S.A.I. LE GRAND DUC HERITIER
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Cette famille impériale, il faut l'avoir vue dans l'auguste simplicité de sa vie quotidienne à Gatchina pour comprendre toute la force indestructible de son intime et cordiale union. L'Empereur n'habite pas Saint-Pétersbourg, il a mis le palais d'Eté à la disposition de son fils aîné Nicolas Alexandrovitch, le tsarévitch; il ne se rend au palais d'Hiver, situé à l'extrémité de la perspective Newski que lorsque les affaires de l'État ou quelque grande solennité l'y appellent. A Gatchina, son séjour habituel, il jouit à la fois de ce calme, de cette tranquillité, de cette indépendance d'esprit le plus précieux, le plus indispensable des biens pour l'homme de travail et de méditation, et de cette liberté d'allure nécessaire à sa santé qui exige la vie en plein air, les exercices physiques et surtout les longues promenades à pied. C'est un vaste édifice qui n'a de remarquable que son grand développement, sans aucune prétention architecturale, entouré d'un jardin avec des pièces d'eau et d'un grand parc dessiné à l'anglaise qui confine à de vastes forêts où l'Empereur se plait à aller chasser l'ours, une de ses distractions favorites.
En dehors de la famille impériale, te palais n'est habité que par les chambellans et les oni-
ciers de service et par les précepteurs et les maîtresses des enfants. Du reste, dès qu'on pénètre à Gatchina, on reconnaft que c'est le palais des enfants, leurs appareils de gymnastique sont dressés au fond de la grande salle à manger du rez-de-chaussée, et c'est sous les yeux de leurs parents qu'ils y prennent leurs ébats, qu'ils parcourent libres et folâtres les appartements ornés des œuvres des peintres et des statuaires français et russes ou décorés des merveilles de rexlrême Orient, de ia Chine et surtout du Japon. Tout est calculé pour faciliter le développement harmonieux de leurs forces physiques et morales. Simpleset naturels dans leurs manières, ils ont l'abord franc et ouvert, le sourire cordial et doux; ils n'ont aucune morgue, aucune affectation, mais on sent qu'ils ont déjà la conscience nette du rang qu'ils occupent dans le monde et des devoirs que ce rang leur impose, plus encore que des privilèges qu'il leur confère. Ils parlent avec facilité les principales langues vivantes, on voit toutefois que le français a été appris et pratiqué par eux avec une prédilection toute particulière.
L'union d'Alexandre 111 et de la princesse Marie de Dagmar a donné à la Russie trois grands-ducs et deux grandes-duchesses :
Les grands-ducs : Nicolas Alexandroviteh, héritier du trône ; Georges et Michel ; les grandes-duchesses Xénie et Olga.
Comme ses frères et ses sœurs, le tsarévitch Nicolas-Alexandrovitch a eu sa mère pour première institutrice, et son éducation s'est complétée et terminée sous la surveillance continuelle et attentive de son père. Puis, pour mûrir son esprit et le dresser à prendre vigoureusement son assort en dehors du giron paternel, l'Empereur lui a fait faire de longs voyages. Il a voulu qu'il fût initié de bonne heure par une connaissance personnelle et pratique aux choses de cet extrême Orient où la Russie a déjà et est appelée, dans un prochain avenir, à awoit de si grands intérêts à débattre, puis il est revenu à travers la Sibérie, parcourant le continent Russe de part en part dans sa plus grande longueur, de Wladiwostock jusqu'à Saint-Pétersbourg. Il a voyagé en voiture à travers les steppes sibériennes pendant soixante -douze jours, suivant tout le tracé du futur chemin de fer transsibérien et en explorant pour ainsi dire le parcours, montrant à des tribus encore à demi sauvages qui n'avaient jamais contemplé la figure de leur maître, quel serait leur futur souverain, et
recueillant partout sur son passage les vœux et les hommages des populations et de leurs chefs.
