‹ Alexandre Lenoir (volume 2)Chapitre 153 sur 252 · CLXX JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

CLXX JOURNAL DE LENOIR

habitudes de franc-maçonnerie administrative, d'admiration mutuelle et de silence complaisant. La France, qui a brisé si malheureusement ses plus grandes traditions nationales, a conservé les pires de ses routines, au nombre desquelles il faut placer, en première ligne^ le fétichisme professé pour ses institutions d'administration publique.

Ceci dit, j'ai tort peut-être d'accuser les hommes. Je les rends individuellement responsables des vices de leur époque. Ces hommes étaient tels que les avait faits le milieu dont ils sortaient. La Révolution française ne fut pas ce qu'on pouvait espérer d'elle, une évolution sociale mûrie par le temps et préparée par l'action naturelle et par le concours mutuel de tous les éléments qui composent une nation. Au lieu d'être le résultat de la constitution économique du pays comme toutes les modifications toujours patronnées par la monarchie, au lieu d'être le développement des traditions de la France et, si j'ose m'exprimer ainsi, l'épanouissement de son histoire, la Révolution fut purement et simplement une explosion de passions politiques. Saluée, par les naïfs, comme l'aurore d'une ère nouvelle, elle dégénéra dès le début en vulgaire insurrection, donna le spectacle d'une honteuse anarchie; et les honnêtes gens désillusionnés, sans souci de l'avenir, s'associèrent bien vite avec les premiers ambitieux venus qui leur promirent de les débarrasser du hideux cauchemar auquel avait abouti le rêve éphémère de la liberté. En somme, et comme résultat évident, elle siibstitua l'influence d'une classe de la société à Tinfluence d'une autre classe. Mais au fond, sauf l'étiquette républicaine^ sauf de malheureuses suppressions comme celle de l'organisation du travail et celle des organismes si vivants alors de la constitution provinciale, rien ne fut changé dans les théories combattues. Les mêmes principes, les mêmes idées, les mêmes préjugés dominèrent sous des noms différents. La bourgeoisie, qui exploita la Révolution

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