‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 36 sur 124 · Pages 27 et · texte numérisé non relu

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marbre aujourd'hui à Saint-Paul, ont été recueillis par Lenoir et trouvés par lui dans la salle des Antiques, au Louvre, le 17 germinal an IV. D'oii pouvaient-ils provenir antérieurement? Lenoir ne l'a pas dit. Mais Sauvai, bien avant lui, avait prévu notre curiosité et l'a largement satisfaite. Écoutons ce qu'il nous apprend dans ses Antiquités de la Ville de Paris, sur ces ligures qui, de son temps, étaient déjà au Louvre :

« On voit chés lui (M. Lerambert, garde des marbres du roi, dans le magasin des marbres du roi) cinq figures de marbre de Pilon : un Christ ressuscitant ; deux soldats qui

gardent le sépulchre ; une Vierge et un saint François

Toutes ces figures doivent entrer dans le sépulchre des Valois, mais la disposition n'en est pas sue.... Les soldats de Pilon sont très bien maniérés et sentent tout à fait leurs gros coquins. La tête de son Christ a une très belle attitude; le bras droit est un peu trop court, les jambes trop menues et les pieds trop décharnés pour un grand corps.... La terre ou les modèles des trois figures précédentes se voyent à Saint-Etienne, derrière le chœur *. »

Voici maintenant ce que Sauvai disait des modèles en terre cuite qui décoraient l'égUse de Saint-Étienne du Mont : « Le Sépulchre et la Résurrection^ de Jésus-Christ

1. Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, t. III, p. 16 et 17.

2. Ces deux ouvrages sont également donnés à Germain Pilon par d'ArgenviUe {Vies des fameux sculpteurs, p. 116). Les deux groupes recueillis par Lenoir {Notice succincte de 1793, no» 186 et 188) à Sainte-Geneviève — c'està-dire à Saint-Étienne du Mont, ainsi nommé par décret du 11 février 1791 — ontété exposés quelque temps, de 1795 à 1803, au musée des Monuments français, sous le numéro 123 du Catalogue, dans les diverses éditions de l'an Y à l'an XL Ils furent réclamés en 1806 par l'église d'Arpajon, ainsi que cela résulte de la lettre suivante :

« Paris, le 29 décembre 1806.

u Alexandre Lenoir, admiiiistrateur du Musée des Monumens français, à So7i Excellence le ministre des cultes. « Monseigneur, malgré la bonne volonté où je suis de satisfaire à la demande que vous me faites de procurer à la commune d'Arpajon des matériaux en

ne sont pas aussi des moindres ouvrages de ce sculpteur (Pilon); et les jambes de ce Christ ressuscité sont mieux proportionnées sur cette terre cuite que sur le marbre que l'on en voit dans le Louvre ; mais, en l'une' et en l'autre, elles pèchent toujours en trop : le corps du Christ est fort beau, aussi bien que la tête ; la poitrine fort musclée, fort puissante ; et, si le tout étoit porté sur des pieds et des jambes moins tendres et moins maigres, ce seroit un des chefs-d'œuvre de Pilon '. »

C'est toujours quelque chose de très considérable qu'une affirmation de Sauvai qui a eu à sa disposition toutes les archives de la chambre des comptes ; mais son opinion a ici une valeur toute particulière. Arrêtons-nous donc pour discuter un témoignage aussi important.

Tout d'abord on peut savoir approximativement l'époque où fut rédigé le passage de V Histoire et recherches des Antiquités de la Ville de Paris cité plus haut. Le « M"" Lerambert », dont il est question, ne peut être que Louis Lerambert, le sculpteur membre de l'Académie, sur lequel

marbre propres à réparer son église, il m'est pénible de ne pouvoir remplir \os intentions avec toute la latitude qu'un zèle religieux et bien entendu peut inspirer. Déjà j'ai délivré un grand nombre d'objets inutiles aux arts qui étoient dans le Musée des Monumens français et qui cependant font aujourd'hui l'ornement des temples où ils sont. 1! ne me reste plus rien de disponible. Cependant, Monseigneur, je puis vous offrir pour la commune d'Arpajon un devant d'autel en marbre rance, bien travaillé, le seul qui me reste, ainsi que deux groupes en terre cuite de Germain Pilon, représentant la Sépulture de Jésus- Christ et sa Résurrection, que cette commune devra faire restaurer. Je vous prie. Monseigneur, de vouloir bien adresser la demande de ces objets à Son Excellence le ministre de l'intérieur, qui sans doute me fera donner les ordres convenables pour les délivrer à la commune d'Arpajon. Salut et respect.

« Le.no IR. »

Dans l'édilion du Catalogue datant de 1806, les deux groupes ne figurent plus sous le numéro 123, et Lenoir [Musée des Monumens français, t. VIII, p. 183) a constaté, en 1822, qu'ils avaient été renais h l'église d'Arpajon. C'est en vain que je suis allé les chercher dans cette commune, ainsi que dans l'église de Saint-Germain, près d'Arpajon (Seioe-et-Oise).

1. Choses remarquables dans Saint-Etienne (Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paiis, t. l*^', p. 407).

Guillet de Saint-Georges * et d'Argenville^ nous ont fourni de curieux renseignements malheureusement tous à contrôlera Or, Louis Lerambert, qui succéda à Simon, son père, comme conservateur des Antiques *, n'obtint la garde du grand magasin des Antiques que le 4 avril 16S3 ^, et sa charge lui fut retirée en 1663 \ C'est donc de 1653 à 1663 que Sauvai, traité de « jeune homme » par Gui Patin, dans sa lettre CVll, adressée à Charles Patin, le 16 novembre 1655, et dont le privilège pour imprimer son ouvrage, sous le nom de Paris ancien et moderne^ est daté de 1654 '', put voir chez ce Lerambert les marbres qu'il signale.

Je viens d'indiquer ce que la parole de Sauvai empruntait d'autorité aux documents d'archives qu'il avait consultés. Mais ici nous avons une double garantie de son exactitude. Sauvai connaissait évidemment le fonctionnaire chargé de conserver les marbres du roi, et nous savons de bonne source qu'à ce moment le poste était rempli par un homme intelligent et très éclairé. En parlant comme il l'a fait, Sauvai était donc l'écho des traditions de la garde des Antiques du Louvre. Bien plus, par une circonstance particulière, ce Lerambert était personnellement en mesure de fournir à ce sujet les meilleurs renseignements. En effet, il appartenait à une nombreuse dynastie d'artistes qui, depuis un siècle, étaient occupés et pensionnés par le roi de France. Non seulement son père, Simon Lerambert ^, et

1. Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de V Académie de peinture et de sculpture, t. l«r^ p. 330 à 336.

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