‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 103 sur 124 · MONUMENTS DU QUATORZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

MONUMENTS DU QUATORZIÈME SIÈCLE

Arrivons au quatorzième siècle. Nous remarquons les monuments suivants : Frarjment d'une figure de inarbre couchée sur un tombeau. La tête, brisée au cou, nous est seule parvenue . Elle appartenait à une statue de marbre

Philippe, comte d'Evreux. (Musée du Louvre.)

blanc destinée à être appliquée sur un fond de marbre noir. Les cheveux sont longs. Le front était ceint d'une couronne qui a disparu. Cette tête est, ou prétend être, le portrait de Philippe, comte d'Évreux et roi de Navarre, mort en Espagne, le IG septembre 1343. C'est un morceau du tombeau de ce prince qui était aux Jacobins de la rue Saint-

Jacques. L^image de ce tombeau, où Philippe d'Évreux était représenté à côté de sa femme, nous a été transmise par plusieurs dessins de Gaignières \ On lit au bas de l'un de ces dessins : « Tombeau dans lequel sont les cœurs de

Philippe, comte d'Évreux et roi de Navarre,

sur son tombeau dans l'église des Jacobins de Paris.

( Fac-similé d'un dessin de Gaignières. )

Philippe, roi de Navarre, comte d'Évreux, et de Jeanne de France, sa femme, qui est le troisième au milieu du chœur des Jacobins de la rue Saint- Jacques. 11 est de marbre noir, les figures de marbre blanc, et autour est écrit : Cy gist le c œur du roy Philippe, par la grâce de Dieu roy de Navarre

1. Églises diverses, Pe, rés., f- 2S b. — Gaignières d"Oxford, t. !•% î" 19.

et comte d'Évreux, lequel trespassa au siège devant au

royaume de Grenade, lequel il avoit mis contre les mescréants de la foy, l'an 1343, le XVP jour de septembre. — Cy gist le cœur de Jeanne, par la grâce de Dieu reyne de Navarre, comtesse d'Évreux, fille de Loys, roy de France, aisné fils du roy Philippe le Bel, laquelle trespassa à Con-

Jeanne de France. (Musée du Louvre.)

flans-lez-Paris, l'an 1349, le VP jour d'octobre, et a fait faire cette sépulture leur fille la reyne Blanche. » Cette tête de Philippe d'Évreux commandée rétrospectivement et probablement sans documents bien précis, comme on peut s'en convaincre en la regardant, est d'une assez médiocre exécution. La sculpture est pleine de mollesse et les traits du personnage, au lieu d'être énergiquement arrêtés, sont flottants et indécis.

Fragment d'une figure couchée sur un tombeau^ marbre blanc, sculpté de manière à être appliqué sur un fond.

Hauteur 0'",28. Cette tête est le portrait de Jeanne de France, reine de Navarre, la femme de Philippe d'Évreux, roi de Navarre. La princesse eut deux tombeaux sur lesquels elle était représentée couchée. L'un était à Saint-

Jeanne de France, Reine de Navarre,

sur son tombeau dans l'église des Jacobins de Paris.

( Fac-similé d'un dessin de Gaignières. )

Denis, aux pieds de Louis X; l'autre aux Jacobins, à côté de son mari. Voyez le monument qui précède. Gaignières nous a fait connaître par ses dessins l'image de ces deux sépultures '. Le fragment entré au Louvre provient du tombeau des Jacobins sur lequel la reine de Navarre était

i. Gaignières d'Oxford, t, III, f° 40, et Églifies direrses de Paris, au Cabinet des Estampes de Paris, Pe, rés., f° 25 b.

représentée sans couronne de marbre. Cette œuvre est de la bonne sculpture courante du quatorzième siècle. Elle avait été placée par Lenoir dans un encadrement de marbre quadrilobé. La statue venant du tombeau de Saint-Denis, entrée aux Petits- Augustins le 29 vendémiaire an IV S classée par Lenoir sous le numéro SI des diverses éditions de son catalogue, est retournée dans l'église de Saint-Denis^. Quant à la tête qui a survécu au tombeau disparu des Jacobins, elle vint aussi à Saint-Denis, après 1816. M. de Guilhermy, qui s'est mépris sur son identité, a signalé sa présence dans la basilique ^.

Un monument mérite de nous une étude toute particulière. C'est le portrait d'un personnage ayant vécu à la fin du quatorzième siècle. Les cheveux sont courts; la barbe, conservée au menton seulement, est divisée en deux touffes. C'est la mode dont les nombreux portraits historiques de Jean Galeas Visconti, duc de Milan, nous ont transmis le type. Ce masque de marbre blanc était destiné à être inséré dans un coussin de pierre ou de marbre de couleur et à accompagner une statue de pierre. Les exemples de monuments semblables sont nombreux. Il faut comparer celui-ci avec certaines statues de l'église d'Eu dont les moulages sont à Versailles, notamment avec Phihppe d'Artois, comte d'Eu, mort en 1497. Il faut en rapprocher aussi la tête de Jean de Bourbon, comte de la Marche, mort en 1393, et celle de Catherine, sa femme, fille de Jean VI, comte de Vendôme, morte le 1" avril 1412, telles qu'elles sont sur les tombeaux du

1. Voyez: Alexandre Lenoir, son Journal, etc., t. l'r, p. 90, n" 616.

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