‹ Alexandre Lenoir (volume 2)Chapitre 14 sur 252 · XVIII JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

XVIII JOURNAL DE LENOIR

dissertera théoriquement à perte de vue. On alléguera des deux côtés des preuves qui, dans une certaine mesure, s'annuleront réciproquement. On a déjà produit bien des textes établissant que la Révolution a voulu détruire ; c'était au moins inutile, en face de l'évidence des faits. On a publié , d'autre part, des documents beaucoup plus rares, mais non moins formels, montrant les hommes les plus avancés de 1793 animés, dans certains cas spéciaux, de sentiments conservateurs à l'égard de l'art ^ On en produira d'autres encore, car on peut hardiment affirmer qu'il en existe. Il est bien certain qu'un gouvernement, quel qu'il soit, est quelquefois obligé de modérer le zèle de ses agents, et que des préoccupations d'art peuvent se glisser partout. Peu nous importe, après tout, de connaître quelles ont été les intentions platoniques des législateurs. Ce qu'il faut examiner, c'est si la Convention, après avoir commis la faute de déchaîner la populace, a eu la force de la museler. 11 importe seulement de savoir si, en fait, la Révolution a, oui ou non, mis l'art français en péril. Or, à l'aide du Journal de Lenoir, nous pouvons répondre d'une façon péremptoire à cette question. \\ faut tout d'abord distinguer les époques. Sur la grande

1. Je n'éprouve aucune espèce de sympathie pour les sinistres personnages qui composèrent le Comité de salut public, mais je leur dois la vérité comme aux autres. Voici un des textes les plus importants allégués en leur faveur : « GoUot-d'Herbois et Billaud-Varenne, membres du Comité de salut public, au citoyen Puguenot, commissaire de la section du Panthéon ; 2 novembre 1793. — Tous les cuivres inutiles qui se trouvent dans les églises et dans les collèges de Paris et qui peuvent servir à la fabrication des canons doivent être envoyés à l'arsenal ; mais il est à remarquer que, parmi les monuments en cuivre qui se trouvent dans les églises de Paris, il en est qui sont de véritables chefsd'œuvre de l'art. 11 faut donc, avant de les faiie enlever, examiner s'ils ne doivent pas être conservés à la postérité et, dans le cas d'un doute à cet égard, prévenir le Comité d'instruction publique. » {Inventaire des autoijruphes et des documents historitjnes composant la collection de M. Bc^ijamin Fillon, 1877, Séries I et II, p. 42, n» 166.)

Il n'est pas jusqu'aux hommes les plus coupables ou les plus compromis, comme Sergent, qui ne puissent invoquer à leur décharge, en manière d« circonstance atténuante, le fait d'avoir pris quelquefois la défense da l'art à la Convention,

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