Voyez Guérin, Description de r Académie, p
4. Journal de Lenoir, n" 669. — Le 6 [germinal an IV], reçu de la salle des Antiques plusieurs bustes en marbre et plusieurs débris de petites
Chose étrange ! Lenoir ne le reconnut pas au passage. Mais je crois pouvoir affirmer que le buste de Mignard entra comme anonyme à cette date, car on le voit figurer l'année suivante , pour la première fois , sous le numéro 293 du catalogue des Petits-Auguslins. En arrivant au Dépôt des Monuments français, oii depuis le 30 messidor an III se trouvait déjà un autre buste de Mignard, dont on parlera bientôt, notre buste avait reçu ou plutôt recouvré son vrai nom. Mais Lenoir, qui n^avait pas le temps de rien vérifier, ne sut pas, à mon avis, conserver à l'anonyme, entré en germinal an IV, sa véritable mention de provenance, quand cet anonyme fut reconnu pour une sorte de double de son premier buste de Mignard. Aux deux œuvres, évidemment imitées l'une de l'autre, il assigna en vertu de leur analogie un même lieu d'origine ; et il écrivit dans son catalogue de l'an V : « N" 293. — Des Jacobins. — Le buste de Pierre Mignard, peintre célèbre de l'école française, mort en 1695, par Desjardins. » La rédaction de cet article se maintint la même dans toutes les éditions du catalogue jusqu'en 1816. Au moment de la répartition entre divers établissements publics des sculptures du Musée des Monuments français, le buste de Mignard, par Desjardins, revint au Louvre. On lit dans le Journal de Lenoir : « Etat des objets transpoctés au Louvre après la suppression du Musée des Monumens français (p. 188) : N" 243. — Pierre Mignard, buste en marbre, tome V, p. 138. )• Le chiffre 243 est le résultat d'une erreur typographique. Les numéros du catalogue de Lenoir qui concernaient, d'une part, le buste de Mignard, et, d'autre part, son tombeau, étaient 293 et 343. Lenoir a
statues. —Ibidem, n» 671. Ledit [7 germinal an IV] de la salle des Antiques. Reçu... Plus, un buste en plâtre et deux en marbre blanc. — Ibidem, n° 674. Ledit [9 germinal an IV] de la salle des Antiques, plusieurs bustes en marbre, savoir : celui de Mansard, du chancelier Le Tellier, d'Edouard Colbert.
dû vouloir parler ici du numéro 293, puisque plus loin, p. I9l, il dit que le numéro 343 a été attribué à l'église Saint-Roch. Peu de temps après son retour au Louvre, le buste de Minard fut inscrit sur le grand inventaire du Musée. Voici la rédaction de l'article qui lui fut consacré :
« N" 2483. — Desjardins. — Mignard. — Buste en marbre présumé de Desjardins. » A la place du nom de Desjardins on avait mis d'abord Inconnu. Puis, à ce mot effacé fut substitué le nom de Desjardins. Notre buste ne figura pas au musée d'Angoulême, ouvert en i824. Jl fut successivement placé dans la grande galerie des tableaux et dans la salle des dessins. Compris, depuis 1856, dans la Description des sculptures du moyen âge^ de la Renaissance et des temps modernes.^ il est ainsi décrit sous le numéro 240 : — «Pierre Mignard, peintre, mort en 1695. Les cheveux sont longs et flottants ; la chemise est garnie de dentelle, le manteau est drapé. — Buste de marbre, hauteur, 0"780. » Il se trouve, dans ce catalogue, attribué pour la première fois à Coysevox. Cependant Clarac [Musée de sculpture ancienne et moderne., pi. 1832) l'a fait graver sous ce titre : « N° 3623. — Pierre Mignard, par Desjardins. » Le musée de Versailles, enfin, expose sous le nom de Coysevox et sous le numéro 1673 de son catalogue un moulage du marbre du Louvre qui lui a été envoyé en 1834, sous le nom de Desjardins'.
