S.A.I. LA GRANDE DUCHESSE OLGA
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d'intervenir, elle grouperait contre elle toutes les puissances jalouses de sa grandeur et permettrait à Bismarck de réaliser le dernier de ses rêves, de se mettre à la tête d'une coalition européenne pour essayer de lui enlever ses provinces occidentales ou tout au moins de lui vendre sa neutralité à un prix qu'elle nevoulait pas y mettre, la ruine et le démembrement de la France. Une seule de ses divisions, engagée par delà les Balkans pour châtier l'outrecuidante tyrannie des Stambouloff, et elle avait perdu sa liberté d'action, elle était prise dans un engrenage dont elle sentait qu'elle ne serait pas libre de se dégager quand elle voudrait. Elle a laissé les Serbes, les Bulgares, les Roumains cuire dans leur jus avec tous les piments qu'il a plu aux cuisiniers anglais, allemands, autrichiens, italiens d'y ajouter. Elle s'est bornée à affirmer le droit, à constater toutes les. infractions aux traités dont ses envieux rivaux se montraient prodigues, à les signaler à l'Europe, et à en prendre note en enregistrant en faveur de la justice et de la légalité, le témoignage de la France, seule puis^ sance loyale et désintéressée dans cette aEfaire. Elle attend son jour et son heure.
Pendant ce temps, les événements suivent
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leur cours. Les peuples, un moment égarés ou entraînés par des gouvernements soumis à des passions étrangères, reprennent leur marche historique, et l'édifice péniblement échafaudé s'écroule par morceaux ou ce qui en reste est plus nuisible qu'utile à ceux qui l'ont édifié.
Ou'esl-ee que l'Autriche, par exemple, a gagné à dresser tant de mines et de conlremines dans les pays balkaniques? Ses hommes d'État de l'ancienne école auraient été bien étonnés si on leur eût appris que ce serait elle qui prendrait l'initiative de la reconnaissance sur sa frontière d'un royaume serbe, précurseur de la reconstitution de la grande Serbie, appui forcé de l'irrédentisme serbe dans les provinces de la monarchie austro-hongroise, prêt en un mot, à la première occasion, h, revendiquer ses nationaux qui constituent un des éléments les plus importants des provinces orientales de l'empire des Habsbourg. Et pourquoi, pour l'avantage passager d'avoir à la tête de la Serbie un prince que le protectorat autrichien rendait odieux à ses sujets et qui a été contraint par eux d'abdiquer, de lancer la Sertie contre la Bulgarie dans une guerre injuste et malheureuse, de ruiner les finances de ce petit état, de désorganiser sa politique inté-
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rieiire; pour, après avoir fait chasser le roi, faire renvoyer les régents et renverser tous les gouvernements jusqu'à ce que le peuple, qui est éminemment slave, ait trouvé un prince décidé à suivre une politique slave.
Ces diplomates autrichiens qui réparaient avec tant de talent les désastres des champs de bataille et savaient tirer d'une guerre malheureuse une paix avantageuse, auraient-ils jamais supposé que ce serait le cabinet de Vienne, qui, en prenant fait et cause avec l'ardeur et la ténacité que l'on sait, pour la légalité de l'élection d'un prince de Bulgarie par les députés rouméliotes joints aux députés bulgares, consacrerait l'union en un seul Etat et sous l'empire d'un môme gouvernement et d'une môme loi de la Roumélie et de la Bulgarie, mettrait ainsi entre les mains d'un peuple slave les deux revers des Balkans, et lui ouvrirait les portes de la Macédoine et la route de Constantinople.
Je sais bien que l'Autriche a cette grande consolation d'avoir assis un Cobourg sur le trône de Bulgarie et de l'avoir mis sous la férule de Stamboulofif. Mais ce trône est-il si solide? est-il bien sûr que les Bulgares ne reviendront pas à des sentiments plus conve-
nables vis-à-vis de leurs libérateurs et de leurs frères slaves ? Stambouloff lui-môme est-il éternel ? Cobourg et Stambouloff passeront avant que les Bulgares cessent d'être des Slaves, entraînés nécessairement dans le grand mouvement slave dès qu'il éclatera.
Quel avantage l'Autriche a-t-elle retiré d'avoir intronisé et soutenu sur le trône de Roumanie un HohenzoUern? Les aspirations du peuple roumain en sont-elles modifiées ; ne l'entraînent-elles pas irrésistiblement à revendiquer la grande majorité du peuple de la Transylvanie hongroise comme étant du même sang et de la môme origine? L'Unirea, le journal patriote qui, avec autant d'énergie que de talent, s'est fait l'organe de l'irrédentisme roumain, cesse-t-il de voir croître chaque jour le nombre de ses abonnés, et le mouvement des Roumains de la Transleitanie contre le joug magyar est-il moins actif et moins profond?
