Journal de Lenoir; n»! 15t, 293, 357, 190, iU
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tute du moyen fige et de la Renaissance, les agents de la République, conservateurs attitrés de ses collections. On verra la Convention, la Commission des monuments, la Commission temporaire des arts, le Comité d'instruction publique, le Comité de salut publicloi-méme, — quoique Boimés de pensées différentes, — remplis tous quelquefois d'une véritable bonne volonté, mais impuissants la plupart du temps à lutter contre une force occulte, parfois inconsciente, qui était l'âme de la Révolution et la poussait h proscrire le passé sous toutes ses formes, surtout dans la pierre, dans le marbre et dans le bronze. Ces divers pouvoirs, obéis quand ils commandaient de détruire, ne l'étaient plus quand ils'ordonnaient de conserver. Révolution signifiait pour les rtiasses anéantissement et disparition du passé, et l'origine impure d'un gouvernement, né au milieu des horreurs de septembre 92, inocula malheureusement au régime républicain un virus d'une incurable activité. En vain la Convention ■voulut-elle réagir, changer ses prescriptions. Et je suis le premier à constater qu'elle le fit dans le domaine théorique et législatif. Mais elle ne changea pas et elle ne pouvait pas changer les mœurs, les idées et le tempérament révolutionnaires. Tout ce qui n'avait pas disparu dans l'ivresse de la première heure de vandalisme, n'obtint pas, comme on l'a tant de fois répété, grâce définitive. Acquitté par un premier jugement, tel monument était condamné en appel, au mépris quelquefois de la volonté du législateur. Le service spécial créé parla Convention pour former les collections nationales, passa son temps à proscrire les œuvres d'art, à repousser celles qui demandaient un abri, h conspirer contre le but de son institution. H y eut proscription légale, acharnée pendant plus d'une année '.
1. Le décret,' qui défend de détruire ou de mutiler les tnonaments sous préteite d'en faire disparaître les signes de féodalité, date seulemeut du 2S J)cli)brel793. Oa avait commencé à briser en août et septembre 17I1S.
INTRODUCTION. XSIir "
Il y eut proscription tacite, sournoise, bien plus longtemps encore. L'abstention ou l'indifférenoe fut une des formel revêtues par la haine. On abandonna aux causes de destruction connues ce qu'on n'osait plus mutiler directement, comme aux plus beaux jours de 1793.
Que serait-il arrivé si, de 1792 à 179S, un homme, h ses risques et périls, et la plupart du temps sans mandait puhliv, ne s'était pas rencontré pour cacher, abriter et panser les proscrits, les estropiés et les méconnus; ? La Convention nationale n'aurait pas pu exercer sa tardive clémence. En effet, la Convention .expirante, o'^est-à-dire la Convention sans Girondins, sans Montagnards, débarrassée de l'influence des clubs, complètement renouvelée et assagie, la Convention revint à, des sentiments plus humaine et plus intelligents. Elle accepta, sans trop d'arrière-pensée, le fait accompli en dehors d'elle. Elle adopta in extremis <, plus ou moins consciemment, la pupille de Lenoir. Elle laissa le Comité d'instruction publique transformer le dépôt des Petits- Augustins, qui n'était comme les autres qu'un bureau de vente, en un musée fixe et permaneiit (9 vendémiaire an IV, 21 octobre 179iS). Un ministre du Directoire prépara une très-judicieùse et trèe-intelligente organisation du futur Musée des monuments français (19 germinal an IV, 8 avril 1796). C'est un fait trop linparfaiteraent connu, et que j'établirai d'une manière indiscutable, parce qu'il faut dire toute la vérité. Ce fut un acte de bonne politique et de souveraine habileté. Mais, si ta Convention, à son agonie, laissa vivre la victime qu'on avait arrachée à sa mortelle étreinte, il ne s'ensuit pas qu'un bourreau ait le droit d'exiger de la reconnaissance du condamné qu'il aurait inconsciemment épargné. Que doivent, par exemple,
1. La Coûvenllon te dispersa le 4 brumaire an IV, 26 octobre 1795. llinq, jours avant la diasolution, avait-elle pleine conscience de ce qu'elle laÎMail
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h Carrier ou même au tribunal son justicier, ceux qui, pour parler la langue de l'époque, échappèrent à la « baignoire nationale * ? »
11 s'agissait, dit-on, de fonder les collectionsdelaFrance. La nation n'en possédait-elle pas déjà? Qu'est-ce donc, bistoriquement, que le Musée du Louvre? Pour connaître ses origines — si on voulait considérer chaque objet individuellement ou même groupé avec des objets similaires dans les mains de ses premiers possesseurs ou dans ses dispositions primitives, — il faudrait, en bien des cas, remonter aux plus hauts temps de la monarchie française. Ce travail d'a-
1. Lorsqii'an» partie de cette préface a paru po;ir la première foi; dans !a Revue des questions historiques, on m'a reproché U Tivacilé de certaines aipreuions et, entre autres, celle de « baignoire nationale. » Voici ma réponse : Il eit iïcile d'fiire modéré quand ou est Ignorant. Ce uni les aisaEEine euiniémes et les autres agents de la République qui doanaienlàlainer et à la Loire le nom de o baignoire nationale a. On peut consulter tes journaui du temps. Quand je fais du mol national une application aussi odieuse, je me bome à reproduire un langage olficiel émanant d'autorités réviriultonnaires. De ptua beaui noms que celui-là ont été prostitués par elles. Je livre aux méditationa %e mes censeurs les telles suivants :
« Le généralDutrujàCarrier, clerisleMoral,14niTAse.Vicloiref..... Je suis arraaré {sie) et je couche ce soir i Noi rmou tiers ; loul est pria; tout esta nous : Delbée, Dubois, Tinguis, d'Autherive, Uuscey, tous les chefs des brigands sont sous la clef, et le rasoir nalionnl finira la fSte. Siga6 : Dutru;. » {Journal historique et politique, n» du lOjanïier 1794.)
a Angers, 11 niiâse; au maire de Paris. — n On nous fera plaisir de noug eniojer les détails de la Tète qui a eu lieu à Paris décadi dernier, avec les hymnes qui y ont été cliantéa. Nous crierons : Vive la République ! ainsi quo nous avons coutume de faire quand notre sainte mère Guillotine lr»vs,\[\e. Elle a fait depuis trois jours la barbe k 11 prêtres, à un ci-devant et à une -ci-detant religieuse, i on général et à un superbe Anglais de dix pieds, dont la tâle était de trop. Elle est dans le rac a^jourd'hut. On a fusillé aussi en trois jours environ 800 brigands au Pont-de-Cé, et jetlé leurs cadavres dans la Loire, etc.,. K {Journal historique et politique, même numéro.) Extrait d'une lettre du citoyen Levai, général de brigade, division du général Lefèore, de Fraukendal, prés Uanheim.
... Des miracles s'opèrent tous les jours. Nous t'adorons, A sainte Guillotine ! Que tu as bien faill Tu vaui mieux qu'une balaille de. cent mille bo-nmes. Çn va et ca Ira ; vire la Montagne ! {Jountal historique et politique, o" du 4 février 179*.) - ' -
On pourrait maltipller facilement ces textes. Ils serrïront, pour un Liltré futur, k établir le sens révolnlionnaire du mot national et à faire connaître quelle fui la patronne de la Révolulion.
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