‹ Alexandre Lenoir (volume 3)Chapitre 18 sur 207 · XXIV JOURNAL DE LENOIR · texte numérisé non relu

XXIV JOURNAL DE LENOIR

àCarrîer ou même au tribunal son justicier, ceux qui, pour parler la langue de l'époque, échappèrent à la « baignoire nationale ^ ? »

11 s'agissait, dit-on, de fonderies collectionsde la France. La nation n'en possédait-elle pas déjà? Qu'est-ce donc, historiquement, que le Musée du Louvre? Pour connaître ses origines — si on voulait considérer chaque objet individjiellement ou môme groupé avec des objets similaires dans les mains de ses premiers possesseurs ou dans ses dispositions primitives, — il faudrait, en bien des cas, remonter aux plus hauts temps de la monarchie française. Ce travail d'a-

i. Lorsqu'une partie de cAie préface a paru podr la première fois dans la Revite des questions historiques^ on m'a reproché la vivacité de certaines expressions et, entre autres, celle de « baignoire nationale. » Voici ma réponse : W est facile d'être modéré quand on est ignorant. Ce sont les assassins euxmêmes et les autres agents de la République qui donnaient à la mer et à la Loire le nom de « baignoire nationale ». On peut consulter les journaux du temps. Quand je fais du mot national une application aussi odieuse, je me borne à reproduire un langage offlciel émanant d'autorités révolutionnaires. De plus beaux noms que celui-là ont été prostitués par elles. Je livre aux méditations de mes censeurs les textes suivaqts :

a Le général Dutruy à Carrier, de Tisle Morat, 14 nivése. Victoire f..... Je suis arrassé (sic) et je couche ce soir à Noirmoutiers ; tout est pris ; tout est à nou^ : Delbée, Dubois, Tinguis, d'Autherive, Muscey, tous les chefs des brigands sont sous la clef, et le rasoir national finira la fête. Signé : Dutruy. a {Journal historique et politique, n» du 10 janvier 1794.)

a Angers, 11 nivése; au maire de Paris. — « On nous fera plaisir, de nous envoyer les détails de la fête qui a eu lieu à Paris décadi dernier, avec les hymnes qui y ont été chantés. Nous crierons 9 Vive la République ! ainsi que nous avons coutume de faire quand notre sainte mère Guillotine travaille. Elle a fait depuis trois jours la barbe à 11 prêtres, à un ci-devant et à une ci-devant religieuse, à un général et à un superbe Anglais de six pieds, dont la tête était de trop. Elle est dans le rac aujourd'hui. On a fusillé aussi en trois jours environ 800 brigands au Pont-de-Cé, et jette leurs cadavres dans la Loire^ etc.. » {Journal historique et politique, même numéro.)

Extrait d'une lettre du citoyen Levai, général de brigade, division du général Lefèvre, de Fraukendal, près Manheim,

... Des miracles s'opèrent tous les jours. Nous t'adorons, ô sainte Guillotine ! Que tu as bien faiti Tu vaux mieux qu'une bataille de cent mille hommes. Ça va et ça ira ; vive la Montagne ! {Journal historique et politique j n» du 4 février 1794.)

On pourrait multiplier facilement ces textes. Ils serviront, pour un Littré futur, à établir le sens révolutionnaire du root national et à faire connaître quelle fut la patronne de la Révolution.

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