L'annexion de la Bosnie et de l'Herzégowine elle-même est-elle un acte de politique sage et prévoyante pour un empire qui n'est pas une unité puissante et indivisible comme la France ou la Russie, mais un conglomérat de nationalités en formation à l'état de nébuleuses que séparent des jalousies, des antipathies inextin-
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guibles, que réunit seulement la crainte de pis et le désespoir de mieux. C'est ce que l'avenir seul révéieVa, mais déjà robservateur attentif peut constater que la prépondérance de l'élément slave devient un péril pour le système du dualisme ; les populations slaves de l'Autriche apprennent chaque jour à mieux se connaître, à sentir leur force, leur supériorité numérique et le poids d'un joug d'autant plus intolérable qu'il ne pèse plus également sur toutes les nationalités, qu'il n'est plus établi au profit d'un pouvoir commun, mais dans l'intérêt de certaines races privilégiées et à la charge d'autres races déshéritées.
A considérer donc l'ensemble des événements qui se déroulent à l'Orient de l'Europe, on arrive à constater que les résultats de la politique austro-allemande n'ont pas été aussi solides qu'ils semblaient devoir l'être au premier aspect; que les succès de cette politique un moment tant célébrés, tant vantés dans toute l'Europe ont eu plus d'apparence que de réalité, qu'ils ont été éphémères et ne semblent appelés à laisser après eux aucune trace durable.
C'est que toute cette politique, inspirée par le prince de Bismarck, reposait sur cette con-
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viction que l'Empereur de Russie commettrait la même imprudence, la même faute que l'Empereur d'Autriche, d'abord, l'Empereur des Français ensuite, qu'il tomberait dans le même piège et qu'il se laisserait entraîner à lancer uùe déclaration de guerre à l'heure "fixée par le chancelier de fer pour l'écrasement de la Russie.
L'aveu d'une semblable politique, le lectear ne nous demande certes pas de le lui trouver dans les discours du prince de Bismarck luimême ou des hommes d'État autrichiens; les auteurs principaux d'un complot n'ont pas l'habitude de le révêler publiquement à l'avance, ils seraient alors trop peu dangereux ; mais ceux qui sont appelés à jouer dans ces vastes et ténébreuses entreprises le rôle de simples comparses, sont, d'habitude, moins retenus et moins réservés dans leurs discours. Ils souffrent de la situation qui leur est faite, surtout lorsqu'elle se prolonge, qu'elle n'aboutit pas au résultat lant de fois entrevu, toujours promis et toujours ajourné, et ils se laissent aller à des plaintes et à des confidences qui permettent à la vérité de se dégager.
Le roi Milan, qui a payé de sa couronne sa foi aveugle dans les promesses de Vienne et de
Berlin, disait au commencement de 1884 à un diplomate français ; « Ma conviction est que « la guerre éclatera avant peu en Europe, et, « contrairement k l'opiniou qui aspire au « maintien du statu quo, dans l'espoir d'éviter « une effusion de sang, je désire, moi, qu'elle « ait lieu le plus tôt possible.
« C'est d'elle seule que pourra sortir le « règlement de ces situations mal définies qui « prolongent dans l'Europe orientale le malaise « dont nous souffrons tous. Elle seule pourra « aussi mettre fin à cet état de paix armée qui « pèse si lourdement sur tous les budgets et je a. la considère, je le répète, comme un mal a nécessaire que j'appelle de tousmes vœux. »
Milan a passé son règne l'oreille tendue du côté de Berlin et de Vienne à attendre, le signal de cette guerre tant souhaitée qui, ne laissant plus debout que la puissance germanique, devait lui assurer à jamais la docilité de ses sujets.
On a beaucoup discuté sur la part de responsabilité qui incombe à l'Au triche-Hongrie dans la déclaration de guerre lancée par Milan à la Bulgarie et dans l'échec si cruel à i'amourpropre serbe qui a mis fin aux hostilités.
