‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 27 sur 124 · Nouvelles archives de l'Art français, 1875, p · texte numérisé non relu

Nouvelles archives de l'Art français, 1875, p

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les conséquences de l'arrêt du Châtelet. Caylus, en effet (Vie des premiers peintres du roi, tome I", p. 167), s'est exprimé ainsi en parlant de M'"'' de Feuquières et du mausolée qu'elle érigea à son père : « Enlin, ayant choisi pour sa propre sépulture l'église des Jacobins de la rue Saint- Honoré, elle avoit commencé à y faire élever, dès son vivant, un tombeau de marbre et de bronze qui devait leur être commun ; et ce monument ne pouvoit être exécuté avec plus d'intelligence et de talent qu'il l'a été par M. Jean- Baptiste Le Moine, professeur de cette Académie. Il a surtout fidèlement rendu les sentiraens de respect, d'amour et de reconnoissance avec lesquels elle a voulu que la postérité la vît prosternée devant le buste de son père, qui est de la main de Girardon. »

Le portrait de Mignard employé au tombeau de l'église des Jacobins était l'œuvre de Girardon. Caylus, en écrivant ceci, était parfaitement renseigné. Il tenait évidemment ses informations de son confrère Lemoyne, qui lui-même les avait reçues de la famille et avait pu les contrôler en maniant la sculpture appréciée par lui. Nous avons vu tout à l'heure que Caylus connaissait l'autre buste ; son opinion était donc critique et raisonnée. 11 n'y a donc pas lieu de se fier à l'affirmation de Piganiol qui, dans sa Description de Paris (iome II, p. 438), attribue à Desjardins le buste de Mignard, placé dans l'église des Jacobins. Même cas à faire de ceux qui l'ont copié (Heurtant et Magny, Description de Paris, tome 111, p. 300 ; — Millin, Antiquités nationales, tome 1" couvent des Jacobins, p. 44. N" IV, pi. 4). Les rapports eritre Mignard et Girardon sont d'ailleurs absolument certains *. Non seulement ils étaient

1. « Girardon avait de M. Quinot des lettres de recommandation pour M. Colbert etpour Mignard, qui commençait à jouir delà réputation que lui avaient faite les peintures qu'il venait d'achever au \'al-de-Gràce. M. Colbert lui promit tout ce qu'il pouvait lui promettre, et Mignard se servit de son crédit pour faire paraître avec éclat les talents de son jeune compatriote, qui

compatriotes -et ils travaillèrent tous les deux à une œuvre commune \ mais on a même pu qualifier d'obséquieuse l'amitié que le second témoignait au premier : « 11 a toujours, dit l'auteur de la biographie de Girardon publiée dans les Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie de peinture (tome P"", p, 302), cultivé avec soin la liaison que son art et sa patrie lui donnoient avec Mignard, et il falloit autant de douceur et aussi peu d'amour-propre qu'il en avoit pour faire sa cour à un homme qui le regardoit à peu près comme un maçon et qui ne cessoit de lui donner des leçons avec une hauteur plus que pédantesque. »

Le buste de Girardon resta dans l'égHse des Jacobins, sur le tombeau de Mignard, jusqu'à la Révolution. Peu de temps avant cet événement, en 1791, Millin l'avait décrit, l'avait fait graver dans le tome I" de ses Antiquités nationale?^ et nous avons dit déjà qu'il le croyait à tort de Desjardins. Déposé en 1795, Lenoir nous apprend comment il entra alors au musée des Petits-Augustins. Mais Lenoir, trompé comme tous les autres, soutenait aussi que cette sculpture était l'œuvre de Desjardins. 11 la confondit ensuite avec celle qui lui arriva plus tard en provenance de l'Académie de peinture. On lit dans le Journal de Lenoir^ n"* 378 et 379 : « Le 30 messidor, an III, reçu des Jacobins, rue Saint-Honoré, un buste en marbre représentant Mignard, sculpté par Desjardins. Plus, deux enfans,

les perfectionna encore en travaillant sous les Anguier. « {Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de V Académie de peinture et sculpture, t. 1er, p, 290).

1. « M. Pierre Mignard avait épuisé son art dans le tableau qu'il avait fait pour le maître autel (de l'église de Saint-Jean de Troyes, vers 1687). M. Girardin s'offrit pour en faire les accompagnements, et il les exécuta si parfaitement en pierre de Tonnerre, en marbre et en bronze doré que l'on ne sait ce que l'on doit admirer le plus, de la peinture ou de la sculpture dans ce morceau, etc. » ( Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie de peinture et sculpture, t. I^r, p. 300).

aussi en marbre, par Lemoiue, venant du tombeau de Mignard. J'observe que la figure du Tems et une draperie qu'il levoit, qui éioient de plomb, ont été enlevées de ce monument par les membres du Comité révolutionnaire de la Butte des Moulins. — Le 31, reçu du même lieu la statue, à genoux et en marbre, de Le Moine, représentant M"" de Feuquières, fille de Mignard, provenant du tombeau de son père; plus un socle de brèche grise avec inscription du même monument ^ » En l'an IV, dans la seconde édition de son catalogue, Lenoir décrivit ainsi le mausolée sous le numéro 327 : « Jacobins. — Monument érigé à Pierre Mignard, célèbre peintre françois, mort en 1695. M'^'^de Feuquières, sa fille, est représentée à genoux auprès du buste de son père. Ce monument exécuté en marbre, est du ciseau de Jean-Baptiste Lemoine. Le buste de Mignard est attribué à Desjardins. » A partir de l'an V, le mausolée de Mignard reçut le numéro 343, et, à partir de l'an VIII, Lenoir devenant plus affirmatif, la fin du catalogue fut ainsi rédigée : « Le buste de Mignard est de Desjardins, qui l'avoit sculpté d'après nature et que sa fille fit entrer dans la composition du monument. L'original du buste est dans le dix-septième siècle. » C'était un renvoi au buste de Mignard, n° 293 des Petits- Augustins, qui était catalogué depuis l'an V, après être entré vers germinal an IV. On comprendra, en lisant la fin de cet article, pourquoi Lenoir employait le mot original afin de distinguer entre eux les deux bustes de Mignard.

Au moment de la suppression du Musée des Monuments français, le tombeau de Mignard fut attribué en bloc à Téglise Saint-Roch. On lit dans VEtat des objets rendus ou donnés aux églises de Paris : « A Saint-Roch... n" 343, mausolée de Pierre Mignard, tome V, p. 138. » C'est là qu'on peut le voir actuellement, dans deux endroits diffé-

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