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fragments de sculptures qui en avaient été détachés pour être portés au musée de Cluny.
Visage de Jiuiiri II, au moment de sa mort.
Moulé et sculpté en terre, d'après nature, en ISS'J.
(Musée du Louvre. )
Notre terre cuite est, par elle-même, un monument d'art très intéressant. Le point de départ de l'œuvre est évidemment un moulage pris sur nature, mais ce moulage a été
retouché à l'ébauchoir et remodelé à la main avant la cuisson. Le procédé du moulage, destiné à conserver scrupuleusement la physionomie des personnes mortes, a été employé de tous les temps. Sans parler de l'antiquité, dont les habitudes à cet égard sont bien connues*, les Italiens du quinzième siècle ont largement exploité ce procédé ^.
Au seizième siècle, en France, le moulage de la tête, après le décès des personnages illustres, était couramment pratiqué. C'était une des premières cérémonies prescrites par l'étiquette des obsèques royales ^ Sans nous arrêter à l'opération, devenue depuis traditionnelle, qui fut fuite sur le cadavre de Louis XII*, et sur celui d'Anne de Bretagne ^,
1. Voir à ce sujet une note d'Adrien de Longpérier sur les tètes en cire placées dans les sépultures antiques, dans V Annuaire de la Société des anti' quaires de France, 1854, p. 161-163.
2. Voyez Quelques Monuments de la sculpture funéraire des quinzième et seizième siècles, Paris, 1882, p. 16 et suiv. Je profite de l'occasion pour corriger une inexactitude que j'ai commise dans le Portrait de sainte Catherine de Sienne de la collection Timbal, p. 8. Il faut faire remonter au moins au quatorzième siècle l'usage du moulage en plâtre, dont parle très explicitement Gennino Cennini. L'habitude de mouler les traits des morts n'était pas perdue en Italie au seizième siècle, comme le prouve le beau buste de Francasloro de la collection d'Ambras à Vienne.
3. « Soudain, après le trespas du Roy ou Royne est prins leur pourtraict en cire appliquée sur la face, pour, sur icelui, dresser l'effigie après le vif. » Du Tillet, Recueil des Boys de France, 1612, p. 242; Claude Guichard, Funérailles et diverses manières d'ensevelir des Romains, G)'ecs et autres nations. Lyon, 1581, p. 537 ; A. du Chesne, Les Antiquitez et recherches de la grandeur et majesté des 7'oijs de France, Paris, 1609, p. 532.
4. Nouvelles archives de l'Art français, 1879, p. 12, 13 et 26. Sans vouloir, pour le moment, remonter plus haut, il est permis d'affirmer que le moulage fut employé pour conserver à l'histoire le visage du roi Charles VIII. En effet, étant connu le personnel officiel d'artistes italiens qui entourait ce prince, on peut conclure de la présence de ces artistes à la cour de France, que le procédé florentin fut utilisé pour la cérémonie des obsèques royales dès 1498. De plus, il existe un texte : « La vraye ordonnance faicte par Messire Pierre d'Urfé... pour l'enterrement du corps du bon roy Charles huictiesme que Dieu absoille.. . » (Godefroy, Le Cérémonial de France, Paris, 1619, p. 37), où se lit le renseignement suivant : « Premièrement, le visaige dudict seigneur, faict au vif, aura le bonnet abatu et la couronne en tête... » Soit dit en passant, il faut faire une grande attention à la valeur iconographique du buste de Charles VIII du musée du Bargello, à Florence.
5. On lit dans la \'>e de lu reine Anne de Bretagne, par Leroux de Lincy, 1860, t. Il, p. 201 : «Le peintre Perreal, dit Jehan de Paris, exécuta aussi la
rappelons-nous que le marquis Léon de Laborde, dans son livre : la Renaissance des arts à la cour de France^ a publié le compte des dépenses faites pour mouler le visage de François I" quelques instants après sa mort. Voici ce texte curieux :
Pour l'effigie dudict feu Roy ;
A François Clouet, paintre ordinaire du Roy, la somme de huict vingt seize livres dix huict sols tournois, à luy ordonnée pour son paiement de plusieurs parties de son mestier et autres frais et despenses par luy faictes pour les causes selon et ainsy qu'il s'ensuit. Assavoir :
Pour le voïaige dudict Clouet par lui faict en diligence sur chevaulx de poste depuis la ville de Paris jusques au lieu de Rambouillet où ledict feu Roy alla de vie à trespas pour faire ce qui lui seroit commandé pour le faict desdicts obsèques et funérailles X livres.