Ce qu'il y a de certain, c'est que l'Autriche
a conseillé la mobilisation, les banques autrichiennes ont fourni à Belgrade les fonds nécessaires pour la mise sur le pied de guerre de l'armée serbe, et si le cabinet de Vienne avait nettement opposé son veto, son client couronné ne se serait jamais hasardé à commencer les hostilités. Tandis que les représentants diplomatiques de la France, de l'Angleterre, de l'Italie, de la Russie s'unissaient pour donner des conseils de modération et prudence, l'attitude du ministre d'Aulriche-Hongrie était toute différente. Il ne dissimulait pas que ses sympathies étaient acquises aux idées belliqueuses. Il déclarait que les Serbes avaient raison de ne pas souffrir l'agrandissement de la Bulgarie sans obtenir une compensation territoriale.
Sans doute au dernier moment et alors qu'il n'était plus possible au malheureux prince de' reculer,' le cabinet de Vienne déconseilla l'ouverture des hostilités et déclina toute responsabilité dans Mes conséquences de cette aventure. C'est qu'alors l'attitude impassible du cabinet de Saint-Pétersbourg avait trompé l'attente de Vienne et de Berlin. La manœuvre était déjouée ; on résolut d'abandonner le roi de Serbie et son malheureux peuple et de les
laisser se tirer de l'embarras où on les avait jetés, comme ils pourraient.
Nous avons montré, en traitant dans le chapitre précédent de l'attilude du cabinet de Saint-Pétersbourg dans les affaires bulgares, à quelles provocations incessantes et directes, à quelles embûches de toute nature, la Russie de ce côté aussi avait été en butte. Ce sera un grand titre de gloire pour Alexandre IIl d'avoir su échapper à tous ces pièges et déjouer toutes ces intrigues ; il sera compté au nombre des bienfaiteurs de l'humanité pour lui avoir, sans rien sacrifier du droit ni des intérêts et des légitimes revendications de ses peuples, épargne les horreurs d'une guerre destinée à devenir générale et lui avoir conservé le plus précieux des biens, la paix. Si la Prusse avait toujours rencontré chez les Etats voisins autant de clairvoyance, de sang-froid et de patience, elle serait encore renfermée dans les étroites limites du grandduché de Brandebourg.
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POLITIQUE ASIATIQUE RAPPORTS AVEC L'AKGLIîTERRE
Les détracteurs même les plus systématiqnes de la Russie, ceux qui voudraient la voir reléguée sur les confins de l'Asie, qui la représentent comme une mer de glace étouffant la civilisation sous le linceul froid et rigide de la mort, comme une vaste morène étendant ses deux bras dévastateurs, l'un à l'ouest vers Berlin, l'autre au sud vers Constantinople, reconnaissent qu'elle a reçu une mission historique et qu'elle s'est acquittée de cette mission au prix des plus durs et des plus terribles sacrifices, au prix de son intégrité territoriale sans cesse menacée et souvent entamée, au prix de sa prospérité matérielle, au prix parfois de sa liberté, mais qu'elle s'en est acquittée pour le
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salut de TEurope. Placée à cheval sur les limites mal déterminées que les géographes ont établies en tâtonnant entre l'Europe et l'Asie, elle a arrêté les émigrations de peuples, elle a endigué et rejeté les flols d'invasions de barbares qui avaient sans cesse bouleversé le centre de notre coalinent dans l'antiquité et, pendant des siècles, renfermé le développement de la civilisation européenne dans les étroites limites du bassin de la Méditerranée. Elle a permis à la grande république des États européens de se créer des traditions, une histoire, une existence physique, intellectuelle et morale, et de réaliser dans la voie de la science et du progrès les résultats que nous constatons aujourd'hui avec admiration, sans avoir à compter avec les inondations jusqu'alors périodiques des hordes sauvages, descendues des hauts plateaux de l'Asie. De cette lutte qui s'est prolongée pendant des siècles, et où un moment elle a perdu jusqu'à son indépendance nationale, la Russie est aujourd'hui sortie victorieuse. Appuyée sur sa puissante unité politique et utilisant au profit de son développement les inventions de cette civilisation dont elle a été le soldat d'avant-garde et, par moment, l'enfant perdu, elle commence
à faire refluer, contrairement à ce qui semblait être jusqu'à ce jour la loi inéluctable, lamigration humaine de l'occident à l'orient, le flot remonte le cours qu'il avait suivi jusqu'alors et va reporter la civilisation d'où nous était venue la barbarie.