Ce buste de Mignard, œuvre de Desjardins, avait déjà fait beaucoup parler de lui avant d'entrer, en 1726, à l'Académie de peinture et sculpture. Catherine Mignard, devenue la comtesse de Feuquières, le tenait de l'auteur luimême, qui lui en avait fait présent, tout en laissant la jouis-
1. N» 673 de l'iaventaire de Louis-Philippe. M. Gosseliu, conservateur du musée de Versailles, veut bien me faire savoir, par une lettre en date du 2 juillet 1883, que malgré l'insertion du nom de Coysevox dans le Catalogue de Versailles, Soulié avait maintenu par une étiquette l'attribution du buste de Mignard à Desjardins.
sance de cet objet d'art à son illustre confrère sa vie durant. Avant de mourir, Mignard a constaté dans son testament que cette sculpture appartenait en propriété à sa fille. « Je donne, dit-il, mon portrait en demi-figure à ma fille, et le sien oii est le mien peint qu'elle tien {sic), et le petit buste de marbre que luy a donné M. Desjardins; c'es (sz'c) ma volonté. ' » Un an après la mort de Mignard, une décision judiciaire, tranchant un procès pendant entre ses héritiers, arrêta, en 1696, que le buste recueilli dans la succession paternelle, par Catherine Mignard, serait placé dans l'église Saint-Roch, au-dessus du tombeau du peintre. Car il a été très bien établi, dans les Nouvelles archives de l'art français, que Mignard eut deux tombeaux et reposa d'abord à Saint-Roch avant d'être transféré aux Jacobins de la rue Saint-Honoré. Il est donc probable que, postérieurement à 1696 et antérieurement à 1726, le buste de marbre de Desjardins fut placé au dessus de l'épitaphe en marbre posée sur le tombeau de Mignard. J'ai tort d'être aussi affirraatif ; je devrais dire en parlant de cette sculpture : un buste de marbre réputé judiciairement être le buste de Desjardins. Car, si, comme il est vraisemblable, la décision judiciaire fut exécutée, une expertise n'a pas établi que le marbre consacré au mausolée ait été indiscutablement l'œuvre de Desjardins. La substitution d'une œuvre similaire avait fort bien pu être faite, et nous constaterons précisément tout à l'heure qu'il y avait, dans la succession de Mignard, au moins deux bustes qui le représentaient et qui se prêtaient à un mutuel remplacement de l'un par l'autre. Cependant, sans que nous voulions trancher la question de savoir quel était l'auteur, comme exécutant, du buste exposé de 1696 à 1726 à Saint-Roch, il est certain que ce buste, à tort ou à raison, était regardé comme l'œuvre de
1. Nouvelles archives de l'art français, 1873; p. 3. Le testament olographe (le Pierre Mignard fut déposé le 10 juin 1693.
Desjardins, et nous verrons les conséquences de cette croyance appuyée sur des décisions judiciaires. L'opinion publique ne voulut pas en démordre. Tous les auteurs en dehors de ceux qui appartenaient à l'Académie de peinture, depuis Germain Brice et Piganiol jusqu'à Millin, ont répété à satiété que le buste du tombeau de Mignard, qu'il fût à Saint-Roch ou aux Jacobins de la rue Saint-Honoré, était de Desjardins.
Cette affirmation cependant était, au moins depuis 1726, absolument inexacte. En effet, nous avons déjà dit que l'auteur de la Vie des premiers peintres, admirablement bien informé ^, avait pu recueillir de M""' de Feuquières en personne l'assurance que le buste donné par elle en 1726 à l'Académie était bien celui de Desjardins. Donc ce buste n'avait pu ni rester à Saint-Roch ni, postérieurement à 1726, passer aux Jacobins de la rue Saint-Honoré. De plus, les vieillards de l'Académie avaient pu et dû connaître le portrait et Tœuvre de leurs anciens confrères au moment de son exécution et ne se seraient pas laissé tromper. Enfin, des deux bustes, que nous comparerons bientôt, celui de Desjardins étant le plus beau, il est naturel de penser que la donatrice aura voulu perpétuer, à l'aide de celui-ci, le souvenir de son père dans le milieu le plus intelligent et le plus artiste de Paris.
La confusion entre les deux bustes est née d'une interprétation trop rigoureuse donnée à la sentence du Châtelet intervenue entre les héritiers de Mignard le 20 juillet 1696, et dont les effets ne se sont pas prolongés indéfiniment. Cette sentence disait bien qu' « il sera fait une épi-
1. On lit dans la « Réponse de M. Coypel, directeur, à M. le comte Caylus, au sujet de la vie de M. Mignard » (Nouvelles archives de fArt français, ire série, t. III, p. 39): « Oui, vous venez de nous peindre. Monsieur^ M. Mignard, de manière que quelques-uns de ces messieurs qui ont été en commerce avec lui, croyoient le revoir... » Séance de l'Académie du 6 mars
taphe convenable au lieu où ledit défunt sieur Mignard a esté enterré, à laquelle épitaphe le buste qui a esté donné
Mignard^ par Girardon. Buste de marbre.
(Église Saint-Roch.)
la partye d'Harault (Catherine Mignard, comtesse de Feuquières) sera mis dessus *. » Mais on aurait dû tenir compte des circonstances qui sont venues modifier postérieurement