‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 115 sur 124 · Vie de la reine Anne de Bretagne, 1860, t. H, p · texte numérisé non relu

Vie de la reine Anne de Bretagne, 1860, t. H, p

2. Malherbe, Œuvres complètes, édit. Lalanne, t. III, p. 173, 177, 178 et 179. Voici quelques passages de ces lettres : « L'on prépare les funérailles du roy; je crois que vendredi prochain l'effigie sera mise en public... Il se fit deux effigies par commandement. Du Pré en fit une, et Grenoble l'autre; il s'en fit une troisième par un Baudin (lisez Boudin) d'Orléans, qui se voulut faire de fête sans en être prié : celle de Grenoble l'emporta, pour ce qu'il eut des amis; elle ressembloit fort à la vérité, mais elle étoit rouge, et étoit faite en poupée du Palais. Celle de du Pré, au gré de tout le monde, étoit parfaite; je fus pour lavoir, mais elle étoit déjà vendue. Je vis celle de Boudin, quin'étoit pas mal. Cette effigie fut vêtue d'un pourpoint de satin cramoisi rouge, d'une robe de veloux violet fleurdelisée et doublée d'hermine, etc..» Cf. Jal, Dictionnaire de biographie et d'histoire, aux mots Henri IV et Isaac Briot. Le buste de cire de Henri IV est gravé dans la Gazette des Beaux-Arts, t. XXIV, 2^ période, p. 199.

Si nous voulions dépasser les premières années du dix-septième siècle, les monuments de cette nature seraient trop nombreux pour être tous énumérés. Tout le inonde connaît le masque en plâtre de Napoléon, le masque en plâtre de Canova du musée de Venise, le masque de Cromwell, en cire, exposé au British Muséum. Denon avait formé une suite curieuse de ces masques. On les trouve indiqués dans la Description des objets d'art gui composent le cabinet de feu M. le baron V. Denon (Monuments antiques, historiques et modernes, etc.), par L.-J.-J. Dubois, Paris, 1826, in-S, nos 647 et suiv. Parmi ces monuments, on remarque le masque de Charles XII, roi de Suède.

intéressant qu'il soit au point de vue de la technique et de la plastique, est encore plus important au point de vue de l'iconographie et de l'histoire. Quand on considère le visage du personnage inconnu et qu'on le compare au portrait de Henri II, dont le buste ^ est gravé ci-dessus, il est impossible de ne pas y reconnaître les traits de ce roi de France. La construction de la tête, la disposition caractéristique de la barbe sont les mêmes des deux côtés. Rien ne serait plus naturel que d'expliquer, par analogie, l'existence d'un portrait funé^raire de Henri H, après ce qu'on sait de l'opération ordonnée au moment du décès de François 1". Mais je suis en état d'étabhr directement, à l'aide d'autres pièces d'archives, que le visage de Henri II a été moulé sur son lit de mort par suite d'une commande officielle. Voici ce qu'on lit dans le « Roole des parties et sommes payées pour les obsèques et pompes funèbres du feu roi Henri II, en

«Et premièrement à François Clouet, peintre et valet de chambre dudit seigneur, a scavoir vingt solz en plâtre, huile et pinceaulx pour mouler le visaige et effigie d'iceluy deffeunct roy; douze livres dix solz pour vingt cinq livres de cire blanche emploiée pour ladicle effigie ; quarante huict solz pour six livres de céruse pour mettre avec ladicte cire blanche. »

De ce qui précède, il n'est plus maintenant téméraire de conclure que le portrait de Henri H, retrouvé à Saint-Denis, est le produit du travail ordonné à l'occasion des obsèques de ce souverain, en 1539.

On doit supposer que ce masque levé et retouché d'après nature a pu servir plus tard à Germain Pilon qui fut chargé

1. Sur ce buste, voyez ; Quelques sculptures de In collection du cardinal de Richelieu, aujourd'hui au musée du Louvre, Paris, 1882, in-8.