Durant cette absence qui s^est prolongée près d'une année et qui a paru longue au cœur de sa mère, surtout depuis qu'au Japon un odieux attentat perpétré par un fanatique inconscient avait failli mettre en danger les jours de son fils chéri, le Tsarévitch a fait preuve d'une observation assez sagace, d'un caractère assez formé, d'une maturité assez précoce, pour que, dès son retour, l'Empereur l'ait appelé à siéger au conseil de l'Empire. On raconte même, que dès la première délibération, le conseil s'étant trouvé divisé sur la solution d'une question délicate, le jeune prince vota avec la minorité contre l'avis de son père.
Le Tsarévitch est, en effet, un homme résolu et décidé que ne feront reculer ni les périls, ni les difficultés.
Au physique et au moral, il tient beaucoup de sa mère : il est leste et vigoureux, d'une taille petite mais bien prise, qui contraste avec celle de son père. Le peuple habitué à la gigantesque stature de ses empereurs et comprenant peu qu'un RomanolT n'allie pas la majesté des forces extérieures à la noblesse de
Tâme, est tout surpris et, disons le mot, un peu désorienté à la pensée d'avoir un souverain de petite taille. Mais patience, quand on le verra à Fœuvre, on oubliera bien vile ce qui manque à sa stature pour faire un géant, et la force de la volonté, l'élévation des sentiments le mettront au niveau des plus grands entre ses ancêtres.
Nicolas Alexandrovitch a l'esprit large, ouvert et cultivé, il aime les sciences et la spéculation, mais on sent que Faction lui plaît davantage et qu'il brûle de payer de sa personne. II est d'un caractère indépendant et fier et tout en écoutant attentivement les conseils, il s'attache à rester lui-même et à ne se laisser absorber par aucune influence dominatrice. Son visage est doux et bon, comme celui de sa mère, et dans ses yeux éclatent la droiture et l'honnêteté qui caractérisent son père. Bon fils et patriote ardent, il promet un digne héritier à Alexandre III et un grand Empereur à la Russie.
Son frère cadet, le grand-duc Georges, qui sera un jour grand-amiral de la flotte, a été élevé pour ce rôle important. C'est déjà un officier de marine distingué ; malheureusement une ombre attristante a plané sur sa jeunesse et mis un souci dans l'heureuse existence du
ménage impérial : le grand-duc Georges est d'une complexion délicate dont une croissance trop rapide a encore aggravé le côté frêle et qui exige des soins particuliers et un climat plus doux que celui de la capitale. C'est à ces circonstances et un peu aussi aune prédilection marquée pour la terre française, que nous devons do l'avoir eu pour hôte de notre colonie algérienne.
Actuellement, le grand-duc Georges est dans le Caucase, à Abastoumane, où sa santé un moment compromise paratt en bonne voie de rétablissement.
■ Nous n'aurions donné qu'une esquisse incomplète de la famille impériale si nous ne disions quelques mots du grand-duc Michel, le plus jeune des fils de l'Empereur. Ce charmant blondin au yeux d'un bleu d'azur, au fier et délicat sourire, est le portrait de son père. C'est le type le plus élégant des Romanoff qui revit en lui, et on sent dans son abord cordial et ouvert le futur héros qui saura enlever ses soldats et les conduire à la victoire.
Les deux grandes-duchesses Xénie et Olga semblent, par l'incomparable élégance de leur taille, deux jeunes déesses échappées de l'Olympe grec; par la douceur angélique de leurs
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trails, par leur bienfaisance simple et modeste mais infatigable, elles se font adorer. Si, comme la rigueur de leur destinée princière semble les y condamner, elles vont faire l'ornement et le charme d'une cour étrangère, elles laisseront à Saint-Pétersbourg d'ineffaçables regrets, et elles emporteront certainement dans leur nouvelle patrie l'amour indéracinable de la sainte Russie et la fidélité inébranlable à la foi orthodoxe.
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