INTRODUCTION. LXXV
Le Comité d'instruction publique fut inébranlable. Il voulut que les membres du Conservatoire continuassent à faire partie de la Commission temporaire des arts, et participassent directement au recrutement des objets d'art destinés au Musée. C'était une excellente idée en principe, mais dont l'application, en ce moment, fut fatale. Le Conservatoire se soumit en apparence ' ; ce ne fut pas pour longtemps.
Dès le 3 messidor on revint à la charge. Le temps était favorable ; la Montagne dominait. Les membres du Conservatoire jetèrent cette fois le masque : ils avouèrent crûment qu'ils entendaient remplir leurs fonctions sans sortir de chez eux et que la recherche lointaine des objets dignes du Musée les détournait des travaux de peinture ou de sculpture qu'ils se réservaient d'exécuter pour euï-mêines. Voici leur délibération :
a 3 messidor an II. — Le Conservatoire reconnoissant de plus en plus la multiplicité de ses travaux et l'intérêt dont il est, pour la gloire nationale et l'avancement des arts, que le Muséum soit composé et terminé; considérant que les diverses missions dont plusieurs de ses membres sont chargés par la Commission temporaire des arts sont un obstacle à sa réu-
fonctiona des membraa du Conserratoire en déterminïM.d'une manière précisB celira qui lui bouL attribuées. ,
B Arrêté qu'il sera préseaté uue lista de candidats au Cdmilé d'iuïtructiOD publique pour compléter les seclioDs de peiature, deecalpturs, d'architecture de la Commis^on temporaire des arU. Lee candidats qui seront proposés sont en peinture, Daadrillon; en sculpture Mouton, Bacarit; architecture Balzac, n (Procés-verbal de la séance du Consertatoira du 27 pluvidse au 11.)
1. n Le Conaerraloire, d'après les éclaircïssenients que le Comité d'instruction publiqne lui a donnés pour concilier ls3 traTaui de la Commission temporaire des arts et cem du Conservatoire, arrête que l'arrêté d'hier relatif à l'incompatibilité cie ces deui fonctions sera rapporté ; motivé sur l'eiécution de U loi. » (Procès -lerbal delaiéancedu28 pIuTiûse an II.)
• Sur la proposition d'un autre membre, le Conservatoire arrête qu'à dater d'aujourd'hy, 2!> pluiièae, les. difTérentes sections du Conservatoire se transporteront daca lee différents dépéts d'art pour prendre les notes des objel« dignes d'être transportés et placés au Muséum, d {Procès-verbal de la séance du 29 pluviflse an II.)
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LXXVl JOURNAL DE LENOIR. '
DÏon pour opérer les travaux nécessaires à son achèvement; considérant de plus que cette désunion du Conservatoire le paralyse entièrement et lui Ate totalement l'ensemble et la force nécessaire à la marche qu'il doit suivre pour former un Muséum digne de la République ; considérant enfin que, tous les membres du Conservatoire étant artistes et ne méritant qu'à ce titre d'être conservateurs des monuments précieux des Arts, il est de leur devoir de justifier ce cboix en employant le peu de tems que leur laissera la composition et la conservation du Muséum à concourir, avec leurs frères les autres artistes, à éterniser par des monuments dignes du peuple français les événeœçns de notre sublime Révolution, étant intimement convaincus que l'intention du législateur n'a jamais été de leur 6ter cette faculté ;
« D'après ces considérations, le Conservatoire arrête que, quintidi 5 messidor, il se transportera en mas^e au comité d'instruction publique pour y réitérer sa demande et démontrer l'urgente nécessité de compléter les sections de Peinture, Sculpture, Architecture et Antiquités d'un nombre démembres suffisant pour répondre à la multiplicité des travaux de la Commission temporaire des arts. Le Conservatoire croiroit manquer à son devoir et compromettre les intérêts de la République dans la négligence qu'il seroit forcé de porter soit pour inventorier les objets d'art comme membre de la Commission temporaire des arts ou en ne veillant pas avec assez de soins à la création et conservation du Muséum '. »
A des hommes fortement engagés dans le mouvement révolaticibnaire, l'audace était permise en messidor an II. Pendant ses séances des 9 et 2i messidor, te Conservatoire persista dans ses conclusions, LeSS, <(Lesueur, fait lecture du projet de rapport à faire au Comité d'instruction publique relativement k la demande d'adjoints dans la Commission temporaire des arts. Le Conservatoire est d'accord sur les principes, et adjoint Yaron à Lesueur pour le rédiger de nouveau et le présenter septidi. Le Conservatoire nomme
1, Procta-verbal de la Biince da 3 meuidor m II.
