‹ Alexandre Lenoir (volume 2)Chapitre 2 sur 252 · AVERTISSEMENT. III · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. III

et les La Harpe de Fart, une coterie d'hommes importants conspira pour écarter de ces objets sacrosaints, comme une souillure et une profanation, toute investigation scientifique. On vit des personnages, se proclamant grands prêtres de la religion nouvelle, affirmer leur admiration comme un dogme et dédaigner ou proscrire tout examen comparatif. On exposa des modèles; on ne discuta pas des monuments. Pouvoir raisonner devant un chef-d'œuvre, c'était déclarer lui être insensible. Traiter une statue comme une inscription, la dater, la commenter comme un document ordinaire, lui demander d'être contemporaine de l'époque qu'elle représente, se permettre de lui réclamer ses papiers, enfin exiger d'elle la production d'un état civil, c'était commettre un crime contre l'art et montrer les bornes de son esprit. Ces infimes questions étaient déclarées tout au plus dignes des archéologues. Peu importait, disaient ces audacieux mystificateurs, de quelle époque, de quel pays, de quel auteur fût telle ou telle œuvre, quel sujet, quel personnage elle représentât. Quelqaes-uns, en s'agenouillant devant les plus grossières contrefaçons, allèrent même jusqu'à prétendre qu'il était indifférent que la pièce admirée fût vraie ou fausse, moderne ou ancienne, originale ou pastichée. 11 suffisait qu'elle parût abstraitement belle, en dehors des conditions de lieux et de temps. Cette théorie eut naturellement beaucoup de suc-

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