INTRODUCTION. LV
sion — en dehors de toute compétence spéciale comme ci-devant, — il fallait être ou passer pour une « victime de l'orgueil académique » ; il suffisait d'être un pur sansculottes et de se. faire agréer par David, comme plus tard il suffira souvent d'être gentilhomme et d'être appuyé en haut lieu. La Convention décida, le 16 janvier 1794, que la Commission primitive serait remplacée par un conservatoire formé de dix membres, répartis en quatre sections ainsi composées : Peinture : Fragonard, — Bonvoisin, — Lesueur, — Picault. 5c«/j»ï«re; Dardel, — Dupasquier./lrcAtiecture : David -Leroy, — Lannoy, Antiquités: Wicar, — Varon '. Malgré le pompeux éloge ^ des nouveaux élus, fait
1, Voir, dans le Moniteur officiel, la séance de ta ConTention du 27 nivfl«o an II. Réimpression du moniteur, t. XIX, p. 226 et suivanlea.
2. David disait, dans son Rapport à ta Convention sur la suppression de la Commission du Muséum, pp. 5 et 6 : s 11 me reste, citoyen, à vous dire un mot sur les motifs qui ont dirigé le choji' Tait par votre Comité d'iDStruction publique pour composer le nouveau Couservaloire du Musâum des arts. Fragonard a pour lui de nombreui ouvrages ; chaleur el originalité, c'est ce qui le caractérise ; à la fois conaaisseur et grand artiste, il consacrera ses vieux aas à la garde des chefs-d'œuvre doot il a concouru, dans sa jeunesse, k augmenter le nombre. Bonvoisin : il a pour lut son talent, ses vertus et un refus de ta cidevant académie. Le Sueur, jeune et interdisant paysagiste, entendant très-bien la tenue administrative que l'on peut établir dans un Con:erTatoire. Picault, restaurateur de tableaui, le plus entendu dans cetl« partie. Voilà, citoyens, pour la section de peinture.
o Pour la sculpture, nous tous proposons DardeF, t^le active el républicaine, rempli de talent et doué d'une lieureuse imagination ; Julien, je n'en dirai qn'un mot : il a sculpté Jean La Fontaine et Jean La Fontaine est tout entier dans son image. (Julien fut remplacé tromédiatement sur|la liste par Antoine Joseph Dupasquier, sculpteur.)
■ En architecture, nous vous indiquons Delannoj, artiste à la fois correct et grand, autant que ces deui qualités peuvent se réunir, faisant^ sortir le beau de l'utile, l'ornement du sein de la simplicité même; David-Leroi, artiste et homme de lettres, connu par ses recherdies et par ses écrits sur l'architecture civile el navale des anciens.
■ Pour les anliquilés, nous vous proposons Wicar, dessinateur justement célèbre, connaisseur eiercé par le loog séjour qu'il a fait en Italie et notamment à Florence : on a gravé d'après ses dessins toutes les pierres antiques du. Muséum deFloreQce;VaraD, avantageusement connu comme artiste ethonunede lettres. C'est lui qui a composé les hymnes chantées à la fête de la réunion, le 10 août ; il a fait deux voyages en Italie aUn de perrectionner son goût pour les arts ; sans toutes tes perséculions qu'onl éprouvées les artistes français i Borne, il eût achevé un ouvrage pour servir de suite aux Jfonumenii ùiediti
LVI JOURNAL DE LENOIR
par David, et les nombreuses vertus dont il les qualifia tous, la France ne gagna guère au change. Les « viles créatures '" de Roland et leurs valets,» comme les appelait le rapporteur officiel du Comité d'instruction publique, furent, il est vrai, remplacés par des patriotes animés a de cet amout' brûlant de la liberté sans lequel il est impossible de servir utilement ni les arts ni la patrie * » ; mais les savants sérieux furent aussi bien exclus du Conservatoire qu'ils l'avaient été de la Commission, Wicar, l'amateur intelligent que la politique avait momentanément affolé et qui a si bien prouvé depuis qu'il était capable de composer une collection, ne put rester plus de six mois dans cette galère. Après le 9 thermidor, « son amour de la liberté » parut sans doute trop « brûlant », et on se servit de quelque misérable prétexte politique pour écarter le seul érudit qui, avec David Leroy, se fût fourvoyé aii milieu de cette bande de fonctionnaires.
La pauvre Commission du Muséum, transformée, à partir du 27 nivôse an II, en Conservatoire, fut continuellement dans un état flottant et mal défini. Remaniée h chaque instant, allongée, diminuée, divisée et subdivisée, elle n'aurait pu avoir aucune suite dans les idées, si ses membres avaient voulu se transmettre autre chose qu'une déplorable . routine et une admfnistrative inertie combinées avec la manie d'épurer et la rage de détruire. Car on doit éviter de tomber dans le piège où Villot' s'est laissé prendre. En prûrial an II \ Varon, l'homme de lettres de l'endroit, pré* senta un compte rendu très-fardé des opérations du Conservatoire et une esquisse très-habile de ce que devait être le Musée de la République dans un nuageux etlointain avenir.
de Winkelmann, ouvrage presque Bai et dont la nation Mure bien uturer la