2. La Reyiaissanc! des arts ù la cour de France, p. 9S. Cf. Nouvelles archives de l'art français, 1819, p. IG, où se trouve un texte plus correct et plus complet.

par Catherine de Médicis de représenter Henri II sur son tombeau de Saint-Denis^ dans différentes attitudes et notam-

ment mort, étendu sur le dos, et dépouillé de ses vêtements. Cependant Pilon, tout en consultant ce document plastique, n'a pas conservé aux traits du monarque la contraction

qu'une mort violente et douloureuse y avait empreinte. Il a préféré donner à la figure de l'église de Saint-Denis le calme

et la majesté que nous y admirons encore et qui diffèrent tant de l'expression des statues de Louis XII et de François I"', dont les têtes sont plus réalistes. Pour rappeler le

chef-d'œuvre de Pilon à la mémoire du lecteur, je reproduirai ici une petite figure de terre cuite trouvée en 1851 dans un dépôt du Louvre, qui jusque-là n'avait jamais paru sur les inventaires du Musée et qui, même aujourd'hui qu'elle est exposée dans la salle de la cheminée de Bruges, n'est pas appréciée à sa véritable valeur. C'est une maquette originale plutôt encore qu'une excellente réduction de la statue nue et couchée de Henri II à Saint-Denis •.

La présence du portrait funéraire de Henri II dans les chantiers de l'église Saint-Denis^ au milieu de tant d^autres débris de la vieille abbaye, bien qu'elle fût ignorée, est cependant toute naturelle. En effet, du Tillet^ nous apprend

1. Je dois cependant prévenir loyalement le lecteur que telle n'était pas l'opinion du savant qui a découvert cette petite figure. M. Léon de Laborde, alors conservateur de la sculpture moderne du Louvre, a consigné son sentiment sur le registre d'acquisition du musée, en 1851, dans les termes suivants : « N° 23. — G. Pilon (d'après). — Statue couchée de Henri IL Bonne reproduction réduite de l'admirable statue du tombeau placé dans Téglise de Saint- Denis. On ne peut songer à considérer cette copie, fidèle jusque dans les plis des draperies, comme un premier jet de la pensée du maître. — Terre cuite. Longueur, 54 centimètres; largeur, 16 centimètres. — Un artiste de talent aura fait cette copie, dans l'intention de la faire passer pour une ébauche de G. Pilon. Je l'ai trouvée dans les magasins (remises du bord de l'eau). Elle n'était pas portée sur les inventaires. » Ce qui m'empêche de partager le sentiment du marquis de Laborde, c'est que rien, dans cette sculpture, ne sent la copie, et que tout y trahit, au contraire, l'ébauche primesautière d'un artiste faisant acle d'invention. Le travail, en effet, très largement traité, révèle la plus grande liberté chez l'exécutant. La manière dont l'anatomie du torse est rendue me parait tout à fait celle d'un maître. Enfin, l'exagération dans le mouvement du cou et surtout de la tête renversée dans l'abandon de la mort : l'intention, dépassée par la main, de traduire, à l'endroit des épaules et des omoplates, l'opposition entre la rigidité de l'ossature humaine et la mollesse des chairs mortes et affaissées, me persuadent que la statuette du Louvre est bien une œuvre originale et peut-être la maquette même de Pilon. Inutile de rappeler le goût de Pilon pour l'argile et l'habitude qu'il a toujours eue de faire cuire ses modèles. Ce n'est donc pas là que je chercherais une copie de la belle statue de Henri II de Saint-Denis. J'hésite même à regarder comme une copie le Christ mort ou le Gisant que j'ai retrouvé à Saint-Denis en 1881 et publié précédemment dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XLI, et dans une brochure : Supplément au mémoire intitulé : Deux épaves de la chapelle des Valois à Sai?it-Denis, Paris, 1881, iu-S.

2. Recueil des Roys de France, 1612, p. 247, et Claude Guichard, Fu7iérailles et diverses manières d'ensevelir des Romains, Grecs et autres nations, Lyon, 1581, p. 546.

que les « poisles et despouilles des effigies des Roy s et Roynes portez à leurs exeques appartiennent aux abbé et religieux de Saint-Denis. » Nous savons, d'autre part, par Saint-Foix*, que plusieurs effigies des rois de France étaient conservées dans la basilique qui leur servait de tombeau.

Germain Pilon, le maître dont nous venons de pronon-

Louis XI. Sculpture attribuée à Germain Pilon. N" 156 du Musée des Monumens français. (Musée du Louvre.)

cer le nom, à propos du tombeau de Henri II, n'est pas

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