‹ Alexandre Lenoir (volume 2)Chapitre 89 sur 252 · XCVIIF JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

XCVIIF JOURNAL DE LENOIR

à les détruire, et faire de cette destraction « le principal ou l'accessoire » d'une réjouissance nationale ? Avouons que les lyriques admirateurs de l'époque républicaine, Hennin, Renouvier, Despois sont morts à temps. Voilà une délicieuse fête, une gracieuse idylle rêvée par leurs puissants héros qu'ils n'ont pas connue et qu'ils étaient trop honnêtes pour pouvoir chanter. Conception grandiose et bien dans l'esprit révolutionnaire, belle allégorie où l'on aurait vu la Nature triomphant de VArt, le Feu purifiant la Terre des produits de la « tyrannie » et de « l'imposture religieuse ! » De quel imposant spectacle aurait-on joui si, pour un grand anniversaire, un jour de navet, de betterave ou de carotte de l'an II, le télégraphe récemment inventé avait donné l'ordre de faire « flamber » d'un bout de la France à l'autre tous les (( monuments qui rappelaient la Royauté ou le Fanatisme ! » La fête générale n'eut pas Heu, mais la pensée ministérielle fut comprise partout et partiellement réalisée*. Elle avait même été devancée à Paris. On y entassa, d''office, un grand nombre de portraits « féodaux » chez Lenoir ; on lui en fit tenir un registre dont Chaumette eut un double -, et le nonidi ou la veille des jours fériés, on venait en réclamer quelques-uns pour célébrer la fête du lendemain en les brûlant sur les places publiques ^. On avait soin, de temps en temps, de subvenir aux besoins de la consommation et de ménager l'approvisionnement des plaisirs du peuple *. Sans compter les objets d'orfèvrerie, les marbres et les bronzes, dont la suppression était plus lente et plus dispendieuse, on détruisit, dans le seul dépôt de Lenoir, du 9 brumaire au 2 frimaire au II, c'est-à-dire en moins d'un • mois, quatre cent trente-quatre peintures reçues et livrées

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