Edition de 1765, tome VII, p
MICHEL DE XIAROLLES Médaillon de marbre. (Musée du Louvre.
tous les auteurs classiques et les plus difficiles ne l'effrayèrent point. On peut dire qu'il a travaillé pour des ingrats, car ses traductions sont peu estimées par ceux mêmes qui en profitent tous les jours et qui souvent les redonnent au public avec quelques conections et avec les changemens qui se sont faits dans notre langue depuis la mort de cet abbé. »
D'un autre côté, Roger de Gaignières, l'ami éclairé de notre histoire et le collectionneur bien connu aujourd'hui, s'était gardé, au dix-septième siècle, d'oublier le monument élevé dans Saint-Sulpice en souvenir de son respectable prédécesseur. Il avait fait dessiner, pour ses recueils, le tombeau de l'abbé de MarolIes,et on peut voir actuellement la reproduction de ce monument au folio 166 d'un volume acheté de M. Albert Lenoir par le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale. Ce dessin, reproduit ici d'après une photographie, est absolument conforme aux descriptions littéraires précédemment citées.
Quand arriva la Révolution, le mausolée de Michel de Marolles subit le sort des œuvres d'arts conservées en ce moment dans les églises de Paris. La partie du monument qui était de bronze disparut, mais le médaillon de marbre ne fut pas brisé. Il put être recueilli par Alexandre Lenoir. C'est ainsi que le portrait de l'abbé de Marolles fut classé aux Petits-Augustins sous le numéro 500 du catalogue à partir del'an YIII. Après 1816,1e bas-relief vint au Louvre. Il fut destiné et porté à Versailles en 1835; inscrit sur l'inventaire de Louis-PhiUppe sous le numéro 556, il fut ramené à Paris en 1836.
Depuis, le médaillon de marbre blanc, encastré dans une salle du pavillon de Beauvais devenue aujourd'hui la salle de Houdon, n'a pas qiutté le Louvre. Cependant les traditions s'élant rompues, notre médaillon passe pour inconnu dans le dernier asile qu'il a trouvé. La photographie exé-
cutée d'après ce bas-relief, et gravée ci-contre d'après un dessin de mon collègue et ami M. Charles Gosselin, démontre d'une manière indiscutable, quand on la rapproche du dessin de Gaignières, que le portrait d'abbé conservé dans la salle de Houdon est l'ancien médaillon du tombeau de Saint-Sulpice, que ce médaillon est identique au médaillon n" SOO du catalogue Lenoir et qu'il représente les traits de xVlichel de Marolles, abbé de Yilleloin.
Le vide que les observations qui précèdent tendent à créer dans cette salle sera bientôt rempli. Deux monuments fixés à tort dans une salle voisine n'attendent qu'une occasion favorable pour rentrer au bercail. Ce sont les fragments des mausolées du comte de Cayîus et du marquis du Terrail.
Quand, au rez-de-chaussée du Musée du Louvre, on pénètre dans la salle consacrée à Coysevox, et qu'on examine successivement les sculptures qui composent un ensemble aussi imposant et un milieu d'art aussi homogène — car, sans être tous sortis de la main de Coysevox, les monuments de cette salle appartiennent à une même époque et à une même école — on est vivement frappé d'y rencontrer deux hauts-reliefs dont la manière maigre, étroite et vide contraste violemment avec le style large et vigoureux du maître du logis. Ces deux marbres sculptés produisent sur un œil exercé l'effet que causeraient, à une oreille musicale, deux fausses notes dans un accord. Je veux parler des deux femmes en pleurs, épaves de deux mausolées, qui se font pendant de chaque côté de la salle et qui, matériellement, se trouvent rapprochées du tombeau de Mazarin.
Il n'y a pas à discuter longtemps sur l'époque et sur
l'école d'où procèdent de semblables travaux. Ce dessin pauvre et poncif, cette exécution froide et prétentieuse, ne peuvent émaner que de la seconde moitié du dix-huitième siècle. Yien était passé par l'atelier d'oîi sortirent de telles œuvres ou, tout au moins, l'une d'elles. Quand elles naquirent, il avait déjà commencé, avec ses terribles remèdes, à traiter l'art français et à mettre la sculpture elle-même au régime. On pourrait croire l'une de ces figures, — celle de gauche, — dessinée par Lagrenée. Puisque leurs caractères extérieurs n'ont pas encore suffi à les faire reconnaître, essayons, à l'aide de documents d'histoire, d'en déterminer la provenance, d'en indiquer la destination et d'en nommer les auteurs.
Exposées seulement au Louvre vers 1869, longtemps entreposées à l'île des Cygnes, nos deux figures n'y ont jamais été cataloguées. Elles venaient toutes deux des magasins de Versailles oîj elles se trouvaient conservées depuis 1834. Elles avaient été ainsi décrites dans l'Inventaire annoté du roi Louis-Philippe : «N" 4S4. — Inconnu. — Figure allégorique qui faisait partie du monument du comte de Caylus, mort en 1763 (lisez 1765); bas-relief en marbre. — Hauteur : l" 08; largeur : 0™ 8S '. — Provenant des Petits-Augustins, n° 376. -^ Porté à Versailles le 26 mai 1834. — Magasins de Versailles. »
« N° 544. — Broche. — Femme éplorée, bas-relief en marbre. — Hauteur : l'°24 ; largeur: 0"'95^ — Envoyé à Versailles le 26 mai 1834. — Petits-Augustins, 380. — Magasins de Versailles. »
On voit que ces sculptures, comme presque tous les monuments qui appartenaient précédemment à des édifices
1. Les dimensions sont toujours les mêmes, à quelques millimètres près.
2. Il s'agit de la plus grande largeur, pris au niveau du pli du bas de la robe. Ce pli ayant été légèrement fracturé, la statue ne mesure actuellement, à cette place, que 0'",92. La base a 0'",86.
publics, n'ont pas d'autre origine immédiate que le Musée des Petits-Augustins, et c'est de Lenoir que nous avons tout à apprendre sur elles. Occupons-nous, d'abord, de la figure placée à droite en entrant.
Le 24 germinal an IV, Lenoir recevait des mains du marbrier Scellier, qui l'avait tiré de la salle des Antiques, « un bas-relief représentant une pleureuse, par Yassé, projetée pour le tombeau de Caylus ))\ Ces renseignements étaient certains. Pajou, qui avait été garde des Antiques du Roi, ne fut pas déplacé par la Révolution. Il avait les traditions de l'Académie de peinture et sculpture. D'autre part, Lenoir avait déjà reçu, dès le IS prairial an III, un médaillon en marbre de Caylus^ venant de la salle où se réunissait l'Académie des Inscriptions ^ En l'an VIII, Lenoir exposa le tout, dans son musée, sous le numéro 376, et il rédigea ainsi l'article de son catalogue : « Monument érigé à Caylus, antiquaire célèbre, mort à Paris en 1763 (lisez 1765). On voit le médaillon de Caylus et un bas-relief représentant une femme dans la douleur, exécutés par Vassé fils *. » Ce monument resta exposé jusqu'à la disparition du Musée des Monuments français. Dans l'inventaire des collections des Petits-Augustins, remis, en 1816, à M. de Vaublanc, Lenoir disait encore : « N° 376. — De la salle des Antiques. — Bas-relief en marbre blanc représentant une femme éplorée, sculpté par Vassé. Ce bas-relief, qui n'a jamais été