sons le commandement d'Alexandre de Battenberg, par l'acceptation d'un armistice imposé par l'Autriche et que le vainqueur sut d'ailleurs utiliser pour arracher à la faiblesse du Sultan la reconnaissance du fait accompli comme base d'un règlement qui sanctionnait à la fois la réunion de la Bulgarie et de la Roumélie orientale et toutes les décisions prises par le gouvernement bulgare en violation du traité de Berlin, qui consacrait en un mot un retour presque absolu à la constitution de la grande Bulgarie établie par le traité de San-Stéfano.
Tandis que, soumis à l'approbation des puissances, cet accord entre la Turquie et le prince de Bulgarie était approuvé presque sans restriction par quatre des grandes puissances signataires du traité de Berlin, la Russie appuyée par la France y faisait franchement obstacle et obtenait des modifications qui ramenaient la Bulgarie agrandie delà réunion de la Roumélie
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orientale, à un état moins en opposition avec les traités.
On s'étonnera peut-être de cette intervention russe et d'une politique à première vue contraire aux visées de la Russie, quand elle avait dicté le traité de San-Stéfano. On s'étonnera qu'elle semblât se montrer plus ottomane que le Sultan lui-même. Deux sentiments, dans cette circonstance, ont commandé l'attitude d'Alexandre III : la volonté d'imposer le respect des traités et de ne pas céder au mouvement révolutionnaire, l'aversion qu'avait éveillée en son âme loyale la conduite équivoque de son protégé et, jadis encore, aide de camp, Alexandre de Battenberg qui, pour sauver une couronne due à la Russie, n'avait pas hésité à rompre tous les engagements moraux contractés vis-à-vis du Tsar et de l'Empire, à devenir le vassal de l'Autriche et de l'Angleterre et à se jeter dans le parti de l'insurrection pour marcher avec lui au renversement de l'ordre de choses établi en Orient.
Ce dernier sentiment a résisté chez Alexandre III à toutes les vaines satisfactions d'amourpropre qui lui ont été offertes par son ancien protégé ; un moment, ce sentiment du Tsar libérateur, eut un écho assez profond en Bulga-
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rie pour y amener une révolution. Dans la nuit du 21 août 1886, les chefs du parti slave firent arrêter et conduire à la frontière le prince de Battenberg. Rappelé par l'armée qu'il avait conduite à la victoire, le prince ne tarda pas à rentrer dans sa principauté ; mais, peu rassuré sur l'avenir qui l'attendait et comprenant enfin la faute lourde qu'il avait commise à l'égard du Tsar il adressa, dès son retour, à Alexandre III, un télégramme de regret et de soumission, portant en substance qu'il reconnaissait tenir sa couronne de la bienveillance de la Russie et qu'il était prêt à la lui remettre. Le Tsar se borna à répondre qu'il s'abstiendrait de toute immixtion en Bulgarie tant que le prince y resterait et qu'il se réservait de faire ce que lui commanderaient « la mémoire de son père, l'intérêt de la Russie et la paix de l'Europe ». Ce sont là les trois termes dont la politique d'Alexandre III ne s'est jamais écartée, ainsi que nous l'avons dit. On ne saurait trop louer sa réserve, sa prudence et sa clairvoyance au milieu des pièges qui lui étaient tendus de tous côtés. L'Angleterre, l'Autriche et l'Allemagne auraient voulu, à tout prix, l'entraîner à prendre parti dans les intrigues dont la principauté Bulgare était devenue le théâtre, le com-
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promettre avec les politiciens qui se préparaient à exploiter ce malheureux pays à peine échappé au joug ottoman, enchaîner sa liberté d'action et ruiner son prestige en faisant de lui l'agent inconscient de mouvements insurrectionnels et de passions révolutionnaires. Les événements survenus après l'abdication d'Alexandre de Battenberg — qui, ilfaut le reconnaître, eut assez de sens politique pour se retirer devant la réponse du Tsar — ont pleinement donné raison à ta prévoyance d'Alexandre III et justifié son opposition à tout ce qui avait été fait, tout ce qui pouvait être fait en dehors des traités, que la faiblesse du Sultan y eût ou non consenti.
