‹ Alexandre Lenoir (volume 2)Chapitre 68 sur 252 · LXXVIII JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

LXXVIII JOURNAL DE LENOIR

Quelques mois plus tard, en floréal an III, le Musée était débarrassé de ce club d'hommes de goût qui, en tant que conservateurs, considéraient leurs fonctions comme une sinécure, et entwidaient n'opérer le triage ordonné que dans l'enceinte du Louvre, sur les tableaux du ci-devant roi et sur le mobilier dont ils se servaient.

Je ne puis, sans fatiguer le lecteur, dérouler ici en détail les annales du Conservatoire du Muséum, devenu, à partir de 1795, le Conseil d'administration du Musée central des arts. Je retracerai seulement les incidents qui mirent fin à l'organisation républicaine du Louvre. On y verra les arts, comme tout le reste, asservis à la volonté du Premier Consul et prosternés aux pieds du futur empereur. Rien n'échappe à l'influence politique, et on retrouve, jusque dans les calmes sphères de l'administration de nos musées, les conséquences des entraînements de l'opinion publique qui préparaient l'Empire. Le peu que la République avait réuni au Louvre, en dehors des conquêtes de nos soldats et des richesses dilapidées des rois de France, allait devenir la proie de l'ambition d'un homme. Après tout, l'administration républicaine des musées, si ridicule au début et trop longtemps inintelligente, rendit presque légitime la confiscation de ses droits au profit d'un directeur omnipotent nommé arbitrairement par le chef du pouvoir exécutif.

A partir de l'an VIII, les jours du Conseil d'administration du musée étaient comptés. La lecture des procès-verbaux du Conseil révèle immédiatement l'existence du péril qui le fera infailliblement succomber. En ventôse, commencent les exigences de Bonaparte. Le Premier Consul veut se meubler, à la ville et à la campagne, aux frais de l'Etat. Le 3 ventôse an VIII, dit le procès-verbal de cette séance, « le Ministre de l'Intérieur, informé' qu'il existe dans les magasins du Musée des effets mobiliers qui ne sont pas nécessaires pour cet établissement et qui conviendront parfai-

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