INTRODUCTION. - LVII
Rien de plus flatteur, et, dans certains cas, de plus judicieux, que ce taHèau. Mais on Ta voir, en fait, comment les Conservateurs s'appliquèrent à préparer cet avenir. Quand on compare leurs actes à leurs paroles, ou a le droit de douter de leur sincérité. Je n'ai pas à entrer dans le détail de l'or* ganisation du Conservatoire du Muséum des arts. L'histoire de la succession du personnel demanderait seule un long développement ' . Je n'ai d'ailleurs à apprécier individuellement ni aucun personnage, ni aucune période déterminée
1. Le 2 août 1791, noDTelIe modiflcatioa. s Ce 19 thermidoc ut deniièma de la République fïançuse. — Le Comité (d'instniclion publique) arrête le reDOuvellemeot de tous lea étiblÎBaeineDts eouceruanl les Bite faiU par DKTÏd et l'épuralioD de lous les membres du Muséum où il n'y aura plua de lectioni ; de le composer de sept membres seulemeut aa lieu de dii, saToir Reaaud (Regnaull), — LangUer, — Pîcault. — Dupaiiquier, — deVailly, — VarroD, — Watté. Le ComiU arrête en outre que Fragnnard, BeauToîsln, DaTÎd-Leroj et Lannof seront coaseivée dans la CommissioD temporaire des arts. » (Eitiait du registre des délibérations du Comité d'instruction publique.)
Cet arrêté n'eut pas un effet complet; une partie de l'ancien Conserratoire reeta eu fonction.
Le 17 thermidor au deuiième de la Républiqae, les CC, Lesueur et Vioart, tous deui membres du Conservatoire du Muséum national des arti et de ta Commission dés arts adjointe au Comité d'instruction publique, présentent leur démission, de l'un et de l'autre emploi. Elles eont acceptées. > (Eitrait du registre des délibérations du Comité d'instruction publique.) Cette double démission n'était pas nécessaire, en ce qui concerne l'emploi de membre du Conservatoire, puisque l'arrité du 15 a'avait maintenu en fonction* Di Wioar ui Varon.
En floréal an III, c'B3^à-di^e en mai i'i95, il fallut encore licencier le Conservatoire de David, que l'épuration de 179i n'avait pas amélioré, parall-il.
a Arrêté du Comité d'instruction publique :
s Floréal an III. — Le Comité, considérant qu'il est urgent d'accélérer l'organisation da Muséum national des arts, de prévenir les dégradations auxquelles sont exposés les chefs-d'œuvre qui'sonl dans les dépdts provisoires et de mettre un ordre stable dans l'administration d'un établissement aussi uUle pour les arts, arrête : — Article premier Le Conservatoire du Muséum national sera à l'avance composé de cinq membres, savoir : les citoyens Robert, peintre, Fragooard, peintre, Viocerit, peintre, P^ou, sculpteur, Picaiill, restaurateur de lableaui. -~ Article 2. Il y aura un lecrétaice nommé par le Conservatoire. [Ce fut un nommé FouberL) — Article 3. Les membros du Conservatoire qui seront supprimés par le pr^at arrêté resteront membres de la Commission temporaire des arts. »
Le 3 pluviése an V nouvelle organisation. — > Séance extraordinaire du B pluviAae' an V. — Il résulte de cet acte minislériel que le Musée central sera dirigé et admloislré par un conseil d'artistes, un adminbtratear et un
iirm ioimtikL de lenoir.
de l'existeDce 3e cette piteuse admiaistratioD. Je la montrerai collectiveraent à l'œuvre sous la Révolution. Je l'apprécierai d'ensemble, comme l'a fait un ministre très-éclairé de la première République, dans une lettre * où il constate
Afljoint. Trois des membres du Conserrslmre teronl partie de ce conseil et deux aotrea artistes ; Eonl appelés, savoir : les citoyeDs Suvée et JoUttin, peintres; le citoyen Léon Durouniy, comme tidniiDislrstear et membre du Conseil. Le citoyen Foubert, secrétaire du Coniervatoire, est nommé membre du Coneeil et adjoint! l'administrateur. La décision du Ministre pour l'eiécntion de cet acte eat datée du 3 pluiidee, présent mois, n Lavallée flls futdéùené comme secrétaire. (Rcg-islre des délibérations du Conservatoire.)
1. Paris, pliiviâse an V de la République française une et indivisible. — te Ministre de l'Intérieur atiX conserEaieurs du Muséum central des arts. — L'importance do Muséum fixe, depuis sa formation, les regards de tous ceux qui exercent ou qui aiment les arts. Jusqu'ici l'autorité publique n'a pas paru \'ea occuper assez. Les circonstances en sont tara doute la cause. Mais le gouveniement conslitotionnel ne peut pas négliger un établissement aussi précieui et qui doit avoir une si heureuse influence sur le génie et sur l'industrie nationale .
