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une qui est absolument prouvée : le buste est un portrait de Michel Le Tellier.
Sur la provenance, toutes les vraisemblances confirment la déclaration de Lenoir. Lorsqu'il a constaté, dans son catalogue de l'an IV, d'où provenait le buste en bronze, il a agi en greffier et non pas en érudit ; il était donc infaillible.
Quant à la sculpture, Sarrazin ne doit pas en être regardé comme l'auteur. En effet, cet artiste mourut en 1660 ', et Le Tellier fut chancelier de 1677 à 1683. Lenoir avait bien pressenti la difficulté, et, avec le sans-gêne de l'érudition de son époque, croyait aller au-devant de notre objection, en disant dans quelques éditions que le modèle avait été exécuté du vivant du chanceHer. Cette hypothèse toute gratuite n'est même pas suffisante, car il reste toujours une différence de dix-sept ans entre la mort de l'artiste et l'avènement de l'original à la dignité de chancelier. Une ressource désespérée survit encore pour les partisans acharnés de l'opinion de Lenoir. Il faudrait soutenir que le piédouche n'est pas contemporain du buste, qu'il a été ajouté après coup, ou que le portrait avait été modelé avant que Le Tellier ne fût chanceHer. Mais la preuve qu'il leur incombera de produire ne me paraît pas du tout facile, et, dans l'état actuel de la question, il est impossible d'attribuer le buste à Sarrazin.
A qui donc réserver l'honneur d'avoir produit ce bel ouvrage? On sait que les documents ne manquent pas sur les artistes de la période académique, à laquelle appartint nécessairement son auteur. J'ai cherché dans la vie des principaux sculpteurs du dix-septième siècle. A part Mazeline et Hurtrelle qui ont exécuté le tombeau de Saint-
1. Le 4 décembre, Actes d'état civil d'artistes français, publiés par M. Herluison, p. 398. ~ États civils de quelques artistes français, publiés par M. Eugène Piot, p. 113.
Gervais, àpart Aury et Bertinet, qui ont fait des médailles, — si on laisse de côté Tauteur de l'effigie en cire qui surmonta le tombeau du chancelier le jour de ses obsèques à Saint-Germain des Prés et l'auteur d'un médaillon de
Michel Le Tellier, d'après le monument de l'église Saint-Gervais.
marbre conservé chez M. le baron J. Pichon, — je n'ai trouvé qu'un seul sculpteur ayant modelé un portrait de Le TelUer : c'est Antoine Coysevox, On lit en effet dans les 31émoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture %
1. Publiés par Dussieux, Soulié, Ph. de Chennevière, Paul Mantz, A. de Montaiglon, Paris, 1845, t. IF, p. 37. L'opinion de Guillot de Saint-
à propos de la vie d'A. Coysevox : «Il a, de plus, fait au naturel les bustes des plus grands hommes du siècle, outre celui de Louis XIV, qu'il a plusieurs fois répété d'après lui; entre plusieurs autres... quatre bustes de M. le chancelier Le Tellier. »
Faut-il croire que notre buste est un de ces quatre portraits dus au talent de Coysevox. De très graves présomptions doivent nous y porter.
Il existe actuellement^ à la bibliothèque Sainte-Geneviève, un buste en marbre de Michel Le Tellier, qui, à très peu de chose près et avec d'insignifiantes variantes, est l'exacte répétition du bronze du Louvre. Il est certain que les deux sculptures ont été exécutées d'après un même modèle en terre, d'après un même type commun dont elles sont des reproductions libres. Or, la tradition constante de la bibliothèque Sainte-Geneviève nous enseigne que ce buste en marbre de Le Tellier est un ouvrage de Coysevox. Si les premières éditions de la Descriptio7i de Paris, par Germain Brice, signalent, dans le monastère des chanoines réguliers de la Congrégation de France, l'existence du buste de Le Tellier, la meilleure de ces éditions qui emprunte tant d'autorité à Mariette^ son éditeur, celle de 1752, s'exprime ainsi ^, très nettement : « M. Le Tellier, archevêque de Reims, mort en 1710, a donné sa riche bibliothèque à cette maison... On a fait faire aussi son buste en marbre blanc par le fameux Coyzevox, qui, quelques années auparavant, avait déjà fait celui de M. Le Tellier, chancelier de France, qui est placé vis-à-vis. ». D'Argenville, dans son Voyage jnttoresqiie de Pai^is (Paris, 1778, p. 281), confirme cette opinion en disant : « Le pourtour de cette bibliothèque est orné de quantité de bustes en plâtre d'hommes illustres parmi
Georges est confirmée par d'Argenville dans la Vie d'Antoine Coysevox [Vies des fameux sculpteurs, 1787, p. 240.) d. Tome II, p. 508.
lesquels on remarque ceux de Jules-Hardouin Mansard, de Robert de Cotte, du chancelier Le Tellier et de l'archevêque
Michel Le Tellier, chancelier de France. Buste en marbre par Coysevox. ( Bibliothèque Sainte-Geneviève. )
de Reims, du même nom, faits "par Coyzevox^ et celui d'Antoine Arnauld, sculpté par Girardon. Ces derniers sont de marbre et d'une grande beauté "'. » C'était, chez d'Ar-
2. Ces bustes de marbre existent encore et se trouvent actuellement placés au rez-de-chaussée de la nouvelle Bibliothèque Sainte-Geneviève.
genville, une conviction si bien arrêtée qu'à propos d'Antoi ne Coysevox il s'est ainsi répété dans les Vies des fameux sculpteurs ^ : « La bibliothèque de Sainte-Geneviève offre les bustes de Jules-Hardouin ]\]ansard, de de Cotte, du chancelier' Le Tellier et de l'archevêque du même nom. » Jean du Seigneur, dans son catalogue des œuvres de Coysevox ^, n'a pas hésité à comprendre le buste de Sainte- Geneviève parmi les travaux authentiques de cet artiste.
Depuis plus de cent vingt ans le marbre de Sainte-Geneviève est réputé œuvre de Coysevox et jouit, en cette qualité, d'une indiscutable possession d'état. Le bronze du Louvre, qui lui est bien supérieur par la valeur d'art, mais qui lui ressemble absolument par l'arrangement et qui émane de la même pensée, doit participer aux mêmes avantages. La conclusion rendue nécessaire par ce rapprochement serait d'attribuer à Antoine Coysevox le sujet de notre dissertation. Bien des objets d'art, qui portent arrogamment des noms illustres, n'(mt pas à leurs prétentions des droits égaux à ceux que j'établis en ce moment. Je ne pousserai pas cependant jusqu'à ses dernières limites un raisonnement qui ne s'appuie que sur la tradition. Je n'ose pas prononcer catégoriquement le nom du maître, parce que les sculpteurs de la fin du dix-septième siècle se ressemblent tous un peu, surtout dans le portrait : je constate seulement que toutes les présomptions sont en faveur de Coysevox, et que, si le caractère de l'œuvre n'impose pas cette attribution en dehors de toute preuve écrite, il est bien loin de la rendre invraisemblable. J'attends pour me prononcer Tévidence qui résultera de quelque document à découvrir, et provisoirement je ne veux pas m'exposer à greffer une nouvelle erreur sur celle que j'ai combattue.
\. Paris, 1787, p. 244.