INTRODUCTION. LXXVU
Lesuear et VaroD pour voir le citoyen David et l'engager à venir septidi au Conservatoire *. »
La date de septidi thermidor n'était pas heureusement choisie ; c'était l'avant-veille de la chute de Robespierre. Un sinistre pressentiment pesait certaiuement ce jour-là sur les habitants du Louvre. La confiance dans le résultat de leur réclamation avait singulièrement baissé, car voici le procës-verbal de leur délibération : ■
« Septidi thermidor an II. — Le Conservatoire arrête que le rapport conceroant la demande d'adjoints à la Commission temporaire des arts, qui devoit être préseaté au Comité d'instruction publique, sera déposé dans les cartons pour servir et être présenté au besoin. »
Huit jour après, la situation avait empiré pour le Conservatoire. La réaction thermidorienne était triomphante. Les administrateurs du Louvre, loin d'aller braver en masse te Comité d'instruction publique, étaient accusés de mauvaise volonté et d'inertie. Deux d'entre eux donnaient leur démission. J'ignore, dans les détails, ce qui s'est passé le 15 thermidor, le Conservatoire ayant eu soin de ne pas laisser de procès-verbal d'une séance qui ne dut pas lui être agréable ; mais voici ce qu'on lit dans le registre, à la date du 20 :
« En l'abseuce du président, le vice-président Dardel a pris le faiiteuil. Le Conservatoire, d'après ce qui s'est passé à la séance du i5 thermidor, relativement aux membres du Conservatoire inculpés pour avoir négligé les travaux de la Commission, arrête qu'il enverra une députatlon au Comité d'instruction publique pour lui porter ses vœux et le témoignage en faveur des principes et du zèle du citoyen Dardel, un de ses membres, tant pour l'amour des arts, son obéissance aux lois, et qu'il s'est toujours montré remplir ses devoirs quand il en a été requis dans les fonctions de conservateur, et qu'il s'est constamment montré opposé aux moyens d'élre influencé en aucune maniëreque celle du bien pour les arts, d
1, Procès-Terbal de h tiaace du 2G measidor.
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LXXVIII JOURtlAL DE LENOOt.
Quelques mois plus tard, en floréal an JU, le Uusée était débarrassé de ce club d'hommes de goût qui, eu tant que conservateurs, considéraient leurs fonctions comme une sinécure, et eotendaient n'opérer le triage ordonné que dans l'enceinte du Louvre, sur les tableaux du d-devant roi et sur le mobilier dont ils se servaient.
Je ne puis, sans fatiguer le lecteur, dérouler ici en détail les annales du Conservatoire du Muséum, devenu, & partir âe*179S, le Conseil d'administration du Musée central des arts. Je retracerai seulement les incidents qui mirent Sn à l'organisation républicaine du Louvre. On y verra les arts, comme tout le reste, asservis à la voldnté du Premier Consul et prosternés aux pieds du futur empereur. Rien n'écbappe à l'influence politique, et on retrouve, jusque dans les calmes sphères de l'ai^inistration de nos musées, les conséquences des entraînements de l'opinion publique qui préparaient l'Empire. Le peu que la République avait réuni au Louvre, en dehors des conquêtes de nos soldats et des richesses dilapidées des rois de France, allait devenir la proie de l'ambition d'un homme. Après toutj l'administration républicaine des musées, si ridicule au début et trop longtemps inintelligente, rendit presque légitime la confiscation de ses droits au profit d'un directeur omnipotent nommé arbitrairement par le chef du pouvoir exécutif.
A partir de Tan VIII, les jours du Conseil d'administration du musée étaient comptés. La lecture des procès-verbaux du Conseil révèle immédiatement l'existence du péril qui le fera infailliblement succomber. En ventfise, commencent les exigences de Bonaparte. Le Premier Consul veut se meubler, à la ville et à la campagne, aux frais de l'État. Le 3 ventôse ati YIII, dit le procès-verbal de cette séance, « le Ministre de l'Intérieur, informé qu'il existe dans les magasins du Uusée des effets mobiliers qui ne sont pas nécessaires pour cet établissement et qui conviendront pariai-
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