Dans cette œuvre, qui est destinée à modifier d'une manière si profonde l'équilibre des forces dans le monde, les Russes sont merveilleusement secondés par deux instruments d'une grande puissance, d'abord leur admirable facilité à s'assimiler les peuplades asiatiques, ensuite les chemins de fer. — Tandis que la vieille civilisation asiatique est réfractaire & un renouvellement, à une transformation par la civilisation européenne moderne, lorsque celle-ci lui est présentée par des mains anglaises , elle ne répugne nullement à cette pénétration lorsqu'elle lui est transmise par une voie russe. De ce côté l'assimilation est relativement rapide et facile. Les causes de cette faculté colonisatrice exceptionnelle des Russes en Asie sont multiples. Nous ne pouvons qu'indiquer ici les principales. Les affinités nombreuses provenant du voisinage et du contact journalier, de la similitude de moeurs et d'habitudes dans les pays frontières, de cei^
laines communautés d'origine, de mélanges et de fusions de race ont une part notable dans cette prédisposition, cette prédestination à coloniser l'Asie. La sagesse et l'habileté de la conduite politique vis-à-vis des peuplades successivement conquises ont aussi largement contribué ïi ce résultat incontestable. Le gouvernement russe. ne cherche pas à s'imposer par la force chez ces tribus asiatiques; il travaille à se les rattacher d'une manière chaque jour plus étroite et plus indissoluble par les bienfaits, par les services réciproquement rendus et demandés. 11 n'y a pas un ministère, une administration distincte des colonies qui traitent les nouveaux annexés en vaincus, d'une race inférieure, auxquels il convient d'imposer une législation spéciale, une réglementation particulière, une organisation d'exception. Le gouvernement russe s'attache à respecter leurs croyances, leurs traditions, leurs mœurs, les pouvoirs établis et à les placer seulement visà-vis de lui sous l'égide d'une suzeraineté protectrice; il en fait des feudataires et au fur et à mesure qu'ils se rapprochent de lui par le progrès de leur civilisation rudimentaire, il les assimile lentement , prudemment et sans secousse, travaillant sans cesse non à les isoler
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et à les distinguer, mais à tes placer sous le droit commun de ses sujets.
L'autre puissant instrument dont la Russie tire en Asie un admirable parti, c'est ce que l'on a appelé très justement la civilisation par le rail. Comme spécimen le plus grandiose de ce mode de pénétration civilisatrice, on ne peut s'empôcher de citer le chemin de fer Iranscaspien. DeBatoum, port sur la mer Noire, on traverse l'isthme transcaucasien et en deux jours on arrive à Bakou, la ville du pétrole, port sur la mer Caspienne. Après une traversée de vingt heures sur la mer Caspienne on trouve Ouzoun- Ada, port de création récente, tôle de ligne du chemin de fer transcaspien. Le commencement des travaux remonte à 1880, poussé jusqu'à l'entrée de l'oasis d'Akhal-Tekké, ils aidèrent puissamment Skobeleff dans la glorieuse expédition qui se termina par la prise d'assaut de Ghéok-Tépé. La voie ferrée, qui n'avait alors que 225 kilomètres, a été prolongée depuis lors, par Askhabad, chef-iieu de la Transcaspienne, par l'oasis de Merv, par la ville boukhare de Tcharjoni, pour aboutir, au moins momentanément à Samarkand, la capitale de l'ancien empire de Tamerlan. Elle parcourt 1 .700 kilomètres à partir de la mer Caspienne.
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La construction de ce chemin de fer devait rencontrer de nombreux obstacles, dont plusieurs passaient pour insurmontables. Il fallait traverser une zone de sables mouvants, mesurant une étendue de plus de 300 kilomètres, s'approvisionner de tout en plein désert, et désert d'une aridité telle qu'il fallait apporter toute l'eau avec soi, pourvoir aux exigences du chauffage dans un pays dépourvu de bois et éloigné de tout centre houiller. L'Amou-Daria, mesurant à la hauteur de Tchardjoni, 2 kilomètres de largeur moyenne, largeur qui croît jusqu'à 6 kilomètres à l'époque des inondations, roulant des eaux tumultueuses dont la vitesse est de plus de six nœuds, creusant des afïouiliements d'une effrayante profondeur, dans des fonds essentiellement mobiles etprésentant dans son profil d'incessantes modifications, passait, aux yeux de tous les ingénieurs, pour devoir opposer à la traversée de la voie ferrée un obstacle invincible. Personne ne voulait croire au succès final du Transcaspien, seul l'Empereur montrait une foi inébranlable et savait imposer sa confiance à tous ses agents d'exécution.
Alexandre III ne se tient pas pour satisfait par ce premier triomphe qui a frappé l'Europe d'admiration et l'Angleterre de saisissement.
