CLXXIV JOURNAL DE LENOIR
Cette foi a fait et fera vivre son œuvre. Détruite en apparence, cette œuvre est théoriquement plus vivante qu'une partie de la moderne organisation de nos musées nationaux *. Passe un souffle d'intelligence avec le marquis de Laborde, et tout le bagage longtemps accumulé au Louvre sans préoccupations historiques, sans principes et sans méthode, a été remanié. Lenuir, au contraire, avait, dès le début, donné à ses collections une bnse raisonnée et scientifique. Non-seulement son musée sera recréé avant vingt-cinq ans, mais rien ne sera changé au principe qui avait présidé à sa formation. Non, le nmsée des Petits-Augustins n'est pas mort. L'œuvre avait une telle cohésion, une telle vitalité que ses débris, dispersés partout, tendent toujours à se rapprocher et s'agitent encore jusqu'au fond des caveaux ou quelques-uns d'entre eux moisissent 2. La reconstitution du Musée des Monuments français sera un besoin de l'avenir. Elle s'imposera à la Commission des Monuments historiques quand celle-ci aura épuisé son action sur l'architecture. Le Louvre, entré depuis longtemps. Dieu merci, dans la voie scientifique, montrera avec orgueil, en face de ses incomparables collections de peintures modernes et de sculptures antiques, le rétablissement raisonné du Musée des monuments français. Honneur à Lenoir !
Ce travail ne pouvait pas donner la biographie de Lenoir inséparable de l'histoire complète de son Musée. Il n'a eu qu'un but : faire comprendre à qui la postérité doit ce qui
plus éclatant démenti. Dans le même Avant-propos, p. 4, Lenoir disait : « Malgré les observations multipliées de divers artistes, j'ai constamment sollicité le transport des monuments du moyen âge qu'ils regardaient commis inutiles aux arts. » Lenoir, malgré sa profonde ignorance, était doué de l'esprit scientifique au suprême degré.
1. Le marquis de Laborde ne comprenait pas qu'on maintint, après 1848, la division de la sculpture du moyen âge et de la renaissance entre Versailles et Paris. Il commença à faire rentrer au Louvre un certain nombre de pièces importantes. Mais il ne put achever son œuvre.
2. Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris, 1875, pp. 162 et 163.