Ces événements sont connus de tous; c'est de l'histoire d'hier, c'est la question pendante du jour. Les faits et gestes de M. StamboulofF, l'homme qui, depuis l'abdication du prince de Battenberg, a mené et continue de mener l'aventure bulgare, ont eu trop de retentissement en Europe pour qu'il soit utile de leur faire une place ici. Voici des années qu'il se dresse, cet homme — comme un point d'interrogation — dans la péninsule des Balkans où périclite grâce au traité de Berlin, la paix de l'Europe, (^ndamné par la Bussie, la France et l'Alle-
magne, blâmé par la Turquie, désavoué nominalement par l'Autriche et l'Angleterre, il poursuit, sous le couvert d'un patriotisme suspect, un rêve qu'il sait irréalisable sans cet assentiment des puissances européennes toujours refusé. Rien ne l'arrête, rien ne le rebute et tous tes moyens lui sont bons. Un jour, usant de l'un de ces procédés louches chers à l'école bismarckienne, il feint de donner satisfaction à la Russie en faisant élire, comme successeur d'Alexandre de Rattenberg, le prince Waldemar de Danemark, le propre frère de la Tsarine. Il sait d'avance que ni ta Russie, soucieuse de ne pas mentir à son passé, ni le roi de Danemark ni l'élu lui-même n'accepteront cette élection ; mais alors il pourra, se tournant vers l'Europe, présenter aux puissances, par la bouche des délégués qu'il va envoyer promener à travers les capitales l'exposé dressé par lui de la situation faite à la Bulgarie : « Voyez pourtant où nous en sommes réduits par l'intolérance de la Russie I »
Directement visé par la réprobation des puissances, il ne songera pas un instant que sa personne et ses menées ambitieuses sont le premier obstacle au règlement amiable de cet état de choses. Il s'est emparé de la Bulgarie; il la
tient, il la garde, envers et contre tous, et ce n'est pas, pour son orgueil outré, la moindre des satisfactions que de pouvoir prétendre à faire échec à l'Europe.
Aujourd'hui, après l'avortement des pourparlers et des conférences, à travers des désordres impitoyablement réprimés et par l'imposition d'une dictature sanglante, il en est arrivé à ce résultat : il maintient sur le trdne un prince selon son cœur et ses vues, Ferdinand de Saxe- Cobourg. Condamné à être hostile à la Russie, courtisant sans succès les bonnes grâces du sultan et à ta dévotion de la Triple Alliance, le prince s'est fait l'instrument des rancunes et des ambitions de son ministre Slambouloff. La Russie et la France refusent formellement de reconnaître son avènement comme contraire aux dispositions du traité de Berlin ; l'Allemagne, obéissant à des préoccupations faciles à démêler, reste dans une réserve où, tour à tour, suivant tes besoins de l'heure, on peut lire l'encouragement ou le désaveu ; sans aller jusqu'à ce désaveu, plutôt enclines à encourager une diversion qui pourrait servir leurs intérêts politiques, l'Autriche, l'Italie et l'Angleterre s'en tiennent à leur reproche de la première heure : la prise du pouvoir sans l'assentiment
des puissances. N^étaat vraiment roi ni en droit ni en fait, Ferdinand de Saxe-Cobourg n'est entre les mains de Stambouloff qu'un instrument que son ministre se réserve de briser au gré des exigences de sa politique personnelle.
Sur ce siatu guo louche et non sans dangers, au-dessus de cette question pendante dont la Triple Alliance entretient soigneusement et s'efiForce d'exploiter les menaces, plane, froide comme le droit, sereine comme la force, la volonté arrêtée d'Alexandre III, volonté qui, fût-elle toujours impassible et seule à garder les prescriptions des traités, suffira à faire hésiter les perturbateurs du repos de l'Europe.
Le jour où le traité de Berlin sera officiellement déchiré, la Russie qui sait attendre sans rien compromettre, reprendra tous ses droits, entrera en ligne avec ses revendications traditionnelles à faire triompher, ses intérêts séculaires à défendre.