Ledict Clouet arrivé audit lieu auroit esté commandé de moUer et prendre le trait du visage ^ affin de faire l'effigie dudict feu seigneur, et pour ce qu'il lui avoit convenu achatter huict livres de cire jaune, huile d'olive et coton pour lesdits molles et faire le creux dudict visage pour ce C solz.
.... Pour le sallaire de trois hommes qui ont besongné par l'espace de huict jours entiers avec ledit Clouet pour luy ayder à faire le modelle d'icelle effigye et de deux paires de mains, les unes clozes et les autres joinctes, et pour chacune journée desdits hommes, XXX solz, cy XXXVI livres.
En terre à potier pour faire ledict modelle VI solz.
Pour un sac de piastre pour faire le creux dudict modelle VI solz.
pourtraiture de la reine, moulée sur sa face... Sur le drap d'or estoit une faincte et remerabrance faicte près du vif après la face de la dicte dame, ou avoit besogné Jehan de Paris, peintre et varlet de chambre du roy, nostre sire et de la feue reine, lequel ouvra moult en tous ses affaires. » {Relation des funérailles, p. 72.)
1. « Prendre le trait du visage, » cela veut dire dessiner. On voit quelquefois des crayons des seizième et dix-septième siècles représentant des personnes mortes. Le Louvre possède et expose un de ces dessins datant des premières années du dix-septième siècle, n° 1396 de la Notice des dessins, par M. Reiset. Un dessin fut exécuté par Dumoustier d'après le visage de Henri IV après la mort du roi. (Malherbe, Œuvres complètes, édit. Lalanne, t. UI, p. 184.)
Pour quinze livres de cyre pour mouller ladicte effigye cy IV livres X solz.
Pour deux journées de deux hommes qui ont aidé audict Clouet à moller ladicte effigye à raison de XXX solz, pour chacune journée desdits hommes, pour ce VI livres.
Pour le poil dont a esté faict la barbe et les cheveux de ladicte effigye , IX livres.
Il résulte de ce texte qu'un modèle de terre était l'un des résultats obtenus par les artistes chargés de perpétuer les
Masque moulé sur le visage de Jeanne de France.
traits des morts. Les produits de cet art spécial nous sont d'ailleurs connus par quelques monuments à peu près contemporains. Un masque, moulé sur le visage de Jeanne de France, fille de Louis XI et première femme de Louis XII, était naguère exposé au Musée des Souverains sous le numéro SO du catalogue. Cette sculpture était un estampage moderne en plâtre, exécuté d'après le monument original conservé à Bourges '. En 1S07, quand François de Paule
1. Voyez Pierquii) de Gembloux, Histoire de Jeayme de Valois, Bourges, 1840, in-4, p. 208, 272, et Paris, 1842, in-8, p. 276, 281 et 282. Cf. Louis Raynal, Histoire du Berrij, Bourges, 1845, t. lil, p. 232 ; on y lit : « Le visage avait été moulé après sa mort, et on avait préparé, avec du carton recouvert de
mourut au couvent des Minimes, au Plessis-lez-Tours, dit Leroux deLincy^, « ce fut Jean Bourdichon que la reine chargea de faire le portrait du saint homme, ainsi que l'artiste l'a déclaré dans le procès-verbal de canonisation daté de l'an 1313. 11 dit avoir moulé ses traits restés intacts depuis douze jours, afin de les peindre plus exactement » . On pourrait encore signaler, au commencement du dix-septième siècle, le beau buste de Henri IV en cire, de la collection de M. le duc d'Aumaie, en le rapprochant de plusieurs lettres de Malherbe à Peiresc^
Le masque venant de Saint-Denis, qui nous conserve un spécimen aussi rare des travaux préparatoires de la sculpture funéraire du seizième siècle, est donc précieux et mérite d'être signalé. Cependant ce monument, quelque
plàtrcj une effigie qui avait ensuite été peinte. Cette 'effigie, 'qui resta longtemps au couvent de l'Annonciade, est aujourd'hui conservée à la cathédrale, où on l'expose à la vénération des fidèles, le jour où l'Eglise a pernais d'honorer la mémoire de Jeanne. » En temps ordinaire, on peut la voir dans la sacristie.