‹ Alexandre III, sa vie, son œuvreChapitre 19 sur 23 · RAPPORTS AVEC L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

RAPPORTS AVEC L'AUTRICHE

Ce serait ne donner de l'activité diplomatique du règne d'Alexandre HI qu'une idée incomplète que de ne pas tracer en quelques mots les traits principaux des relations de l'Autriche et de la Russie dans ces dernières années.

La force d'expansion de l'Autriche, qui, en l'absence de tout patrimoine colonial, ne peut se développer que sur le continent européen, avait jusqu'ici trois directions ouvertes devant elle. Au nord, son activité s'exerçait à défendre contre l'influence chaque jour plus prépondérante de la Prusse, son antique suprématie sur la confédération germanique et à conserver le plus possible dans sa sphère d'action les principaux États de l'Allemagne du sud ; au midi, elle visait à placer l'Italie sous sa domination, à régner exclusivement sur l'Adriatique et à

tenir sous sa main avec la capitale de la catholicité les ports de la péninsule italique sur la Méditerranée. A Test enfin, elle aspirait k supplanter dans la péninsule balkanique, la Turquie, l'homme malade dont elle tâtait anxieusement le pouls, et à recueillir tout ou partie de son héritage.

M. de Bismarck, après l'avoir exilée de l'Allemagne et lui avoir interdit de jeter à l'avenir ses visées sur le nord, après l'avoir exclue de l'Italie dont l'alliance était nécessaire à ses projets de guerre contre la France pour ouvrir un second point d'attaque et donner la possibilité d'exercer une diversion contre notre armée des Vosges, lança l 'Austro-Hongrie à la conquête de l'Orient.

Sans doute, sur ce terrain, les rivalités entre l'Autriche et la Russie étaient séculaires, mais jusqu'alors elles étaient intermittentes et comportaient des tempéraments. La politique autrichienne voyant s'ouvrir devant elle d'autres champs d'action, il était possible à la diplomatie do chercher et de trouver des terrains de conciliation où la Russie pouvait donner à l'Autriche des dédommagements et des apaisements. Un des buts de M. de Bismarck en fermant à l'Autriche toute autre issue était d'en

SON CËDVBE 2^i

faire une avant-garde toujours en éveil contre la Russie et prête à se jeter sur elle dès que l'Allemagne lui ôterait sa muselière.

D'un autre côté, le prince de Bismarck comptait peser sur les résolutions de la Russie et la maintenir constamment dans un état de dépendance vis-à-vis de l'Allemagne en la menaçant de se mettre du côté de l'Autriche et d'appuyer de toute la force de ses bataillons victorieux les convoitises de l'empire des Habsbourg.

La haute droiture, la fermeté, la constance de vues d'Alexandre III, ont réussi à déjouer tous ces pièges et à éventer toutes les mines creusées sous ses pas par l'inépuisable intrigae du chancelier poméranien.

C'est la Serbie, c'est la Bulgarie, c'est la Roumanie qui ont servi tour à tour ou simultanément de champs d'expérience à ces manœuvres attentatoires à la tranquillité et à la sécurité des peuples. Elles en ont beaucoup souffert toutes les trois. La Bulgarie est encore en proie aux conséquences désastreuses de cette politique néfaste ; la Serbie, après en avoir été longtemps la victime, semble enfin délivrée de ce joug.

L'Autriche et l'Allemagne se sont imaginé

qu'en combinant leurs efforts, elles arriveraient à obliger des peuples slaves de race, grecs de religion, latins de civilisation à désavouer leur origine, renier leur foi, abdiquer leurs traditions pour se germaniser, pour servir de marchepied à leur ambition, pour leur livrer cette terre d'Orient objet depuis des siècles de leurs amours et de leurs espérances. Dans cette poursuite insensée et condamnée fatalement à l'avortement final, les gouvernements qu'ils ont entraînés dans leurs combinaisons sont tombés sous l'animadversion de leurs sujets ou sont dans un état instable et menacés d'une chute prochaine. Seul te petit roi de Monténégro, qui est resté courageusement fidèle à la politique nationale et slave est solide sur son trône.

La Russie, par une politique plus agissante, aurait certes pu précipiter les événements. L'Allemagne plusieurs fois par une apparence de concours sans réserve et presque sans limite l'y a poussé. Le cabinet de Saint-Pétersbourg a su résister à ces perfides encouragements, il a éventé le piège et a laissé ses adversaires au milieu des difficultés où les avait jetés leurs perfides agissements. La Russie a compris que, si (>II(> intervenait ou faisait seulement mine

Page 1