■ Il faut que dans cet établissement tout porte un caractère d'ordre, de dignité et d'utilité publique. Jusqu'i présent le public et les artistes n'ont pat semblé satisfaits sous ces différents rapports et, après avoir examiné attentivement la manière dont le Muséum a été dirigé et administré depuis son origine, j'ai senti que le gouvernement n'aurait jamais dû être satisfait iuL-méme que du liie individuel que chaqoe artiite a pu mettre à bire ce qu'il croyait bien- Maïs il j a souvent fort loin de celte bonne volonté individueUe ou même col- - lective à une bonne administration. Je crois que le Conservatoire actuel a eo les meilleures intentions, cependant, soit que le système d'organisation eiigeU réellement trop de temps des artistes qui le composaient, tous n'ont pas montré le même zèle, la même assuidilé ; tous n'ont pas pris également part au service public. Le. fardeau n'étant point partagé également devenait trop pesant pour ceux qui en restaient chargés et l'administration ne pouvait plus ètie régulière. Je suis persuadé que cet inconvénient provenait de deui vices de l'organisation faite par le comité d'instruction publique ; premièrement de ce qu'elle exigeait de [ait trop de temps de la part des conservateurs, es qui les aurait forcés, s'ils s'étaient eulièremeot dévoués au service du Muséum, à renoncer aux travaux qui intéressent leur gloire et leur fortune. Je pense qu'avec cet inconvénient en ne pourrait jamais placer auprès du Muséum que des talents inférieurs. Ce qui nuirait è la considération que doit avoir l'établissement. J'ai voulu remédier à ce vice en laissant, dans la nouvelle organisation, aui artistes qui composeront te Conseil d'administration du Musée central du loisir pour leurs travaux. Ils en auront aussi plus de dignité dans l'établissement.
■ L'autre vice de l'oi^anisation du Comité consiste, ce me semble, à eiiger que des artistes deviennent des administrateurs, ce qui est tout opposé à leur éducation primitive, à leur génie et contraire à leur manière d'être habituelle. Il peut s'en trouter quelquefois i. qui ces soins conviennent, maU c'est par exception. Il n'est donc point él<inaant que le Conservatoire n'ait pas formé une bonne adminlslraUoa. Mais les conséquences en sont graves, quelque innocente
INTRODUCÎrON. LIX
et condamne l'impuissance si regrettable du Conservatoire républicain de 1792 à 1796.
Le sentiment qui domina, dans l'esprit des arbitres des arts pendant la Révolution, fut le besoin d'une double éparatioa. Épuration au point de vue politique ; épuration au point de vue esthétique. On connaît les résultats de l'épuration politique. C'est elle qui fit rendre les décrets funestes à tant de monuments. Mais ce qu'on sait moins, c'est que, bien-avant Grégoire, dès le mois d'octobre 1793, de courageux citoyens avaient signalé au gouvernement républicain les dangers du fanatisme inconoclaste. A côté de la destruction systématique des monuments et de leur anéantissement pur et simple, ordonné d'abord, puis toléré seulement, la France souffrait d'une autre cause d'épuisement. Elle per-
qu'ait pu Mra la. caaae et, pour ae parler que de la dépense, voua serai sang doute étonnés Tous-méoies, citoyeDs, d'apprendre que, sans que j'aie permis d'oreanieerles trayaui de restauralion el quoique Ifis dorures aient été suspendaes, la dépense do votre élablissemenl se monte, pour treiîe mois, en caloulaat la valeur relative di^s assignats et des mandata sur le cours, à une somioe de plus de 160,000 livres, valeur métallique. Il est impossible de ce pas être surpris de cette dépense, de la facilité avec laquelle voua l'autorisez et peut-être même de l'irrégularité adminialratiire dont celte facilité a dû nécessairement être cause. Si je vous faisais des rapprocbemenle avec d'autres parties de service public, votre étonnemeat serait plus grand encore, et si je tous demandais ce qu'a produit eu résultat cette énorme dépense, eicepté la pose d'un parquet qu'il n'a pas fallu payer puisqu'on l'a tiré des magasins de la République, vous ne pourriez vous empêcher de convenir qu'il est très^importanl, même pour votre tranquillité, d'établir uu système d'administration précis et combiné de telle sorte que vos talents et vos lumières soient utiles, sans vous imposer des devoirs et des embarras qui ne vous conviennent point. C'est ce que je me suis proposé dans l'organisation cî-joiate. J'ai cru devoir vous eiposer mes motifs afin que vous y reconnaissiez que l'intérêt public seul m'a dirigé. Je recommande avec instance aux membres du Conservatoire qui restent dans l'adminis- Iraliondu Musée central des arts de se pénétrer des principes sur lesquels pose celle organisation et de s'y conformer avec précision. J'attends beaucoup de l'aotour qu'ils ont pour les arts et de leurs sentiments de civisme. Q^ant à ceui que j'ai le regret de ne pas conserver k ce poste, je chercherai à rendre leur xÈle utile auT arts et i les servir personnellement. La nouvelle organisation date du i" de ce mois et j'invite l'administration du Musée central des airls â entrer sur^je-champ en fonctions. Salut et fraternité.
