‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 56 sur 124 · T. XIV, p · texte numérisé non relu

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montré injuste envers cette belle sculpture. Le buste décrit sous le numéro 39 du catalogue du Louvre est une œuvre aussi puissante que sincère. Mais notre confrère avait parfaitement raison de réclamer, dès 1854, une vérification sérieuse de l'identité du personnage représenté. Les soupçons sur quelque imposture en matière d'état civil, qui na-

Jean d'Alesso.

Buste de bronze. (Musée du Louvre).

quirent alors dans son esprit, étaient parfaitement légitimes. L'attribution de ce portrait à un original déterminé,comme celle de plusieurs autres portraits, n'a pu résister à l'examen que nous avons entrepris. Nous essayerons de démontrer méthodiquement l'erreur traditionnelle qui a fait donner au buste du Louvre le nom sous lequel il est connu, gravé, moulé et admiré.

Le buste du Louvre, n° 39 de la Description des sculptures du moyen âge^ de la Renaissance et des temps modernes, provient du dépôt des Petits- Augustins *. Voici comment et dans quel état il entra au Musée des Monuments français en 1792. Lenoir nous l'apprend dans son

1. Alexandre Lenoir, son Journal et le Musée des Monuments français, t. I", p. 137, no 15.

Journal. On y lit : « N" 18 — Des Bons-Hommes de Passy. — Un buste en cuivre peint * représentant un d'Orraesson fondu par Paul Ponce. » La même mention est reproduite sous le numéro 23 de la Notice succincte, etc., de 1193. En Tan IV, Lenoir s'exprime encore ainsi : « N° 343 — Minimes de Passy. — Le buste en bronze d'un d'Ormesson par Paul Ponce; ce buste a été coloré. » Ce n'est qu'en l'an V que Lenoir crut pouvoir préciser en rédigeant ainsi un passage de la page 131 de son catalogue : « Des Minimes de Passy. — N° 1S5. Le buste en bronze d'Olivier Lefebvre d'Ormesson par Paul Ponce. » Même rédaction, avec variante insignifiante, en l'an VI, en l'an Mil, en l'an X, en l'an XI, en 1806, en 1810, en 1815 et en 1816. La dernière édition qui est restée manuscrite porte ce qui suit : <( N° 155 — Du couvent des Bons-Hommes de Passy (démoli). — Le buste en bronze d'Olivier Lefebvre d'Ormesson fondu sur le modèle de Paul Ponce en 1540. » Dans le tome IV, p. 164, àwMusée des Monumens français, Lenoir fournit enfin sur cette sculpture un renseignement ainsi conçu : « Sous le numéro 155, on voit le buste en bronze d'Olivier Lefebvre d^Ormesson provenant des Bons-

1. On ne doit pas s'étonner de rencontrer un buste de bronze peint. La peinture signalée par Lenoir, et dont quelques traces subsistent encore, était très probablement originale et remontait jusqu'à la création de l'œuvre. On connaît, en effet, d'autres exemples d'applications de couleurs sur le bronze. Nicolas Bonfons, dans les Antiquités et singularités de Paris, livre II, f" 104 recto, nous apprend qu'en 1588 le manteau porté par le cardinal de Birague, dans sa statue sculptée par Germain Pilon pour la chapelle de l'église Sainte-Catherine du Val-des-Ecoliers, était coloré en rouge. «Au-dessous de cest écrit » (l'épitaphe), dit l'auteur, «est la figure après le naturel du seigneur de Birague, comme un cardinal à genoux, son manteau rouge, et le tout eslevé et eslaboré en bronze, etc.. » — Le Laboureur, dans Les Tombeaux des personnes illustres, p. 232, dit en parlant de la chapelle de Birague et du tombeau du cardinal : « L'on y voit son effigie priante avec sa robbe de pourpre, marque de sa dignité... » Un dessin exécuté par Gaignières et conservé dans un recueil récemment acheté par le Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale montre d'une manière indiscutable que la statue du cardinal de Birague était peinte. Je dois la communication de ce dernier renseignement à l'obligeance de mon confrère M. G. Duplessis.

Hommes de Passy. Ce buste passe pour avoir été modelé par Paul Ponce. »

De cet ensemble de déclarations successives et de leur comparaison entre elles, il résulte que Lenoir, certain de la provenance de ce portrait et de l'état dans lequel il lui était parvenu, n'était pas tout d'abord fixé sur le nom précis du personnage qu'il représentait et que, quant au nom de l'auteur, il ne répéta jamais qu'une tradition. Nous prenons acte de ce premier résultat de l'enquête. Seule, l'existence de deux faits en découle. Une peinture, dont quelques traces subsistent encore, recouvrait certaines parties du buste, et le monument venait du couvent des Minimes de Passy. Lenoir n'est un témoin irrécusable et une autorité que pour ces deux points de fait, (j'est peu de chose, mais cela nous servira à démontrer que Lenoir s'est trompé pour tout le reste. Nous en appellerons de Lenoir iconographe et historien à Lenoir simple greffier.

Grâce à la mention de provenance, l'opinion de Lenoir est facile à contrôler. Il nous suffira de remonter aux documents qui nous ont décrit le monastère des Minimes de Passy dans l'état où il se trouvait avant la Révolution. En 1787, dans le Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris \ Thiéry s'exprimait ainsi en parlant de l'église des Bons-Hommes de Passy : « A gauche du sanctuaire, en face de la porte qui conduit à la sacristie, est la chapelle du Saint-Nom-de-Jésus, sépulture de la famille d'Alesso, alliée de Saint-François de Paule. » Les prédécesseurs de Thiéry se sont chargés de nous faire connaître cette chapelle. Antérieurement, on lisait à propos de l'église conventuelle des Minimes de Passy, et de la chapelle du Nom de Jésus dans la Descriptio?i historique de la ville de Paris par Piganiol^ : « La même princesse [Anne de Bre-

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