A Tachèvement de celle conception grandiose qu^il va compléter par la construction d'un chemin de fer reliant tes lignes du Turkeslan k Moscou par Tachkent, Orenbourg et Samara, il fera succéder l'exécution d'un plan plus gigantesque encore, qui sera le plus grand élément de civilisation et de progrès que le monde ait encore admiré. Il se prépare à relier l'Oural au Paciflque, par une ligne traversant toute la Sibérie méridionale et présentant un développement total de plus de 9.000 kilomètres.
En 1887, l'Empereur a institué un comité spécial chargé de préparer la réalisation de cette œuvre colossale. En 1889, un oukhase impérial a approuvé le projet d'exécution de la partie reconnue la plus urgente de ce tracé dans la section de Tomsk à Jrkoutsk.
Après avoir coupé les plaines des gouvernements d'Orenbourg, de Tobolsk et de Tomsk, et franchi l'Irtych, l'Obi et l'Yénisséi, le transsibérien contourne la pointe sud du lac Baïkai, traverse les hauts plateaux de la Transbaïkalie, escalade vers Tchila les monts Yablouoï et de là, par Blagovetchensk se dirige vers la vallée de l'Amour et de l'Oussouri. Là, rebroussant brusquement vers le sud, il remonte l'Oussouri et aboutit à Vladivostock, le grand arse-
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nal maritime que les Russes se sont créé sur la mer du Japon.
Les ingénieurs estiment que, malgré tous les obstacles prévus ou non prévus, qui peuvent entraver leur entreprise, il ne leur faudra pas plus de quatre ou cinq ans pour terminer l'achèvement de ce projet. L'œuvre est commencée, les travaux s'avancent et déjà d'importants résultats sont acquis. Son Altesse, le grand-duc héritier, assistait le 31 mars dernier à l'inauguration d'une première section de la voie.
Avec d'aussi puissants moyens d'action, Alexandre 111 aurait pu facilement suivre une politique d'agrandissements et de conquêtes. 11 n'en a rien fait ; sauf quelques accroissements de territoire qui lui étaient imposés par la force des choses et par la nécessité de donner à ses possessions asiatiques leurs limites naturelles, il a résisté avec une grande fermeté à ceux qui voulaient le pousser dans la voie des annexions. Il a dirigé son activité et les ressources de son vaste empire vers un but exclusivement pacifique en Asie comme en Europe. Il s'est occupé de mettre en valeur les territoires et les richesses du sol et du sous-sol encore inexploitées & améliorer le sort des
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populations et à accroître les forces défensives de ses Ëtats.
Quelles que soient la prudence et la modération d'un souverain Moscovite, il lui est impossible de ne pas éveiller les inquiètes susceptibilités de l'Angleterre. Les avant-postes de l'armée des Indes et ceux des cosaques se rapprochant sans cesse et menaçant de se heurter, un jour, à l'improviste, à l'insu de leurs gouvernements et même de leurs chefs supérieurs et responsables, il a fallu arriver à une délimitation des zones respectives d'influence et d'occupation. Il a été nécessaire de se prémunir contre les incursions de ces tribus nomades et turbulentes qui, évoluant sur les confins des deux empires, pouvaient par leurs pillages et leurs querelles être la cause d'incessants conflits. Dans le règlement de ces litiges d'abornements de territoires mal connus encore avec des cartes incomplètes et des données géographiques souvent erronées, litiges toujours fort délicats, l'Angleterre a été obligée non seulement de reconnaître la parfaite correction du gouvernement d'Alexandre III, mais encore de rendre hommage à son désintéressement. Toutes les fois qu'il a été appelé à départager les prétentions rivales, le Tsar a fait preuve d'un esprit
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de haute équité qui a surpris ses voisins et a même, par un vrai prodige, momentanément désarmé leur jalousie.
Placée par la force des circonstances en contact direct avec les deux plus grands empires du monde, l'Angleterre et la Chine, la Russie s'attache scrupuleusement à ne rien faire qui puisse provoquer un conflit avec eux; amener une conflagration dont les conséquences seraient incalculables. Elle ne sacrifie aucun de ses droits, elle travaille sans rel&che à l'amélioration de ces positions et à l'accroissement lent, mais continu de tous ses moyens d'action, mais elle ne veut pas précipiter les événements ni aggraver prématurément ses responsabilités.
Elle sait au surplus que les circonstances ne manquent Jamais à celui qui sait attendre et se préparer.