XIV JOURNAL DE LENOIR
l'état n" 2 est du 17 floréal an YII (6 mai 1799). Plus tard, je le répète, à la suite de l'état n° 3 qui, à Torigine, devait seulement contenir l'énumération des objets sortis du Dépôt, Lenoir a joint le récit de ses principales acquisitions postérieures à l'an YII, et il a conduit le journal jusqu'en 1816. Mais la première partie ne fut jamais remaniée. Les états n°* 1 et 2 restèrent tels qu'ils avaient été primitivement rédigés à l'époque oh ils se trouvèrent arrêtés. La rédaction du journal de Lenoir date donc incontestablement, dans ses parties principales et même pour le début de l'état n" 3, de la fin de l'an YII ou du commencement de l'an YIII. On indiquera, plus loin, le moment 011 le manuscrit actuel fut matériellement écrit et le temps où des additions furent faites au 3* état.
On s'explique très-bien comment Lenoir a été amené à rédiger son journal. En l'an YII, c'est-à-dire en 1799, Lenoir avait conduit son établissement, si modeste à l'origine, à un état inouï de prospérité. Le Musée des monuments français était célèbre en Europe. Le fondateur avait déjà fait paraître quatre éditions de son catalogue. Il préparait, depuis nivôse an YI, la publication d'un grand ouvrage in-folio*. Il est bien naturel que la pensée de ce hardi créateur se soit alors reportée sur les difficultés de la première heure, et qu'il ait voulu fixer le souvenir du laborieux enfantement de son Musée. Il ne serait pas invraisemblable de supposer même que Lenoir ait, avec un légitime orgueil, destiné à l'impression le touchant récit de ses faits et gestes. Ce récit aurait très-bien pu trouver place dans l'ouvrage in-folio qu'il rêvait alors de publier, et qui n'eut que quelques livraisons.
Le manuscrit du journal que nous imprimons est entièrement de la main de Lenoir, d'une écriture régulière,
1. Voyez ci-après la bibliographie des ouvrages de Lenoir sur le Musée des monuments français.
[NTRODUCTION. XV
posée, suivie et uniforme. Le ton général qui y règne permet d'assigner, comme date probable à sa dernière rédaction matérielle, l'époque de la Restauration. La dernière partie n'a pu être écrite qu'en 1816. C'est le moment oii la destruction du Musée créa, à Lenoir, des loisirs forcés. On sait que Lenoir, après avoir défendu, relativement assez mollement* et sans trop se compromettre, l'existence de son admirable établissement, ne prit pas les armes contre le décret du 18 décembre 1816 qui, sous prétexte de remettre tout à sa place, bouleversait une fois de plus les monuments si péniblement sauvés, restaurés et réunis. Il n'était plus à l'âge des enthousiasmes juvéniles. Il n'affronta pas une seconde fois les baïonnettes qu'il avait jadis si courageusement bravées, et céda avant qu'on eût employé la force matérielle. Les hommes qui avaient traversé les temps affreux de la Révolution et du premier Empire n'avaient bien souvent conservé la vie ou leurs fonctions qu'au prix des plus grands sacrifices au nombre desquels il faut compter l'abandon de toute énergie de caractère. En revanche ils avaient puisé, dans la succession très-brusque des événements les plus bizarres, une sorte d'indifférence et de sceptique insensibilité. Lenoir était de son temps. Il ne fut pas foudroyé par la mesure déplorable qui tuait ^, d'un trait de plume, la merveilleuse création de son intelligence. La Révolution, l'Empire, les deux Restaurations n'avaient pu triompher de son indomptable entêtement ni entamer ses convictions intimes ; mais tant de bouleversements politiques et leurs conséquences l'avaient endurci au point que l'ordonnance de 1816 ne lui causa ni indignation ni étonnement. Acceptant la plus ridicule des compensations qui
1. Vide contra : Quérard, la France littéraire, tome V, p. 168, col. 2«, et Mérn. de la Société des Antiquaires de France, tome XVI, p. xxi.
2. Le récit qu'on trouve dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, tome XVI, p. xxii, n'a rien d'exagéré. Cf. B»" de Guilhermy, Monographie de Saint-Denis, p. 102 à 101.