‹ Alexandre Lenoir (volume 2)Chapitre 151 sur 252 · CLXVI JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

CLXVI JOURNAL DE LENOIR

bien ses arrêtés *. Mais les Ministres passent; et, si les membres du Conservatoire se renouvelèrent aussi, ils se léguèrent toujours une incroyable animosité contre le Musée des monuments français, plus populaire et plus intéressant

1, A Paris, le 6 messidor au V.

« Le Ministre de l'Intérieur au citoyen Lenoir.

« J'ai pris en considératioa, citoyen, les deux demaudes que vous m'avez faites.

« Quant à la demande de vous autoriser à conserver définitivement, dans le Musée des monumens français, tous les objets compris dans la deuxième partie du Catalogne que vous avez fait imprimer, je ne puis donner une autorisation aussi étendue dans le moment même que j'ai chargé un juri d'artistes de choisir, dans les établissements d'art, les objets qui doivent composer les deux principaux musées de la République, savoir, à Paris le Musée central des arts, et, à Versailles, le Musée spécial de l'Ecole françoise. Mais soyez rassuré. Le Musée des monumens françois a aussi son système d'organisation qu'il conservera et qui assure son existence en le limitant. Ainsi, si tout ce qui est compris dans la deuxième partie de votre catalogue appartient au système des Monumens françois, vous le conserverez ; s'il s'y trouve des objets qui appartiennent au Musée central ou au Musée de l'Ecole françoise, il est dans l'ordre que les objets aillent à leur destination. L'organisation de trois musées est faite; elle est précise et les caractères distinctifs sont clairement et positivement énoncés; il faut que, les préposés des trois établissemens n'agissent que suivant l'organisation particulière du monument auquel ils sont attachés. Sans cela il pourroit arriver que, ne me rappelant point assez positivement une organisation arrêtée depuis longtemps, j'accordasse une demande qui n'y seroit pas exactement conforme et qu'après plusieurs concessions de cette nature la confusion s'introduisît entre des parties qui, quoi qu'analogues, sont distinctes.

« Lorsque je vous notifiai, au courant de germinal an IV, l'organisation que je donnois au Musée des Petits-Augustins, je fis connoître cette organisation aux conservateurs du Musée central et je leur recommandai de s'y conformer; c'est-à-dire qu'en même tems que je mettais à leur disposition les statues, vases, tombeaux antiques qui ne sont .point des monumens de notre histoire, ainsi que les colonnes précieuses qui ne font point partie des monumens appartenans au Musée spécial des Petits-Augustins et qui peuvent être nécessaires à la décoration du Musée central ou du Palais des Arts, je les prévenois que vous étiez autorisé à réclamer les objets qui appartenoient au système du Musée des monuments françois dont je leur recommandois l'intégralité. Je renouvellerai cet avis, s'il le faut; mais je vous réitère qu'il ne faut point s'écarter ni directement ni indirectement de ces bases organiques.

« Le juri a la mission de composer le plus parfait et le plus beau Musée central qu'il sera possi45le ; il faut donc lui laisser les éléments nécessaires et, dès qu'il ne peut point porter atteinte au plan du musée que vous dirigez, vous devez être assuré qu'il vous restera et des colonnes et des matières en quantité suffisante pour sa décoration, surtout en prévenant le juri et l'administration du Musée central.

« yalut et fraternité,

« BÉNÉZECH

INTRODUCTION. GLXVII

que n'aurait pu être le Louvre, si le Louvre n'avait été eu ce moment le dépositaire de tous les chefs-d'œuvre de l'Europe. L'immense concentration opérée dans le Musée central par les conquêtes des armées fit un moment diversion et détourna l'attention de l'aménagement de nos richesses d'art nationales. Mais la jalousie ne désarma jamais et ne cessa de poursuivre, par tous les moyens possibles, la disparition du Musée des monuments français. Malgré les bonnes dispositions de Chaptal, ce Musée ne fut assuré de vivre — et encore bien précairement — que quand Denon eut étendu la main sur lui en l'englobant dans la direction générale des Musées. Lenoir paya bien cher cette protection. Il l'acheta au prix du sacrifice de son initiative et de nombreux affronts. Dès que l'auteur AeiPriapées, le ci-devant protégé, de David, héritier des haines et de l'arrogance de ses prédécesseurs, eut, en badinant avec les beautés du Consulat, ramassé dans les bosquets de la Malmaison le titre de Directeur général des Musées nationaux ' et le droit d'être insolent avec l'ancien « gardien » du dépôt des Petits-Augustins, le Musée des monuments français cessa de s'accroître. Il fut toléré, voilà tout. Le gothique troubadour n'était pas mal vu en haut lieu. Plus tard, le jeune et beau Dunois de la romance, né sous les arceaux des Petits-Augustins, à l'ombre des cyprès et des urnes funéraires, au milieu de l'atmosphère sentimentale créée par Lenoir, le jeune et beau Dunois n'oublia pas,- dans les grandeurs, son poétique berceau. Sa mystérieuse influence ne cessa de planer et de veiller sur le tombeau d'Héloïse. L'écho de quelques refrains et les

1. A certains égards, Denon était parfaitement digne des hautes fonctions que sa liaison avec le premier Consul lui assura. Il les méritait par son intelligence, par sa science, par son courage dont il donna tant de preuves pendant l'expédition d'Egypte et en face des alliés en 1815. Sa direction fut relativement un long bienfait pour le Louvre. Mais le rusé diplomate savait bien que les qualités indispensables pour conserver longtemps un poste éminent ne servent de rien pour l'obtenir, et Denon n'était pas difiicile sur les moyens de parvenir.

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