INTRODUCTION. CLXXI
à son profit et qui parvint à l'enchaîner en s'alliant au despotisme, était tout aussi sceptique qu'une partie de la noblesse et du haut clergé qu'elle remplaçait. Elle était voltairienne. Pour elle^ l'art ne fut qu'un passe-temps et un délassement sans aucun but moral. Ce n'était ni l'exercice d'un droit de l'intelligence ni l'accomplissement d'un devoir ; la science historique n'était qu'une agréable distraction, une variante de la parade des boulevards, le circenses des citoyens qui gagnaient leur panem en « travaillant » à l'Abbaye. Un musée, pour les ministres des premières années de la République *, ce n^était pas une collection de monuments scientifiques ou de modèles propres à la jeunesse studieuse, ce fut, avant tout, un plai^^ir des yeux pour la foule inintelligente, le jeu du cirque des empereurs romains, la tranquillité des gouvernants tandis que leurs administrés s'amusent. Ces hommes, niaisement épris de l'antiquité romaine, en partageaient toutes les erreurs et tous les préjugés. Pour eux comme pour les Romains, l'art était l'embellissement des loisirs d'un homme de guerre ou d'un homme politique, mais rien de plus. Inutile de rappeler ce que Jean-Jacques Rousseau a écrit et ce que les théoriciens à la mode pensaient alors des arts ^.
Que fait le plus doctrinaire et peut-être le plus honnête des Girondins, Roland, en 1792, quand il veut organiser le Muséum de la nation ? S'adresse-t-il aux premiers savants du pays, aux plus grands artistes, et il y en avait? Pas du tout, il recrute un personnel composé en majorité de gens obscurs, de peintres de quinzième ordre ; il installe ainsi un Conservatoire de commis et de tapissiers. Bien plus, il ne se sent pas encore rassuré par la nullité de ses préposés ;
1. J'ai montré de très-honorables exceptions, à la fin du règae de la Convention. Les véritables principes en matière de musées furent alors proclamés, mais l'application n'eu fut guère possible. Le serait-elle aujourd'hui ?