LX JOUBNAL DE LENOIB.
dait 80D sang par toutes les veines qu'on lui av^t ouvertes. On vendit pendant plus d'un an & Versailles *. On vendit pendant plus de cinq ans h lliAtel de Ne^le et dans beaucoup d'autres dépôts. On vendait dans tous les palai.^, dans tous les ch&teaux, dans toutes les églises de la France. Presque toutes ces richesses, adjugées au prix qu'elles avaient coûté, passtdent h l'étranger. Les contemporains, aveuglés par leur haine, ne l'ignoraient pas :
aJ'eslendE d'excellents patriotes, de zélés républicains dire, avec la naïveté la plus désespérante pour tout homme instruit, qu'il faut, dans toutes les bibliothèques, cabinets d'estampes, effacer les armoiries, arracher les frontispices, les dédicaces où il est question de rois on de princes, fondre -les médailles des rois et des empereurs, faire des canons * avec les précieux bronzes de tout modèle qui attestent les grands talents des Grecs et des Romains ou qui sont au moins des monuments historiques, effacer les reliefs oii sont retracés les crimes des rois ou, si l'on veut, le petit nombre de celles àp leurs uctions que la flatterie a gratifiées du nom de glorieuses *. n
a Depuis trois années te féroce et astucieux Pitt, l'immonds Catherine et tous les capitalistes de l'Europe, profitant de l'avantage prodigieux qu'ils trouvent sur les changes, travaillent sans relftche à nous priver de nos morceaux les plus précieux. Us n'ont déjà que trop réussi , de nombreux émissaires achètent ici tout ce qu'ils croient devoir plaire à leurs maîtres ; et celte sourde guerre qu'ils font à la France littéraire n'est pas moins active que celle qu'ils dirigent de la manière la plus atroce contre notre liberté *. >
1. Vojei : Buon Ch. Danllier, la Vente du mobilier du château de Vertailtet pendant la Terreur. Paris, 1S77, ia-8'>; le Cabinet du due eCAumonf,
2. n Atbc loutm les médailles du cabinet national on ne pourrait parvenir i faire la moitié d'an petit canon, et aa détruirait des trésors inapprédabies. a {Note dei au(ewi.)
3. Observations de quelques patriotes sur la nécessité de conserver les monuments de la littérature et des arts, Paris, te vingi-cinquième do premier mois, l'an deuxième de la République française une et indï^sible, par Ant.-Aug. Reaoïiaid, Cbardiu et Gharlsma^e fils.
I, Observationi, de quelques patriotes, etc., p. H et 12.
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INTRODUCTION. LXl
Je n'insisterai pas sur les résaltats de l'épuration prescrite par le gouvernement révolutionnaire au point de vue politique. Us sont trop évidents, indiscutables, et Grégoire les a flétris d'une main toute démocratique. J'ai besoin, au contraire, de montrer ce que produisit l'épuration esthétique, beaucoup moiiis connue et non moins funeste que la première.
On lit dans le Rapport et projet de décrets relatifs à la restauration des tableaux et autres monuments des arts formant la collection du Muséum national, par G. Bouquierj au nom du Comité d'instruction publique, imprimés par ordre de la Convention nationale ' :
n Ce D'est poiDt en introduisant dans les galeries du Uu-séum national les tableaux éroUquement maniérés de Boucher^ et de ses imitateurs, les toiles peintes de Vaoloo ou les productions slrapassées des Pierre qu'on formeroit des peintres ' républicains. Les pinceaux efféminés de pareils mattres ne sauroient inspirer ce style mile et nerveux qui doit caraclé- riser les exploits révolutionnaires des défenseurs de l'égalité. Pour peindre l'énergie d'un peuple- qui, en brisant ses fers, a voté la liberté du genre humain, il faut des couleurs flères, un style nerreux, un pinceau bardi, un génie volcanique.
« Qu'ils disparoissent donc de la collection républicaine, ces tableaux fades, productions Qagorneuses et I&cbes qui n'ont que trop offert aux yeux du peuple les imagés cboquantes d'actes ty ranniques, d'bommages bas et rampans, d'adulations avilissantes, d'idées étroites et mille fois rebattues du fanatisme monacal, de mysticités ridicules...
a Un goût inflexiblement sévère dsit présider à la formation du Muséum républicain ^. »
La Convention comptait, paratt-il, dans son sein un certain nombre d'hommes de goût. Elle eut, comme on le voit, une esthétique officielle. Elle ne voulut pas que les fonc-